Résistance(s)
 RĂ©sistant, RĂ©sistance : une dĂ©finition ?Â
Entrer en rĂ©sistance suppose lâĂ©mergence dâune prise de conscience individuelle : le refus dâune situation jugĂ©e indigne et rĂ©voltante, et la volontĂ© de « faire quelque chose ».
Si la notion est intemporelle, les termes de RĂ©sistance et de RĂ©sistant Ă©voquent immĂ©diatement la pĂ©riode de la seconde Guerre mondiale. Ce mĂȘme phĂ©nomĂšne surgit spontanĂ©ment dans tous les pays occupĂ©s par lâAllemagne nazie et en Allemagne mĂȘme.
Ce refus viscĂ©ral Ă©merge en France avec lâeffondrement militaire, politique et moral du pays : lâOccupation militaire et Ă©conomique allemande en zone occupĂ©e et la liquidation de notre rĂ©gime rĂ©publicain par le gouvernement de Vichy qui confie les pleins pouvoirs au MarĂ©chal PĂ©tain au lendemain de lâarmistice signĂ© le 22 juin avec lâAllemagne.
Les prises de conscience se formĂšrent dans toutes les classes dâĂąge et tous les milieux sociaux. Mais câest le passage du singulier Ă lâengagement dans lâaction collective qui fonde la RĂ©sistance. Les premiers regroupements sâenracinĂšrent dans les rĂ©seaux de sociabilitĂ© familiaux, amicaux, professionnels, confessionnels ou politiques.
Dans lâunivers souterrain de la RĂ©sistance intĂ©rieure ou sur les terrains militaires de la France Libre, des hommes et des femmes du Havre ont tour Ă tour inventĂ©, créé les formes de leur RĂ©sistance et agi avec de faibles moyens. Ils ont parfois perdu des combats et souvent des vies, pour avec courage et tĂ©nacitĂ©, vaincre lâoccupant nazi et son idĂ©ologie dictatoriale. Avec cette difficultĂ© supplĂ©mentaire que fut la complicitĂ© active de la collaboration du Gouvernement de Vichy dans la rĂ©pression conduite Ă leur encontre.
Il aura fallu quatre annĂ©es, entre lâAppel du GĂ©nĂ©ral de Gaulle lancĂ© le 18 juin 1940 et le programme pour l’aprĂšs-guerre adoptĂ© en mars 1944 par le Conseil National de la RĂ©sistance, pour unir toutes les forces engagĂ©es dans ce combat obscur et risquĂ©, et jeter les bases de la reconstruction dĂ©mocratique de la France aprĂšs la Victoire du 8 Mai 1945.

La qualfication de “RĂ©sistants du Havre”Â
Selon les critĂšres dĂ©finis par le Collectif HER, les RĂ©sistants du Havre sont, de diffĂ©rentes maniĂšres, gĂ©ographiquement liĂ©s au territoire du Havre : Personnes nĂ©es ou non au Havre â ayant poursuivi leur scolaritĂ© au Havre ou domiciliĂ©es au Havre entre 1940 et 1944 – ayant ĆuvrĂ© dans la RĂ©sistance du Havre et de ses communes avoisinantes, ou Ă lâintĂ©rieur et Ă lâextĂ©rieur du territoire mĂ©tropolitain.
Important : la qualification de RĂ©sistant  distingue entre le(s) statut(s) officiellement dĂ©livrĂ©(s) par les organismes dâEtat (voir onglet Statuts) et celle que le Collectif de chercheurs HER a dĂ©terminĂ©e en fonction de critĂšres Ă©largis.Â
En consĂ©quence, la prĂ©sence dâun nom dans lâAnnuaire des RĂ©sistants du Havre ne confĂšre de facto ni lĂ©gitimitĂ© ni droit au regard des autoritĂ©s officielles. Â
LA QUALIFICATION OFFICIELLE DES RESISTANTS se fonde sur :Â
- Les archives des organisations :⯠les listes des membres et des agents des groupements, rĂ©seaux, mouvements, Cies FTP, de la R.I.F, des F.F.C. et des Forces Françaises Libres Â
-  La liste des dĂ©portĂ©s et internĂ©s dĂ©tenue principalement par le Service Historique de la DĂ©fense – Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains- Ă Caen. Les listes des compagnons de la libĂ©ration et des titulaires de la mĂ©daille de la RĂ©sistance (chancellerie de lâOrdre de la LibĂ©ration).Â
-  Les dossiers individuels conservĂ©s par le Service Historique de Vincennes ou de Caen, les Archives dĂ©partementales 76 ainsi que les dossiers des titulaires de la Carte du Volontaire de la RĂ©sistance (propriĂ©tĂ© de lâOffice national des combattants et des victimes de guerre (ONaCVG) de la Seine-Maritime, consultables aux AD 76).Â
LA QUALIFICATION DE «âŻRESISTANTâŻÂ» PAR LE COLLECTIF HERÂ
A travers lâAnnuaire, le Collectif HER a eu pour objectif principal de transmettre les mĂ©moires individuelles. Il sâest appuyĂ© sur les travaux de lâhistorien Michel BaldenweckâŻopĂ©rĂ©s au niveau de la Seine-InfĂ©rieure, avec pour fil conducteur de prendre en compte en tout premier lieu les rĂ©sistants officiellement reconnus, mais aussi, ceux qui, pour des raisons diverses, ont Ă©tĂ© oubliĂ©s des «âŻlistes »âŻ: des dĂ©portĂ©s dont on avait perdu la traceâŻ; des rĂ©sistants qui nâont pas estimĂ© important de se faire reconnaĂźtre – en particulier les femmes (dont par ailleurs, le rĂŽle essentiel fut peu reconnu au sortir de la guerre) ; les nombreux Helpers qui ont cachĂ© des suspects ou portĂ© asile aux aviateurs alliĂ©s tombĂ©s sur notre solâŻ; ou toutes personnes impliquĂ©es dans de nombreux actes de rĂ©sistance, bien antĂ©rieurs aux combats de la LibĂ©ration de septembre 1944âŻ: celles dont les noms n’Ă©taient pas connus des chefs de leurs organisations, ou encore les «âŻIsolĂ©sâŻÂ», intervenus de leur propre volontĂ© pour des actions diverses de rĂ©sistance,âŻnon sollicitĂ©es, non dirigĂ©es : cache dâarmes, hĂ©bergement, transports, liaisons, production de faux papiers – ou ceux dont les rĂ©seaux avaient Ă©tĂ© dĂ©mantelĂ©s, parfois dĂšs 1941, ou bien dont les chefs avaient Ă©tĂ© assassinĂ©s entrainant lâanonymat de leurs rĂ©seaux⊠En revanche, nâont pas Ă©tĂ© retenus comme rĂ©sistants les rĂ©fractaires au STO nâayant pas rejoint une organisation ou un maquis ou les internĂ©s pour seule dĂ©tention dâarmes (bien souvent il sâagissait dâarmes de chasse non dĂ©posĂ©es Ă la Mairie dans une rĂ©gion oĂč il y avait beaucoup de chasseurs).Â
De fait, lâhistoriographie de la RĂ©sistance a beaucoup Ă©voluĂ©âŻdepuis la fin de la Guerre : un article de lâhistorienne Claire Andrieu relĂšve notamment quâ«avec Pierre Laborie, on est arrivĂ©s Ă la dĂ©finition selon laquelle la RĂ©sistance est un acte dĂ©libĂ©rĂ© vis-Ă -vis de lâoccupantâŻ(âŠ) En ce moment on recherche plutĂŽt les «âŻactes rĂ©sistantsâŻÂ» plutĂŽt que la RĂ©sistance avec un grand R. » (RĂ©sistants, Hors-sĂ©rie du Monde, fĂ©vrier 2024). Â
Ce qui a conduit Ă ce travail de recensement aussi exhaustif que possible pour honorer les Havrais et les Havraises qui ont se sont engagĂ©s et ont combattu lâoccupant.Â
Quelques chiffres pour un portrait rapideâŠ
Une ampleur insoupçonnĂ©e : le recensement opĂ©rĂ© par le Collectif compte Ă ce jour (2024) plus de 4.000 noms de RĂ©sistants dont 240 femmes. Â
La prĂ©cocitĂ© des engagements : selon les dates identifiĂ©es dans leurs parcours (cf. Chronologie), plus dâun tiers des Havrais (1.400) est entrĂ© en RĂ©sistance entre lâĂ©tĂ© 1940 et la fin de lâannĂ©e 1943.Â
Une rĂ©pression fĂ©roce et criminelleÂ
Plus de 600 RĂ©sistants ont subi lâinternement et la dĂ©portation (cf. statut DIR).Â
Plus de 380 ont disparu dans les camps de concentration, fusillĂ©s ou tuĂ©s en mission ou au combat (cf. « Mort pour la France »)Â
Les zones dâactionÂ
La ou les zones d’action des rĂ©sistants du Havre sont renseignĂ©es dans les notices individuelles. A noter quâĂ ce jour, la localisation prĂ©cise de la zone dâaction reste indĂ©terminĂ©e pour 1300 RĂ©sistants originaires du Havre.
- LâagglomĂ©ration du Havre, ses communes limitrophes, des antennes plus lointaines
Concerne + de 2.500 Havrais rĂ©sidant Ă Montivilliers, Harfleur, Gonfreville lâOrcher, Octeville sur Mer, Epouville, Gournay, Sainte Adresse, Bordeaux Saint Clair,âŠ
Ainsi que des communes plus distantes du Havre comme Etretat, Turretot et Yport,.. dans lesquelles les centrales havraises de LâHeure H et du rĂ©seau Hamlet Buckmaster disposaient dâantennes .
- Sur le territoire mĂ©tropolitain (zone dite “libre” et zone occupĂ©e)
Concerne des Havrais affiliĂ©s Ă quelques mouvements et surtout des rĂ©seaux de la France Combattante, ayant opĂ©rĂ© en dehors de la Seine InfĂ©rieure ainsi que des rĂ©sistants recherchĂ©s ou rĂ©fractaires au Service Travail Obligatoire, dans leur obligation de de se soustraire aux poursuites de lâappareil policier allemand.
- Sur le théùtre des opérations militaires extérieures
Concerne environ 480 membres des unités combattantes des Forces Françaises Libres présents sur les théùtres, aérien, marin et terrestre, des opérations militaires alliées (Angleterre, Afrique, Moyen-Orient, et métropolitain puis européen à partir des Débarquements de Normandie et de Provence en 1944).
e4Qu’entend-t-on par Statuts ?
   ConstituĂ©s au lendemain de la guerre, des dossiers dâhomologation individuelle comportant 5 catĂ©gories (sĂ©rie GR 16 P), conservĂ©s au Service Historique de la DĂ©fense Ă Vincennes ont permis Ă nombre de membres de la rĂ©sistance organisĂ©e de bĂ©nĂ©ficier dâavantages (soldes, pensions) habituellement rĂ©servĂ©s aux combattants rĂ©guliers
Certains Résistants sont homologués sous plusieurs statuts.
Limites de ce champ dâapplication :
Un grand nombre de résistants qui auraient pu faire reconnaitre leurs services ne se sont pas faits connaßtre aprÚs la Guerre.
Les critĂšres restrictifs de lâhomologation (notamment de durĂ©e des services) nâont pas permis Ă tous les rĂ©sistants dâen bĂ©nĂ©ficier. Toutefois, le corpus de la base de donnĂ©es « RĂ©sistantes et rĂ©sistants » du Shd contient lâensemble des dossiers ouverts par les services, y compris ceux des individus qui, aprĂšs examen, nâont pas Ă©tĂ© homologuĂ©s. Dans ce cas, il en est expressĂ©ment fait mention dans les notices individuelles de lâAnnuaire des RĂ©sistants du Havre.Â
A noter enfin que certaines formes dâaction de rĂ©sistance (celle des « Helpers » par exemple) nâont pas donnĂ© lieu Ă des procĂ©dures administratives dĂ©bouchant sur la constitution dâun dossier individuel.
RIF : membre de la RĂ©sistance IntĂ©rieure Française, ayant appartenu Ă des organisations clandestines non « militaires » (mouvements, partis, syndicats). Ouvrant droit Ă pension militaire, lâhomologation a Ă©tĂ© rĂ©servĂ©e Ă ceux qui ont souffert de la rĂ©pression (internement, dĂ©portation, blessures, mort).
FFL : membre des Forces Françaises Libres engagé entre juin 1940 et fin juillet 1943 (unités combattantes, services administratifs et réseaux de la résistance intérieure reconnus et soutenus par les services secrets de la France Libre du BCRA).
FFC : membre des Forces Françaises Combattantes. A compter du 13 juillet 1942, cette appellation dĂ©signe les agents en mĂ©tropole (P2 : Ă plein temps, P1 : avec une activitĂ© professionnelle, P0 : occasionnel) des rĂ©seaux de renseignement, dâaction ou dâĂ©vasion liĂ©s Ă la France Libre ou aux AlliĂ©s.
FFI : membre des Forces Françaises de l’IntĂ©rieur : diverses formations militaires issues de la RĂ©sistance (ArmĂ©e SecrĂšte, groupes francs, Francs-Tireurs et Partisans, etc.), créées le 1er fĂ©vrier 1944 par le CFLN (ratfiĂ© par l’ordonnance d’Alger du 9 juin 1944). Nota : Ce statut a Ă©tĂ© renseignĂ© pour certains membres de la Cie FFI de Montivilliers ou en prĂ©sence de la mention FFI, ou encore d’un numĂ©ro matricule dans les archives, mĂȘme si ces rĂ©sistants n’ont pas Ă©tĂ© homologuĂ©s par le SHD.
DIR : DĂ©portĂ© InternĂ© RĂ©sistant. Ce statut concerne les dĂ©tenus des camps dâinternement, des prisons et des camps de concentration en France, en Allemagne et ses territoires occupĂ©s.
Nota : Le Collectif a Ă©largi ce champ dâapplication et a utilisĂ© la mention de ce statut pour :Â
– les nombreux cas de rĂ©sistants dĂ©portĂ©s ou internĂ©s, Ă titre politique particuliĂšrement, non recensĂ©s par le Shd ou la Davcc, dont les noms figurent dans les archives des organisations de dĂ©portĂ©s et internĂ©s.Â
– les Ă©vadĂ©s internĂ©s en Espagne ou en Union SoviĂ©tique, ayant ensuite rejoint la France Libre Ă Londres ou en Afrique du Nord.
Les statuts officiels dans lâAnnuaire
Les notices individuelles précisent si le résistant a été homologué et sous quel(s) statut(s).
Deux champs de la notice, « Shd Vincennes » et « Shd Caen », renseignent la cote du Dossier individuel accessible par demande courrier ou consultation sur place au Service Historique de la Défense de Vincennes ou à Caen.
 « Non renseigné » indique que lâassociation du patronyme et du prĂ©nom nâa pas Ă©tĂ© retrouvĂ©e dans les bases de donnĂ©es du SGA.
 « Non identifié » indique pour un patronyme donnĂ©, lâexistence de plusieurs rĂ©sultats entre lesquels il nâest pas possible actuellement de dĂ©terminer lequel est le bon.
A noter : L’un des champ des notices individuelles de l’Annuaire renseigne lâobtention du titre de Carte du Combattant Volontaire de la RĂ©sistance (CVR)
CVR : dĂ©tenteur de la Carte du Combattant Volontaire de la RĂ©sistance. Concerne les personnes homologuĂ©es FFC, FFI, RIF Ă la condition que leurs services remontent Ă au moins 3 mois avant le 6 juin 1944 ( excluant donc les volontaires de lâĂ©tĂ© 1944, mĂȘme homologuĂ©s), ainsi que les dĂ©portĂ©s ou internĂ©s rĂ©sistants, auxquels sâajoutent les morts (tuĂ©s aprĂšs jugement ou sommairement) et les blessĂ©s victimes de la rĂ©pression pour actes qualifiĂ©s de rĂ©sistance. A noter que cette dĂ©nomination nâĂ©tait pas attribuĂ©e automatiquement : chaque dossier Ă©tait examinĂ© par une commission dĂ©partementale composĂ©e dâanciens responsables rĂ©sistants, puis validĂ© au niveau national. Les dossiers de titres CVR sont la propriĂ©tĂ© de l’ONAC-VG. Ils sont confiĂ©s en dĂ©pĂŽt aux Archives dĂ©partementales oĂč ils sont accessibles au public pour consultation.
Autres statutsÂ
ISOLE : rĂ©sistant non affiliĂ© Ă une organisation prĂ©cise. Cette indication figure parfois dans les fiches individuelles de la base de donnĂ©es en ligne du SGA (SecrĂ©tariat GĂ©nĂ©ral pour lâAdministration). Par extension, le Collectif a utilisĂ© cette mention pour mettre en Ă©vidence des personnes ayant de leur initiative conduit des actions, notamment de propagande (tracts), ou bien sympathisantes dâorganisations rĂ©sistantes, et leur ayant apportĂ© leur soutien.
HELPER : personnes ayant portĂ© assistance (hĂ©bergement ou filiĂšres dâĂ©vasion) aux aviateurs et parachutistes alliĂ©s, polonais, français, belges, amĂ©ricains et du Commonwealth tombĂ©s sur le sol français (Anglais canadiens, Africains du sud, NĂ©o-ZĂ©landais, Australiens âŠ). Ils ont Ă©tĂ© honorĂ©s par les pays dâorigine de diffĂ©rentes façons et certaines de ces personnes ont reçu aprĂšs la guerre un certificat officiel des AlliĂ©s en reconnaissance de cette action. Par extension, le Collectif a Ă©largi ce statut Ă toute personne ayant donnĂ© asile ou favorisĂ© lâĂ©vasion de prisonniers de guerre, de rĂ©fractaires au STO, et de rĂ©sistants poursuivis par la Police française ou allemande.
JUSTE : Français ayant obtenu de lâĂtat dâIsraĂ«l le titre de Juste parmi les Nations, créé pour honorer partout en Europe « les non-Juifs qui ont risquĂ© leur vie pour sauver les Juifs » de lâextermination dans les camps nazis.
Liste des différents statuts
Cliquez sur un statut pour afficher les résistants concernés
RIFÂ |Â Â FFLÂ |Â Â FFCÂ |Â Â FFIÂ |Â Â DIRÂ |Â Â HELPERÂ |Â Â JUSTEÂ |Â Â ISOLE
Quâentend-t-on par Groupes ?
Les premiers actes de ce qui ne sâappelle pas encore la RĂ©sistance naissent dans la France brisĂ©e de lâĂ©tĂ© 1940. Ils trouvent leur origine dans le sursaut de quelques consciences qui refusent dâaccepter la dĂ©faite et qui rĂ©ussissent, plus rapidement que dâautres Ă rĂ©agir. Pour ces prĂ©curseurs qui agissent de maniĂšre individuelle et isolĂ©e, il sâagit avant tout de « faire quelque chose ».
Pour beaucoup – les anciens combattants de la Grande Guerre notamment, câest une rĂ©action patriotique. Mais aussi un mĂ©lange dâĂ©cĆurement et de honte devant la dĂ©bĂącle, le refus et le dĂ©sir de lutter contre lâoccupant. Ces rĂ©actions vont progressivement montrer leur vrai visage, celui dâun refus idĂ©ologique, la dĂ©fense dâune vision des valeurs dĂ©mocratiques ou chrĂ©tiennes et surtout le rejet de lâenvahisseur allemand.
Certains Groupes du Havre sont connus sous le nom de leur crĂ©ateur ou initiateur comme par exemple GĂ©rard Morpain. Câest aussi souvent une « affaire de famille » qui rĂ©unit les parents et leurs enfants comme dans le Mouvement de RĂ©sistance GĂ©nĂ©rale-Morpain, ainsi que des fratries pour le Vagabond Bien AimĂ©, et trĂšs souvent des cercles de connaissances Ă caractĂšre professionnel, amical, ou dâassociatif.

GĂ©rard Morpain – Archives Municipales
Ils bĂ©nĂ©ficient de lâappui matĂ©riel et de la solidaritĂ© active de quelques sympathisants issu du monde de lâentreprise
Les organisations des groupes pionniers â Morpain, Le Vagabond Bien AimĂ©, sont particuliĂšrement structurĂ©es et cloisonnĂ©es pour limiter le risque de dĂ©mantĂšlement en cas dâarrestations.
Leurs champs dâaction sont diversifiĂ©s, Ă lâexclusion de lâaction directe (attentats contre les Allemands), ce qui les distingue de la RĂ©sistance communiste (Organisation spĂ©ciale (OS), et FTP).
Certains font de la propagande une spĂ©cificitĂ© (diffusion de tracts et de journaux : Le Patriote du Vagabond Bien AimĂ©, le journal LâHeure H dont lâorganisation a succĂ©dĂ© au Groupe Morpain).
La majoritĂ© dâentre eux pratique le renseignement et conduit des actions de sabotage des installations portuaires, la fabrication de faux-papiers, la cache des rĂ©fractaires au STO ou des Aviateurs alliĂ©s tombĂ©s dans le secteur du Havre (Groupe Morpain, Vagabond Bien AimĂ©).
Le Groupe Morpain en particulier se prĂ©pare dĂšs 1940 Ă la confrontation finale avec lâoccupant, par la rĂ©cupĂ©ration, le stockage dâarmes et la formation de groupes paramilitaires.
Les effectifs de ces groupes sont variables : modestes au départ, ils grossiront progressivement entre 1942 et 1943. Le Vagabond Bien Aimé de
Jean Langlois et Svetisav Tsiritch compte environ 70 membres. Le Groupe Morpain (une soixantaine de participants) devient lâHeure H en 1942. Il comptera en 1944, environ 340 membres.

Svetisav Tsiritch, Vagabond Bien Aimé
Des rapprochements se font jour : le groupe HervĂ©-Lagache, créé par Maurice HervĂ© et Louis Lagache (69 hommes, ) et celui de Jules Lefebvre sâaffilient Ă LâHeure H . Le groupe Henri Choquet (une douzaine dâagents sur le Havre) devient en 1941 antenne et rĂ©seau de renseignement du Mouvement LibĂ©ration Nord, rejoint par le groupe de combat formĂ© par Emile Schild (une dizaine de membres).

Henri Choquet. Crédit Olivier Pringard
La liaison avec un rĂ©seau de renseignement concernera lâHeure H Ă travers le rĂ©seau Hamlet Buckmaster. Le groupe formĂ© par Jean AndrĂ©ani (60 hommes environ) s’affilie au mouvement LibĂ©ration Nord puis au rĂ©seau de la France Libre Saint Jacques. Celui de Henri Choquet fera de mĂȘme en rejoignant le rĂ©seau Cohors Asturies.
Jean AndrĂ©ani – Shd
Comme le souligne Claude Malon, « le Havre nâĂ©tait pas vraiment la ville idĂ©ale pour dĂ©velopper des rĂ©seaux de rĂ©sistance. Difficile de se noyer dans la masse ⊠le pĂ©tainisme y Ă©tait pesant ».
Les Groupes ou leurs chefs (GĂ©rard Morpain et plusieurs dizaines des membres de son groupe en 1941, Sabin Sappey de Mirebel ou Claude de Beaumont (U55), seront mis Ă lâĂ©preuve de la dĂ©nonciation et de la rĂ©pression : fuite du Havre, internement, dĂ©portation, exĂ©cutionsâŠ

Sabin Sappey de Mirebel – Archives Municipales
Survivre jusquâĂ la LibĂ©ration du Havre
Pour autant, tous ces groupes survivront aux arrestations et viendront grossir les rangs des Forces Françaises de lâIntĂ©rieur â FFI, pour participer aux combats de la LibĂ©ration du Havre en septembre 1944.
Un exemple de cette continuitĂ© entre 1940 et 1944, celui du Groupe Morpain, est proposĂ© Ă travers lâhistorique de sa filiation.
Le groupe U55 de Claude de Beaumont et celui de Jean Robinet constitueront le groupe France Avant Tout, regroupant plusieurs centaines dâhommes (entre 500 et 700), prĂȘts Ă combattre au sein des Compagnies FFI de Montivilliers et du Havre.

Jean Robinet – Archives Municipales
Des membres de lâHeure H et de nouveaux volontaires sâinsĂšreront dans cette organisation. Le Groupe Sappey de son cĂŽtĂ© mobilisera une centaine dâhommes.
A leurs cÎtés, toutes les sections de la 2Úme Cie des FTP de Seine Inférieure participeront également activement à la Libération du Havre et de son agglomération.
AprĂšs la LibĂ©ration du Havre, de trĂšs nombreux membres de ces groupes sâengagĂšrent immĂ©diatement dans la campagne contre lâAllemagne au sein du 7e Bataillon de Normandie.
Les autres groupes et maquis figurant dans la liste de lâAnnuaire font rĂ©fĂ©rence Ă des Havrais ayant rejoint la RĂ©sistance dans dâautres rĂ©gions du territoire mĂ©tropolitain.
La majorité des résistants de ces groupes ont été homologués au SHD de Vincennes avec le statut de FFI. Un petit nombre de ces membres, affiliés à des réseaux de résistance, ont également, selon le cas, obtenu le statut de FFC et ou de FFL.
Liste des différents groupes
Cliquez sur un groupe pour afficher les resistants ayant appartenu au groupe concerné
Choquet |  Corps franc Pommies |  France Avant Tout |  GL 42 |  GRG-Morpain |  HervĂ©-Lagache |  Jean |  LibĂ©ration (Eure) |  Maquis dâAchĂšres-la-ForĂȘt |  Maquis de Beuzeville |  Maquis de Maurienne |  Maquis de TrĂ©minis |  Maquis du Haut Jura |  Maquis Surcouf |  Maquis Ventoux |  Sappey |  Schild |  U55 |  Vagabond Bien AimĂ©
Quâentend-t-on par FTPÂ ?
Le Parti communiste Ă©tait interdit en Seine InfĂ©rieure depuis la signature du pacte germano-soviĂ©tique en septembre 1939, alliance qui fut perçue en France comme une trahison de la part de lâUnion SoviĂ©tique. Une vague dâarrestations menĂ©es par la Police française, dont bien des militants Havrais furent victimes, ne rĂ©ussit cependant pas Ă briser les structures du PC.
Au Havre, lâOrganisation SpĂ©ciale fut Ă lâorigine de la crĂ©ation des FTPF (Francs-Tireurs et Partisans Français), appelĂ©s communĂ©ment FTP.
CrĂ©ation de lâOrganisation SpĂ©ciale (OS) au Havre
Câest au printemps 1941 que se constitue lâOrganisation SpĂ©ciale (OS) du Parti communiste, une structure militaire formĂ©e de groupes de combat.
AndrĂ© Pican, militant syndicaliste et secrĂ©taire du PC en Seine InfĂ©rieure, confie alors Ă AndrĂ© DuromĂ©a et Ă Gustave Avisse la mission de constituer trois groupes de trois hommes afin dâattaquer « lâennemi » qui, tout au moins au dĂ©part, ciblait la Police française et les militants des partis proches de Vichy.
André Duroméa
Le premier groupe, sous le commandement dâAndrĂ© DuromĂ©a est composĂ© dâErnest Derrien, Lucien Berranger et Louis Richard. Celui de Gustave Avisse comprend Joseph Madec et LĂ©on Lioust. Le troisiĂšme, commandĂ© par Fernand Chatel, comprend Roger Guerrier et AndrĂ© Nigaud.
Ils entrent en action le 17 avril 1941 lorsque le groupe Avisse sectionne des cĂąbles reliant lâĂ©tat-major allemand du Havre au grand quartier gĂ©nĂ©ral de Paris. TrĂšs rapidement, Joseph Madec et LĂ©on Lioust, membres de ce groupe sont arrĂȘtĂ©s et exĂ©cutĂ©s.
Lâattaque allemande du 22 juin 1941 contre lâURSS va libĂ©rer les communistes havrais de ce pacte contre nature qui allait contre leurs opinions et rend plus claire la situation du PC face Ă la masse de ses sympathisants et de ses membres.
De lâOS au DĂ©tachement FTPF
Les attaques de lâOS dĂ©butĂšrent en septembre 1941 et lâorganisation change de sigle pour devenir les FTPF (Francs-Tireurs et Partisans Français).
Un DĂ©tachement de trois groupes comportant une trentaine dâhommes est constituĂ© sous le commandement dâAndrĂ© DuromĂ©a. Ces groupes sont commandĂ©s par Gustave Avisse, Fernand Chatel et Ernest Derrien.
Fernand Chatel
Le 15 novembre, le groupe Avisse (ou Chatel selon les sources) attaque Ă la grenade un dĂ©tachement allemand devant la brasserie Paillette et en dĂ©cembre une bombe artisanale fabriquĂ©e par le pĂšre dâAndrĂ© DuromĂ©a explose devant la librairie allemande, rue de Paris.
De nombreuses autres actions furent conduites en 1941, ayant surtout pour but de dérober des armes aux soldats allemands, armes qui faisaient totalement défaut aux FTP.
Au mois dâoctobre, une grande rafle de militants communistes et syndicalistes CGT fut organisĂ©e et la police française arrĂȘta plus de 200 personnes qui devinrent des otages.
Offensive et répression des FTP en 1942
Lâaction directe des communistes havrais en 1942 dĂ©bute le 8 fĂ©vrier par la nouvelle attaque dâune colonne allemande, rue de Paris. Ces attentats et sabotages vont se multiplier tout au long de lâannĂ©e : attaque de bar et de brasserie frĂ©quentĂ©s par les Allemands, dĂ©raillement de train de matĂ©riel et dĂ©boulonnage de rails auquel prĂȘtent conseil et main-forte les cheminots du Havre. Le 27 juin le commandant du Port est tuĂ© et en aout, câest le chef de la LĂ©gion des Volontaires français (LVF) qui Ă©chappe Ă un attentat.
Un nouveau groupe appelĂ© “LĂ©on Lioust” (du nom du jeune ouvrier mĂ©tallurgiste fusillĂ© le 18 mai 1941), est créé, dirigĂ© par le jeune instituteur Michel Muzard, socialiste ayant adhĂ©rĂ© au Parti communiste aprĂšs Munich, avec AndrĂ© DuromĂ©a et Jean HascoĂ«t.
Le 23 fĂ©vrier 1942, le groupe lance un engin explosif contre une colonne en route de la marine de guerre allemande, place de l’Arsenal : deux marins sont tuĂ©s.
Cet attentat a des conséquences dramatiques.
Le Generallieutenant Von der Lippe fait publier un avis menaçant de fusiller « trente otages juifs et communistes, si avant 12 jours (le 6 mars 1942 Ă midi) le coupable nâa pas Ă©tĂ© retrouvĂ©. Pour Ă©viter cette sanction, la population est invitĂ©e Ă coopĂ©rer de toutes ses forces Ă la recherche et Ă lâarrestation du coupable ».  Le 5 avril le Journal de Rouen publie un deuxiĂšme avis de Von der Lippe annonçant que « malgrĂ© ma demande, les auteurs de cette attaque si lĂąche sont restĂ©s inconnus (âŠ) comme je lâai menacĂ© lâautre jour, la fusillade a Ă©tĂ© exĂ©cutĂ©e aujourdâhui le 31 mars 1942 ».  20 otages juifs et communistes internĂ©s Ă CompiĂšgne ont Ă©tĂ© ainsi fusillĂ©s.
Au Havre, les Allemands raflent au jugĂ© des hommes dans les cafĂ©s place de lâArsenal et lâopĂ©ration se poursuit le lendemain au Pont de La Barre ; en direction des milieux communistes et syndicalistes.
Le 6 juillet 1942, plusieurs dizaines de communistes havrais et quelques juifs sont dĂ©portĂ©s dans le convoi de CompiĂšgne Ă Auschwitz qui sera connu sous le nom de « convoi des 45 000 » (sĂ©rie de numĂ©ros dâimmatriculation au camp) qui comportera 1.100 membres du PC et de la CGT et 50 juifs.
AndrĂ© DuromĂ©a, Gustave Avisse et Fernand Chatel, traquĂ©s par la Gestapo quittent le Havre au mois dâaoĂ»t.
Le jeune Jean HascoĂ«t prend alors la relĂšve Ă la tĂȘte du DĂ©tachement composĂ© Ă cette Ă©poque de quatre groupes de combat forts dâune quarantaine dâhommes. Leurs chefs sont Ernest Derrien, Marcel Toulouzan, Jean Le Brozec et Maurice Coquet. Une section de rĂ©serve est constituĂ©e, commandĂ©e par Charles Domurado.

Lâeffectif passe Ă 70 hommes au cours de lâĂ©tĂ©. Leur recrutement se fait directement sur les lieux de travail.
1943, vers la création de la 2e Cie FTP de Seine Inférieure au Havre
AprĂšs une interruption des opĂ©rations entre octobre 1942 et fĂ©vrier 1943, les actions reprennent : sectionnement de cĂąbles de mise Ă feu de mines Ă la HĂšve, sabotage des quais et des voĂ»tes de la base des vedettes lance-torpilles, attaque et incendie dâun cantonnement allemand Ă Harfleur, incendie de 80 tonnes de fourrage Ă Etainhus.
Au mois de mars, Jean HascoĂ«t est arrĂȘtĂ© et est fusillĂ© le 23 mai suivant, Jean Le Brozec prend la tĂȘte du DĂ©tachement, renforcĂ© dâune seconde section de rĂ©serve commandĂ©e par Fernand Boulanger.
Mais lâĂ©tĂ© 1943 sera sanglant pour les communistes havrais : Jean Le Brozec est abattu lors dâune attaque montĂ©e contre les chefs de la Gestapo du Havre. Ernest Derrien qui le remplace et veut le venger en montant une nouvelle attaque contre la Gestapo, est abattu Ă son tour.
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Le 1er septembre 1943 est créée la Compagnie FTP du Havre, commandée par Bernard Catel. Elle prend le nom de 2e Cie FTP de Normandie, la 1ere étant basée à Rouen. 11 compagnies verront le jour dans le département.
Les deux détachements de combat de 64 hommes sont commandés par Marcel Toulouzan et Marcel Larriven et la Cie comporte deux sections de réserve.
Chaque jour du mois dâoctobre se produit le sabotage dâune pompe Ă bĂ©ton Ă la base de vedettes lance-torpilles du Havre.
Le 15 octobre 1943, Marcel Toulouzan, Ă la tĂȘte d’un commando, sabote et met hors d’usage un sous-marin allemand aux chantiers Augustin Normand.
Le 13 novembre, il participe en tant que chef de groupe au grenadage du cinĂ©ma Select du Havre, rĂ©servĂ© Ă lâoccupant avec Alphonse Moyon, Roland Phillippe, Maurice Coquet et Jean Delaunay.
Le 31 dĂ©cembre, Marcel Toulouzan est arrĂȘtĂ© avec deux autres FTP. Ils sont fusillĂ©s le 4 fĂ©vrier 1944.
Marcel Toulouzan
1944, Les FTP dans la Libération du Havre
Une nouvelle organisation de la Cie FTP eut lieu le 15 janvier 1944 suite à de nombreuses arrestations et mutations. Le commandement passe à Henri Roblin, avec pour adjoints Marcel Larriven et Pierre Naze. La Compagnie comprend deux Détachements et trois sections de réserve.
De nombreux sabotages se dĂ©roulĂšrent aux mois de fĂ©vrier et mars : hĂ©lice de remorqueur, canon de lâOrphelinat Ă BlĂ©ville, dĂ©pĂŽt de munitions, dragues et chaland,âŠ
A lâapproche de la LibĂ©ration du Havre, les armes font toujours dĂ©faut aux membres des FTP et le fait est avĂ©rĂ© quâils ne furent jamais bĂ©nĂ©ficiaires des armes parachutĂ©es par les alliĂ©s.
Cependant, entre juin et aout 1944, des rapprochements se firent jour entre les FTP et dâautres groupes de rĂ©sistants.
Pierre Naze
Pierre Naze, par exemple, ancien de LâHeure H en 1942, qui avait rejoint la 2e Cie de FTP du Havre en septembre 1943 et qui s’inscrivit la mĂȘme annĂ©e au Parti communiste. Le 14 juin 1944, il prit livraison du stock d’armement constituĂ© et cachĂ© dans un caveau en 1941 par Aldric Crevel (Groupe Morpain) et qui avait Ă©tĂ© ramenĂ© Ă Montivilliers le 4 juin par son fils Jacques Crevel. Le lot de munitions et explosifs, qui pesait entre 40 et 60 kilos, Ă©tait composĂ© de cheddite, dĂ©tonateurs Ă©lectriques, plaquettes incendiaires et cartouches. Le matĂ©riel a Ă©tĂ© transportĂ© en plein jour chez Marcel Paris, chef local du groupe LibĂ©ration Nord, qui lâavait conservĂ© Ă son domicile Ă Montivilliers, jusquâau 14, date Ă laquelle Pierre Naze est venu en prendre livraison pour le rentrer avec Olive Naze en bicyclette, de Montivilliers au camp retranchĂ© du Havre. Henri Roblin vint rĂ©cupĂ©rer le matĂ©riel qui fut transportĂ© ensuite chez Emile Mutel Ă Sanvic.
Au 15 juin 1944, la Compagnie passe sous les ordres de Marcel Larriven, avec pour adjoints Pierre Naze et Emile Mutel. La compagnie est composĂ©e de cinq sections et les deux sections de rĂ©serve disparaissent pour ne laisser place quâĂ des Ă©lĂ©ments de combat. Chaque section est divisĂ©e en quatre groupes comportant entre 7 et 10 hommes. Lâeffectif est de 170 hommes et les enrĂŽlements se poursuivent.
Pour la premiĂšre fois apparait dans lâorganigramme de la Compagnie au sein de la 1Ăšre section, un groupe (le 5e), entiĂšrement composĂ© de femmes, neuf au total, commandĂ© par Jeanne Tranchard.
Le 15 aout 1944, Marcel Larriven venant dâĂȘtre arrĂȘtĂ© deux jours plus tĂŽt, Pierre Naze devient chef de secteur. La Compagnie est alors divisĂ©e en deux : celle du Havre, la 1Ăšre, est sous les ordres de Maurice Moyon avec 6 groupes et 257 hommes. La seconde, celle de Montivilliers, commandĂ©e par Fernand Bellenger (57 hommes, cinq groupes) opĂšre avec les hommes du groupe U55 de Claude de Beaumont.
Les FTP se joignent ainsi spontanĂ©ment Ă U55 du fait du manque de liaison avec lâĂ©tat-major FFI du Havre (Lecomte et Loisel).
LâOrdre de Bataille du secteur FTP du Havre rappelle lâengagement dans les combats de la LibĂ©ration de la 1Ăšre section de Louis Violas, notamment ceux du 2Ăšme groupe de Jeanne Lejeune et du 4e groupe de Louis Gonidec. Mais Ă©galement, les actions de la 2Ăšme section de Marcel Gagnant, et de la 3Ăšme section de Auguste Lepiller Ă Sainte Adresse.
Morts pour la France : 19 membres des FTP du Havre ont été tués ou fusillés et 16 sont morts en déportation.
Bibliographie
La Résistance au Havre de 1940 à septembre 1944. Rodrigue Serrano, mémoire de Maitrise, Université de Rouen,1999.
Ordre de bataille du secteur FTP du Havre 41-44. Anacr.
Les Visages des martyrs, IHS 76 -UL CGT Le Havre, 2015.
Les communistes au Havre. marie-Paule Dhaille-Hervieu, PURH, 2010.
Quâentend-t-on par Mouvement ?
Les mouvements sont un des deux types dâorganisations nouvelles surgies en 1940-41, avec les rĂ©seaux de renseignement, d’Ă©vasion et de sabotage créés par la France Libre et les Britanniques. Ils sont créés Ă l’origine sans appui extĂ©rieur (contrairement aux rĂ©seaux), et, dĂ©passant la spĂ©cialisation paramilitaire des rĂ©seaux, ils incarnent la volontĂ© qu’ont les rĂ©sistants de changer par tous les moyens possibles lâĂ©tat dâesprit et les comportements de la population sous lâoccupation et sous Vichy. Ils sont une sorte de relĂšve improvisĂ©e face au silence des forces organisĂ©es (partis, syndicats, Ăglises,) paralysĂ©es par lâarmistice et par leur caution donnĂ©e Ă la transition entre la IIIe RĂ©publique et Vichy.
Ă lâorigine, ils se constituent souvent en privilĂ©giant une ou deux filiĂšres de recrutement, Ă la fois sociologique et politique, liĂ©es Ă lâorigine des individus des premiers noyaux et Ă lâinterdiction des partis et syndicats dâavant-guerre dont nombre de militants se retrouvent livrĂ©s Ă eux-mĂȘmes.
Lâoccupation suscite en zone Nord des noyaux nombreux dĂšs 1940, stimulĂ©s par la diversitĂ© des actions possibles : feuille clandestine (Pantagruel, Libre France, LibĂ©ration-Nord, Valmy Ă Pari s; En captivitĂ© Ă Nantes, Lâhomme libre Ă Roubaix, etc.), aide Ă lâĂ©vasion de prisonniers de guerre ou collecte de renseignements (ArmĂ©e des Volontaires, Ceux de la LibĂ©ration, Organisation Civile et Militaire, et bien dâautres). Elle suscite aussi la volontĂ© dâune coordination, tentĂ©e par le groupe du musĂ©e de lâHomme. Mais la rĂ©pression frappe trĂšs tĂŽt, dĂ©mantelant la plupart de ces premiers groupes ou les obligeant Ă une recomposition. DâoĂč des vagues successives : Valmy renaĂźt en 1942 dans RĂ©sistance, Ceux de la RĂ©sistance est issu dâune antenne de Combat en zone Nord, etc. Les groupes qui rĂ©ussissent Ă durer ont tendance Ă polariser leurs activitĂ©s, privilĂ©giant soit un journal (LibĂ©ration-nord, DĂ©fense de la France) soit lâaction paramilitaire (OCM, CDLR, CDLL).
AprĂšs lâoccupation de la zone Sud en novembre 1942 et la perspective, dĂšs 1943, de la libĂ©ration par un dĂ©barquement alliĂ©, tous les grands mouvements en viennent Ă cumuler lutte armĂ©e et propagande ou revues de rĂ©flexion sur lâaprĂšs-guerre. Lâaction paramilitaire est subdivisĂ©e en groupes francs utilisĂ©s pour lâaction immĂ©diate en ville, maquis et armĂ©e secrĂšte de « rĂ©servistes » pour le Jour J. Ils dĂ©veloppent aussi de nouveaux services pour sâadapter aux attentes de la population et Ă leurs besoins internes : faux papiers, (en rĂ©ponse au STO notamment) service social, noyautage des administrations publiques
Les deux principaux mouvements présents au Havre ont été Libé Nord et le Front National.
Libé-Nord
Christian Pineau et Robert Lacoste signent le 15 novembre 1940 avec dix syndicalistes cĂ©gĂ©tistes et chrĂ©tiens le « manifeste des douze », en rĂ©action Ă lâinterdiction des centrales syndicales, patronales et ouvriĂšres par le gouvernement de Vichy. A la suite de ce manifeste paraĂźtra le 1er dĂ©cembre 1940 le premier numĂ©ro du journal LibĂ©ration-Nord, hebdomadaire qui marquera le point de dĂ©part d’un mouvement qui deviendra le plus important de la zone Nord occupĂ©e. Le journal paraitra jusqu’en aoĂ»t 1944.
LibĂ©ration-Nord – plus communĂ©ment dĂ©nommĂ© LibĂ© Nord -, rassembla des rĂ©sistants, hommes et femmes, socialistes ou apolitiques, syndicalistes, chrĂ©tiens ou non, fonctionnaires, de l’ouvrier aux personnalitĂ©s connues. Par ses origines et son recrutement, il va privilĂ©gier le dĂ©veloppement du syndicalisme clandestin et la contre-propagande Ă lâĂ©gard de lâoccupant et du rĂ©gime pĂ©tainiste.
A la suite du dĂ©part de Christian Pineau Ă Londres en fĂ©vrier 1942, ce dernier obtiendra la reconnaissance du mouvement par le GĂ©nĂ©ral de Gaulle. Sur ordre de ce dernier, LibĂ©ration-Nord Ă©tend son champ d’action au renseignement politique et militaire avec la mise sur pied des rĂ©seaux Phalanx et Cohors, dirigĂ©s respectivement par Christian Pineau et Jean CavaillĂšs.
A cette Ă©poque, lâaction armĂ©e devient prĂ©dominante et les membres de LibĂ©ration-Nord seront engagĂ©s dans de nombreuses actions de sabotages, dans toute la zone Nord de la France occupĂ©e, en particulier en rĂ©gion parisienne et dans la zone P4 (NiĂšvre, Yonne, Aube). LibĂ©ration-Nord prendra une part active Ă la libĂ©ration de Paris.
Le mouvement sera membre du Conseil de la RĂ©sistance crĂ©e par Jean Moulin en mai 1943 (CNR), et sera reprĂ©sentĂ© par 7 de ses membres sur les 40 reprĂ©sentants des mouvements de rĂ©sistance Ă lâAssemblĂ©e Consultative Provisoire. Son fondateur Christian Pineau sera lâun des principaux acteurs de la rĂ©unification franco-allemande.
En Seine-Inférieure, Libé-Nord fut dirigé par Raoul Leprettre, G. Brutelle, J. Capdeville, Tony Larue (ancien Maire de Grand-Quevilly destitué par Vichy en 1941), Henri (ancien Maire de Darnetal) et Suzanne Savale, son épouse, Césaire Levillain, Corroy et Legout.
LibĂ© Nord se dĂ©veloppe au Havre par lâintermĂ©diaire de contacts entre lâun de ses responsables en Seine InfĂ©rieure, CĂ©saire Levillain et son ami Henri Choquet avec qui il travaille Ă la confection de faux papiers et la cache d’activistes.
DĂ©but 1941, Henri Choquet fonde au Havre un Groupe qui porte son nom et qui devient lâantenne havraise et le rĂ©seau de renseignement du Mouvement LibĂ©ration Nord
Il recruta une douzaine d’agents qui se spĂ©cialisĂšrent au Havre et sur la cĂŽte jusqu’Ă Dieppe dans lâobservation des mouvements des navires et des troupes allemandes.
Chaque fin de semaine, Henri Choquet remettait les informations recueillies par son Groupe à César Levillain. En octobre 1942, il rejoignit le réseau de renseignement Cohors. Libé Nord a compté une centaine de Havrais.
Le Front National est un mouvement de rĂ©sistance lancĂ© par le Parti communiste français sous la forme d’un manifeste datĂ© du 27 mai 1941 : « Pour la formation d’un Front national de l’indĂ©pendance de la France ».
Jusqu’Ă l’automne 1942, plutĂŽt qu’une organisation, il s’agit d’un rassemblement de comitĂ©s locaux, surtout urbains, prenant diffĂ©rents visages (sympathisants communistes, partisans du Front populaire, ententes socioprofessionnelles, anciens militants de partis de droite…) et fixant leurs objectifs de lutte en fonction de leur rĂ©gion et de leur identitĂ© catĂ©gorielle.
Puis deux comitĂ©s directeurs se mettent en place en fĂ©vrier-mars 1943 Ă Paris (prĂ©sident : FrĂ©dĂ©ric Joliot-Curie) et Lyon (Georges Bidault), avec des reprĂ©sentants de mouvements de rĂ©sistance, de partis d’avant-guerre, de syndicats, de religions. Pierre Villon reprĂ©sente le Front national Ă la sĂ©ance inaugurale du Conseil national de la RĂ©sistance le 27 mai 1943.
L’Ă©tĂ© 1943 un encadrement des comitĂ©s locaux se met en place â ainsi le Front national universitaire ou FNU et le ComitĂ© national des Ă©crivains ou CNE regroupent les comitĂ©s d’intellectuels, un Front patriotique de la jeunesse et une Union des femmes françaises. En octobre 1943, le FN abandonne son ambition de rassembler toute la RĂ©sistance.
Fin 1943-début 1944, il affirme son autorité sur les FTP. Grùce à Pierre Villon, il prend une part décisive à la rédaction du programme du Conseil national de la Résistance adopté le 15 mai 1944. Le Front National a compté plus de 80 Havrais dans ses rangs.
Rappelons aussi lâOrganisation SpĂ©ciale (communiste), prĂ©sentĂ©e dans lâhistorique des FTP (14 havrais) et Ceux de la LibĂ©ration (CDLL) : une dizaine de Havrais.
Ceux de la LibĂ©ration (CDLL) fut l’un des grands mouvements de la RĂ©sistance intĂ©rieure française en zone occupĂ©e pendant la Seconde Guerre mondiale et l’un des huit grands rĂ©seaux de rĂ©sistance membres du Conseil national de la RĂ©sistance (CNR) en 1943. Ce mouvement recruta essentiellement parmi les officiers de rĂ©serve, les ingĂ©nieurs et les industriels. Ses spĂ©cialitĂ©s furent la propagande, le renseignement, l’action (parachutages, dĂ©pĂŽts d’armes, et prise en charge de pilotes alliĂ©s abattus).
Liste des différents mouvements
Cliquez sur un mouvement pour afficher les resistants ayant appartenu au mouvement concerné
CDLLÂ |Â Â CDLRÂ |Â Â COMBATÂ |Â Â DEFENSE DE LA FRANCEÂ |Â Â FRONT D’INDEPENDANCE BELGEÂ |Â Â FRONT NATIONALÂ |Â Â LIBE NORDÂ |Â Â MRPGDÂ |Â Â MURÂ |Â Â ORAÂ |Â Â OSÂ |Â Â OCMÂ |Â Â RESISTANCE
Quâentend-t-on par RĂ©seaux ?
LâAngleterre, Ă travers le Special Operations Executive (SOE) et lâlntelligence service (MI 6 renseignements et MI 9 Ă©vasions), les services secrets de la France Libre Ă travers le Bureau de Renseignement et dâAction (BCRA) Ă Londres, ont, dĂšs 1940, cherchĂ© Ă crĂ©er des rĂ©seaux de Renseignement en mĂ©tropole.
Ils ne commenceront Ă fonctionner vĂ©ritablement quâen 1941. Des rĂ©seaux dâĂ©vasion et de renseignements de la rĂ©sistance des pays envahis seront actifs dans la rĂ©gion : Zero-France mise en place par la suretĂ© Belge en 1942 et F2 dĂ©pendant du 2eme bureau de lâEtat-major polonais rĂ©fugiĂ© Ă Londres en 1940.
Leurs agents sont parachutés ou déposés par vedettes sur les cÎtes du territoire occupé et en zone « libre », afin de nouer des contacts avec la résistance locale.
Les missions de ces rĂ©seaux Ă©taient de trois ordres : le Renseignement Ă©conomique, politique et militaire, lâAction politique et militaire et lâEvasion : au dĂ©part, lâexfiltration dâaviateurs tombĂ©s sur le sol français et, Ă partir de 1942, le soutien aux rĂ©sistants ou aux requis du STO en fuite.
La zone portuaire du Havre, ses installations, les mouvements de troupe, ainsi que la dĂ©fense allemande le long du littoral de la Seine Maritime et plus tard lâimplantation des armes nouvelles (V1 et V2), intĂ©ressent tout particuliĂšrement les services secrets britanniques et français, mais aussi belges (rĂ©seau dâĂ©vasion et de renseignement ZĂ©ro France).
A mesure que la RĂ©sistance monte en puissance, les missions de Renseignement et dâAction des RĂ©seaux se renforcent dans la perspective dâun prochain DĂ©barquement allié : sabotages, recrutement et formation de groupes paramilitaires, parachutage dâarmes,⊠qui se multiplieront aprĂšs le DĂ©barquement de Normandie.
Nota : Les RĂ©seaux de la France Libre et de la France combattante ont fait aprĂšs- guerre lâobjet dâune reconnaissance officielle (cf : Les RĂ©seaux de RĂ©sistance de la France combattante, dictionnaire historique, prĂ©face dâOlivier Wieviorka, SHD, Ă©ditions Economica, 2013).
Principaux réseaux actifs dans la zone du Havre
Les Havrais ont Ă©tĂ© affiliĂ©s Ă prĂšs de 90 rĂ©seaux diffĂ©rents. Cette multiplicitĂ© rĂ©sulte de la mobilitĂ© des Havrais durant la pĂ©riode de lâoccupation, de leurs zones dâaction diffĂ©renciĂ©es, et du foisonnement des rĂ©seaux sur lâensemble du territoire mĂ©tropolitain.
Dans la zone du Havre proprement dite, quatre rĂ©seaux dâimportance concentrent un nombre important dâeffectifs :
Hamlet Buckmaster (SOE britannique)
Bien des groupes pionniers de la RĂ©sistance, tel le Mouvement de RĂ©sistance GĂ©nĂ©rale de GĂ©rard Morpain, ont eu pour objectif de nouer le contact radio avec « Londres ». DĂšs 1940, le Groupe opĂšre du renseignement et constitue des dĂ©pĂŽts de rĂ©cupĂ©ration dâarmes dans la perspective dâune prochaine LibĂ©ration du territoire. Câest LâHeure H, qui , sous la co-direction de Henri Chandelier et Roger Mayer, prend en janvier 1942 le relais du Groupe Morpain dĂ©cimĂ© par les arrestations de juin 1941. Il verra se concrĂ©tiser en 1943 sa liaison avec Philippe Liewer et le rĂ©seau britannique Hamlet Buckmaster dont il devient la tĂȘte de pont agissante dans la rĂ©gion du Havre.

 Collection David Fouache
Lâhistoire extraordinaire de cette filiation, la capacitĂ© de lâHeure H (340 membres) Ă avoir rĂ©uni des groupes de rĂ©sistance locaux (tels le groupe Lagache-HervĂ© et le groupe de Jules Lefebvre), le placent avec Hamlet Buckmaster (270 membres) en tĂȘte des rĂ©seaux du Havre.
DĂ©couvrir lâhistorique de ce rĂ©seauÂ
Saint-Jacques (France Libre)
Créé en 1940 par le lieutenant-colonel Maurice Duclos qui dĂ©barque en France le 4 aout 1940 pour constituer des rĂ©seaux de renseignements, le rĂ©seau Saint Jacques dĂ©pendait du BCRA (services secrets de la France Libre Ă Londres). Sa mission principale fut la recherche de renseignement d’ordre militaire, politique et Ă©conomique et accessoirement la prĂ©paration militaire Ă l’action, notamment Ă travers le sous-rĂ©seau Nardan. Sa centrale Ă©tait basĂ©e Ă Paris et ses principaux sous-rĂ©seaux en rĂ©gion parisienne, le Nord, Le Havre (sous-rĂ©seau Nardan) et la rĂ©gion cĂŽtiĂšre, Rouen et la Seine InfĂ©rieure. Saint Jacques compta plus de 70 Havrais dans ses rangs, notamment les membres du Groupe Jean, formĂ© par Jean AndrĂ©ani , qui fut affiliĂ© au sous-rĂ©seau Nardan. En fĂ©vrier1942, lors du raid britannique sur le radar de Saint Jouin de Bruneval, Jean AndrĂ©ani, William de Beaugrand, Roger BriĂšre et Roland Prestinost recueilllirent 8 soldats britanniques.
Marathon (France Libre)
Le rĂ©seau Marathon eut pour vocation de collecter des renseignements d’ordre Ă©conomique et militaire transmis au BCRA, le service de renseignement de la France Libre Ă Londres. Le sous-rĂ©seau Narbonne qui lui Ă©tait rattachĂ©, implantĂ© dans la capitale et en Seine InfĂ©rieure, avait pour responsable Marcel Serre (basĂ© Ă Paris) et Marcel Legallais, au Havre. Marathon compta prĂšs dâune quarantaine de Havrais dans ses rangs.
Marcel Legallais
CND Castille (France Libre)
Créé par Gilbert Renault, alias « colonel RĂ©my » en septembre 1940, ConfrĂ©rie Notre Dame fut l’un des tout premiers rĂ©seaux de renseignement des services secrets de la France Libre. Le rĂ©seau s’implante d’abord dans la France de l’Ouest (Nantes) et recrute des informateurs de qualitĂ© dans les ports de l’Atlantique (Bordeaux, Brest, Le Havre) avant de couvrir toute la zone occupĂ©e. Ses missions portent sur le recueil de renseignement de tous ordres et sur le Mur de l’Atlantique en particulier. Il prend le nom de ConfrĂ©rie Notre Dame de Castille en novembre 1943. Une trentaine de Havrais a fait partie de ce rĂ©seau. Sous la direction de Roger Dumont, et avec Charles Chauveau il joua un rĂŽle important de Renseignement dans la prĂ©paration du raid alliĂ© effectuĂ© en 1941 sur le radar de Saint Jouin Bruneval prĂšs du Havre.

Roger Dumont – Ordre de la LibĂ©ration
Claude Thierry-Mieg Ă©pouse Adida, agent P2 de l’Agence du Havre recruta plusieurs membres du rĂ©seau CND Castille.

Dâautres rĂ©seaux prĂ©sentant des effectifs moins nombreux ont opĂ©rĂ© dans la zone du Havre : BĂ©arn, Centurie, Famille Martin, Marco Polo et Samson.
La majorité des membres des réseaux a été homologué FFC et/ou FFL selon le cas.
Liste des diffĂ©rents rĂ©seauxÂ
Cliquez sur un réseau pour afficher les resistants ayant appartenu au reseau concerné
 ACTION A |  ACTION D |  ACTION P |  ACTION PLAN TORTUE |  ACTION R1 |  ACTION R2 |  ACTION R3 |  ACTION R4 |  ACTION R6 |  Agent du BCRA |  AGIR |  AJAX |  ALEXANDRE |  ALI France |  ALI TIR |  ALLIANCE |  ALPHONSE BUCKMASTER |  ANTOINE BUCKMASTER |  ARC EN CIEL |  ARMAND BUCKMASTER |  AS – ARMEE SECRETE |  ANDALOUSIE |  BASE ESPAGNE |  BATAILLONS DE LA MORT |  BEARN |  BERTRAND (OSS) |  BERYL |  BJERRING |  BORDEAUX LOUPIAC |  BRUTUS |  CDM |  CENTURIE |  CHARETTE |  CND CASTILLE |  COHORS ASTURIES |  COMETE |  COTRE |  DARIUS |  DUBOULOZ |  EIF |  ELEUTHERE |  EMERAUDE |  EUGENE BUCKMASTER |  F2 |  FAMILLE MARTIN |  FRANCOISE |  GALLIA |  GOELETTE |  HAMLET BUCKMASTER |  HUNTER |  JADE AMICOL |  JADE FITZROY |  JEAN MARIE BUCKMASTER |  JONQUE |  JOHNNY |  KASANGA |  KUMMEL |  L’HEURE H |  MANIPULE |  MARATHON |  MARC FRANCE |  MARCO POLO |  MARTIAL |  MISSION LEENAERT |  MITHRIDATE |  NAVARRE |  NNB |  OSCAR BUCKMASTER |  PEARL HARBOUR |  RESISTANCE EST |  RESISTANCE FER |  RESISTANCE PTT |  ROGER BUCKMASTER |  ROY |  SAINT JACQUES |  SAMSON |  SHELBURN |  SR KLEBER |  SSMF TR |  SUPER NAP |  SUSSEX |  SYLVESTRE BUCKMASTER |  TRANSMISSION ACTION |  TURMA VENGANCE |  THERMOPYLES |  VENGEANCE |  VENGEANCE (Eure) |  ZERO FRANCE
Quâentend-t-on par France Libre ?
      La France Libre trouve son origine dans lâAppel lancĂ© le 18 juin 1940 Ă Londres par le gĂ©nĂ©ral de Gaulle, invitant les Français Ă poursuivre le combat militaire contre l’Allemagne aux cĂŽtĂ©s de leurs alliĂ©s britanniques.
Â

(…) « Lâhonneur, le bon sens, lâintĂ©rĂȘt de la Patrie, commandent Ă tous les Français libres de continuer le combat, lĂ oĂč ils seront et comme ils pourront.
(…) Moi, GĂ©nĂ©ral de Gaulle, jâentreprends ici, en Angleterre, cette tĂąche nationale.
Jâinvite tous les militaires français des armĂ©es de terre, de mer et de lâair, jâinvite les ingĂ©nieurs et les ouvriers français spĂ©cialistes de lâarmement qui se trouvent en territoire britannique ou qui pourraient y parvenir, Ă se rĂ©unir Ă moi.
Jâinvite les chefs et les soldats, les marins, les aviateurs des forces françaises de terre, de mer, de lâair, oĂč quâils se trouvent actuellement, Ă se mettre en rapport avec moi.
Jâinvite tous les Français qui veulent rester libres Ă mâĂ©couter et Ă me suivre.
Vive la France libre dans lâhonneur et dans lâindĂ©pendance ! »
Charles de Gaulle, Appel du 22 juin 1940
Les Forces militaires Françaises Libres sont créées au cours de lâĂ©tĂ© 1940 en Angleterre autour dâun petit noyau de 7.000 engagĂ©s volontaires Ă©vadĂ©s de France.
Longtemps dĂ©nommĂ©e « RĂ©sistance extĂ©rieure », la France Libre, conformĂ©ment aux prĂ©visions contenues dans lâAppel lancĂ© par le gĂ©nĂ©ral de Gaulle, va dĂ©velopper son assise territoriale Ă partir du ralliement des territoires de lâEmpire colonial français qui se concrĂ©tise de maniĂšre fulgurante entre juillet et septembre 1940. En Afrique Equatoriale Française, Brazzaville devient pour un temps la capitale de la France Libre. Les engagements des civils et militaires en Afrique – dont une majoritĂ© de Tirailleurs -, des volontaires du Pacifique, et plus tard de Syrie Ă lâissue du combat victorieux contre les forces vichystes, viennent grossir les rangs des Forces terrestres de la France Libre. Les effectifs des FFL se chiffrent Ă environ 65.000 membres lors de leur dissolution le 31 juillet 1943.
A cette date les Forces Françaises Libres seront dissoutes, en consĂ©quence de leur fusion avec lâarmĂ©e dâAfrique du Nord placĂ©e sous les ordres du gĂ©nĂ©ral Giraud. Ses membres continueront Ă se battre en Italie, dans les DĂ©barquements de Normandie et de Provence, en Europe et sur le territoire national jusquâau 8 mai 1945.
Les Forces Françaises Libres se composent dâunitĂ©s combattantes, de rĂ©seaux de la rĂ©sistance intĂ©rieure rattachĂ©s aux services secrets (BCRA), de services administratifs et de ComitĂ©s de soutien dans le monde entier.
Les unités combattantes sont représentées par : les Forces terrestres de la 1Úre Division Française Libre et celles du général Leclerc ; les Forces Aériennes Françaises Libres (FAFL) : Aviateurs et Sas Parachutistes ; les Forces Navales Françaises Libres (FNFL) : Marine Marchande et Marine de Guerre, Fusiliers Marins et Fusiliers Marins commandos.
Elles combattent sur tous les théùtres dâopĂ©rations « Air, Mer, Terre » de leurs AlliĂ©s Britanniques : les marins marchands et de guerre et leurs bĂątiments ralliĂ©s Ă la France Libre participent Ă la Bataille de lâAtlantique, les aviateurs et la 1Ăšre Cie de parachutistes et les Forces Terrestres accompagnent les combats du front du Moyen-Orient, particuliĂšrement en Libye (Koufra et Bir Hakeim) jusquâĂ la Bataille dâEl Alamein, puis en Tunisie dâoĂč lâAfrika Korps de Rommel vaincue se repliera en Europe en mai 1943. Le gĂ©nĂ©ral de Gaulle ne cessera juqu’en 1943 de se porter au devant de ses troupes terrestres sur les théùtres d’opĂ©rations ou de passer en revue ses volontaires marins et aviateurs en Angleterre.
La ténacité, la valeur au combat et les victoires des FFL participeront de maniÚre décisive à la reconnaissance militaire de la France Libre dans le monde entier aprÚs la Bataille, suivie de la Résistance et de la Sortie de Bir Hakeim en juin 1942.
Les Havrais Français Libres
De 530 Français Libres du Havre identifiĂ©s en 2017, les effectifs recensĂ©s se montent aujourdâhui Ă 622 (recensement en cours dans l’Annuaire).
Sans surprise, du fait de la vocation maritime et portuaire du Havre, les membres des Forces Navales Françaises Libres reprĂ©sentent plus de la moitiĂ© des FFL (340) : ils se trouvent dĂ©jĂ enrĂŽlĂ©s dans les rangs de la Marine nationale ou de la Marine Marchande au Printemps 1940. Ils rejoignent la France Libre individuellement (Ă©vasions) et le plus souvent collectivement, Ă la faveur du ralliement de leurs Ă©quipages. A noter le ralliement significatif de bĂątiments de la Compagnie gĂ©nĂ©rale Transtalantique, tel le paquebot L’Ile de France, et des Messageries Maritimes, tels les paquebots Cuba et FĂ©lix Roussel, ainsi que de trĂšs nombreux cargos.
Sous pavillon FNFL, les Marins marchands participent au convoyage de matĂ©riel, Ă©quipements et troupes Ă travers lâAtlantique ou vers lâAfrique. Ceux de la Marine de Guerre qui servent Ă bord de sous-marins, contre torpilleurs, frĂ©gates et corvettes, et sont principalement engagĂ©s dans la Bataille de lâAtlantique Nord jusquâen 1944 puis aux opĂ©rations de DĂ©barquement en Normandie. Certains participent au ralliement de territoires vichystes comme Saint Pierre et Miquelon (1941) ou lâile de la RĂ©union (1942). Tous sont soumis au harcĂšlement des U-Boats allemands et de nombreux Havrais disparaissent dans les torpillages de leurs unitĂ©s.
Les Fusiliers Marins du BFM puis du RFM présentent la particularité de compter dans les effectifs de la 1Úre DFL avec laquelle ils combattirent de bout en bout entre 1941 et 1945, notamment dans la Bataille de Bir Hakeim au printemps 1942.
Le Havre compte 17 Havrais, soit 10 % de lâeffectif des Fusiliers Marins Commandos du Commando Kieffer : beaucoup servent dâabord la Marine FNFL avant de faire le choix des commandos, et sont formĂ©s en Ecosse et au Pays de Galles en vue du DĂ©barquement qui se rĂ©alisera Ă Colleville sur Orne le 6 juin 1944. Certains dâentre eux poursuivirent la guerre jusquâaux Pays-Bas.
Les Forces Terrestres de la 1Ăšre Division Française Libre et de Leclerc rassemblent plus de 82 membres. Certains Havrais de la 1Ăšre DFL sont engagĂ©s dĂšs 1941 contre les forces Italiennes ErythrĂ©e et lâarmĂ©e de Vichy en Syrie, puis ils combattent avec les Britanniques contre les forces italo-allemandes sur le front du Moyen-Orient et en Libye. La Force Leclerc de son cĂŽtĂ© se concentre sur la remontĂ©e depuis le Tchad vers la Tunisie, affrontant victorieusement les garnisons italiennes dont celle de Koufra en mars 1941. Les deux grandes unitĂ©s feront leur jonction en Tunisie oĂč elles se prĂ©parent au Printemps 1944 aux campagnes dâItalie et du DĂ©barquement de Provence pour la 1Ăšre DFL, et Ă la constitution de la 2e DB pour la Force Leclerc.
Les Forces AĂ©riennes Françaises Libres sont reprĂ©sentĂ©es par 35 aviateurs et parachutistes. Les futurs pilotes de chasse ou de bombardier suivent en Angleterre lâexigeante formation de la RAF au cours de laquelle certains havrais perdront la vie Ă lâentrainement. Des Aviateurs sont envoyĂ©s dĂšs lâautomne 1940 en Afrique dans les premiĂšres escadrilles des FAFL qui interviendront notamment en appui de lâopĂ©ration de Leclerc Ă Koufra en mars 1941. Devenues Groupes de bombardement Lorraine et Bretagne et Groupe de chasse Alsace, elles rejoignent lâAngleterre en 1942 et sont engagĂ©es en 1943 dans des missions sur la France et la Hollande qui ciblent des centrales Ă©lectriques, des gares de triage et divers autres objectifs. Elles appuieront les opĂ©rations du DĂ©barquement de Normandie en 1944. La mĂ©moire du Pilote de chasse Jean Maridor demeure vive encore aujourdâhui de lâautre cĂŽtĂ© de la Manche et dans notre citĂ©, notamment Ă travers lâAĂ©roclub du Havre qui porte son nom.
Parmi les six membres des Sas Parachutistes, qui tous suivirent leur formation initiale Ă Ringway en Angleterre, certains seront engagĂ©s dans les commandos de la 1Ăšre Compagnie de Chasseurs Parachutistes du Capitaine BergĂ© qui opĂšre en 1942 en Egypte et en Libye dans les lignes allemandes. Dâautres intĂšgrent en 1943 la 1Ăšre Compagnie de lâAir en Angleterre et seront engagĂ©s au sein du 2e RĂ©giment de Parachutistes (RCP) qui dĂ©barque en Bretagne en juin 1944 et porte appui aux maquisards, notamment lors de la Bataille de Saint-Marcel.
10 femmes et 1 homme ont servi lâAdministration des FFL ou des FNFL et une dizaine de personnes furent membres de ComitĂ©s de la France Libre Ă travers le monde :  aux USA, en AmĂ©rique du Sud, Ă Tahiti et en Nouvelle-CalĂ©donie.
135 Havrais ont rejoint les rangs de la Résistance Intérieure de la France Libre, principalement affiliés au Havre aux réseaux de renseignement Saint Jacques, Marathon et CND Castille.
16 Compagnons de la LibĂ©ration membres des Forces Françaises Libres sont liĂ©s au Havre. Le nom de 14 dâentre eux, natifs du Havre, figure sur la stĂšle des Compagnons havrais, Place Charles de Gaulle.
Parmi eux, certains ont exercé des fonctions importantes au sein des unités combattantes de la France Libre : le général Paul Legentilhomme, le lieutenant-colonel Jean-Claude Laurent-Champrosay et le chef de Bataillon Henri Amiel.
Les deux derniers témoins des FFL du Havre sont en 2021 Pierre Loquet (ancien de Leclerc) et Paul Leterrier (ancien du RFM et de Bir Hakeim).
La DĂ©lĂ©gation Le Havre de la Fondation de la France Libre, membre du Collectif Havrais en RĂ©sistance(s) a pour prĂ©sidente Françoise Amiel-HĂ©bert. Elle reprĂ©sente la France Libre lors des cĂ©rĂ©monies patriotiques et commĂ©more lâAppel du gĂ©nĂ©ral de Gaulle et la mĂ©moire des Havrais FFL lors de la cĂ©rĂ©monie annuelle du 18 juin.
A noter : certaines notices individuelles trĂšs synthĂ©tiques des FFL de lâAnnuaire orientent vers les biographies documentĂ©es du site internet de la DĂ©lĂ©gation FFL, dĂ©diĂ© aux Français Libres et Compagnons de la LibĂ©ration havrais depuis 2015 et /ou, le cas Ă©chĂ©ant, vers le Livre ouvert des FFL.
Sources
Enseigner la Résistance, sous la direction de Laurent Ozou et de Tristan Lecoq. Canopé Editions, 2016.
L’OdyssĂ©e Air Mer Terre 1940-1945 des 500 Français Libres du Havre. Florence RoumeguĂšre, Association des Anciens et Amis de la France Libre du Havre, 2017.
Site internet des Compagnons et Français Libres du Havre https://compagnonshavrais.jimdofree.com/
Liste des différentes unités DFL
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         En conclusion de ce panorama des forces actives de la RĂ©sistance havraise, il est important de rappeler le processus politique par lequel, parallĂšlement aux combats, l’unification de la RĂ©sistance au niveau national parvint Ă remplir pleinement les objectifs poursuivis par ses diffĂ©rentes composantes : mettre fin Ă lâOccupation, au rĂ©gime collaborationniste de Vichy, et faire reconnaitre par les AlliĂ©s un gouvernement français lĂ©gitime, apte Ă reconstruire le pays sur des bases rĂ©publicaines et dĂ©mocratiques. Â
De la France Libre au Conseil National de la RĂ©sistanceÂ
Progressivement, lâambition du gĂ©nĂ©ral de Gaulle sera dâaccompagner le refus de la dĂ©faite dâune structure politique Ă vocation gouvernementale, reconnue comme telle par les AlliĂ©s de maniĂšre Ă ce quâau jour de la Victoire, la France ne soit pas seulement un pays libĂ©rĂ© mais un authentique vainqueur.
Lâordonnance du 24 septembre 1941, vĂ©ritable « constitution » de la France Libre, organise le fonctionnement du pouvoir en son sein et crĂ©e un ComitĂ© National Français, le CNF. Cette structure demeura pratiquement inchangĂ©e jusquâĂ la constitution en juin 1943 du ComitĂ© Français de la LibĂ©ration Nationale (CFLN).

De patriote au dĂ©part, le mouvement gaullien Ă©volua sous lâinfluence des RĂ©publicains de Londres, des politiques dĂ©mocrates- chrĂ©tiens, et lâimprĂ©gnation des rĂ©flexions anglo-saxonnes proclamant le caractĂšre idĂ©ologique du conflit et la nĂ©cessitĂ© de restaurer les principes dĂ©mocratiques.
Le rapprochement avec les RĂ©sistants de lâIntĂ©rieur, souvent des hommes de gauche, qui sâaffirme au dĂ©but de 1942, va confirmer ce plein ralliement de la France Libre Ă la RĂ©publique.
Le rapport de juillet 1942 de la commission de rĂ©forme de lâEtat, co-prĂ©sidĂ©e par RenĂ© Cassin et le socialiste FĂ©lix Gouin, retient la pleine restauration des principes rĂ©publicains Ă la LibĂ©ration et avance une sĂ©rie de propositions audacieuses comme le vote des femmes, lâabaissement de la majoritĂ© Ă 18 ans, la sĂ©curitĂ© sociale, le statut de la presse,⊠Repris et prĂ©cisĂ© Ă Alger, ce rapport donnera matiĂšre aux grandes ordonnances de 1944.
LâĂąpre combat politique que conduit le gĂ©nĂ©ral de Gaulle depuis 1940 pour incarner un Etat français lĂ©gitime prend un tournant dĂ©cisif aprĂšs le DĂ©barquement amĂ©ricain en Afrique du Nord en novembre 1942.  Les AmĂ©ricains lui sont hostiles et soutiennent le gĂ©nĂ©ral Giraud, son adversaire politique.
GrĂące Ă lâaction de Jean Moulin, lâunification de la RĂ©sistance IntĂ©rieure se concrĂ©tise le 27 mai 1943 avec la crĂ©ation du Conseil National de la RĂ©sistance â CNR : il va constituer un atout majeur pour de Gaulle face au gĂ©nĂ©ral Giraud.

Jean Moulin – Maitron
AprĂšs une pĂ©riode de transition oĂč lâAfrique française du Nord Ă©tait restĂ©e partiellement soumise au rĂ©gime de Vichy, la crĂ©ation du ComitĂ© Français de LibĂ©ration Nationale – CFLN, le 3 juin 1943 entĂ©rine la fusion des deux autoritĂ©s françaises engagĂ©es du cĂŽtĂ© allié : le ComitĂ© Français National de Londres dirigĂ© par le gĂ©nĂ©ral de Gaulle et le commandement en chef civil et militaire dâAlger, dirigĂ© par le gĂ©nĂ©ral Giraud. Cet organisme gouvernemental est dirigĂ© dâabord par les deux hommes, puis de facto par le seul gĂ©nĂ©ral de Gaulle Ă partir dâoctobre 1943.

Le CFLN Ă Alger
Le 2 juin 1944 à Alger, le CFLN, organe politique issu de la RĂ©sistance intĂ©rieure et extĂ©rieure, prenait le nom de Gouvernement provisoire de la RĂ©publique française – GRPF, quelques jours avant le dĂ©barquement en Normandie.
Il considĂ©ra « illĂ©gitime, nul et non avenu » le rĂ©gime de Vichy qui s’acheva le 20 aoĂ»t 1944, par lâexil du marĂ©chal Philippe PĂ©tain pour l’Allemagne avant son arrestation le 26 avril 1945.
AprĂšs la libĂ©ration de Paris, le GPRF s’installe le 31 aout 1944 dans la capitale et gouverne la France jusqu’Ă l’adoption d’une nouvelle constitution. Jusqu’Ă ce que la fonction de prĂ©sident de la RĂ©publique française soit recréée, le chef du GPRF exerça de fait une charge Ă©quivalente Ă celle de chef de l’Ătat.
Lors de la signature de lâacte final Ă Berlin de la capitulation allemande le 8 mai 1945, le feldmarschall Keitel ne put retenir cette phrase lourde de sens : « Quoi ? Les Français aussi ! ». Cette rĂ©action soulignait combien la prĂ©sence française nâĂ©tait pas attendue et combien elle resta une victoire diplomatique du gĂ©nĂ©ral de Gaulle.
La prĂ©sence française Ă Reims et Ă Berlin au titre de tĂ©moin signataire assura au pays une place de choix dans le camp des vainqueurs, reconnaissant par lĂ mĂȘme la participation de lâarmĂ©e française en reconstruction Ă la libĂ©ration de lâEurope occidentale.
Ainsi la France, reprĂ©sentĂ©e par le gĂ©nĂ©ral de Lattre de Tassigny, Ă©tait-elle signataire de lâacte final de capitulation au mĂȘme titre que lâURSS, les Ătats-Unis et la Grande-Bretagne.

Le gĂ©nĂ©ral de Gaulle dĂ©clare Ă la radio : « La guerre est gagnĂ©e. Voici la victoire. Câest la victoire des nations unies et câest la victoire de la France ».
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La prĂ©sentation des organisations du menu RĂ©sistance(s) s’est appuyĂ© sur l’ouvrage de Laurent Douzou et Tristan Lecoq : “Enseigner la RĂ©sistance”, paru aux Ă©ditions CanopĂ©e en 2016.

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