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GUENOT Raymond Alexandre Louis

Chronologie : 1941

Statut : 
  • FFC
  • DIR
Groupes : 
  • GRG-Morpain
Réseaux : 
  • HAMLET BUCKMASTER
  • L'HEURE H
Zones d'action: Le Havre

Date de naissance: 10/09/1914  à Vincennes (94)

Mort pour la France : 01/11/1943 fusillé au stand de tir du Madrillet, Grand-Quevilly 76

Parcours dans la résistance :
 

Raymond Alexandre GUENOT, né le 10 septembre 1914 à Vincennes (94), fils de Félix Guenot et de Blanche Mondor son épouse, avait été adopté par la Nation en 1919.
Il s’était marié à Paris en 1938 à Paulette Rossignon dont il eut une fille Eliane, née en août 1940.

Il avait été mobilisé en 1939-1940 comme caporal au 22e Régiment de Tirailleurs Algériens et blessé au combat.
Il obtient une citation à l'ordre de la Division ainsi libellée : " gradé d'un entrain et d'une bravoure remarquable, le 25 mai 1940 à Château l'Abbaye, a réussi à repousser au fusil-mitrailleur l'ennemi qui s'infiltrait dans nos lignes.
A eu une très belle attitude le 26 mai dans la défense du Pont de Nivelle. S'est distingué de nouveau dans les combats rapprochés autour de Lille du 28 au 31 mai.
Le présent Ordre comporte l'attribution de la Croix de guerre avec étoile d'argent" (Archives Herault).

Blessé au combat, le 31 mai 1940, et hospitalisé à Lens, il est fait prisonnier. Soigné en Belgique, Raymond Guenot s'évade et revient au Have où il est domicilié 18 rue Théodore Maillard chez la famille Gélin et il travaille comme étalagiste au magasin Vaxelaire, rue de Paris.

Il commence très tôt des activités de résistance : dans le but de faciliter l’évasion de ses anciens camarades de captivité, il reproduit sur gomme à effacer tous les cachets des laissez-passer de l’occupant allemand et fait parvenir de faux papiers par colis destinés aux candidats à l’évasion des Stalags.

Il fabriquera lui-même ses faux-papiers, avec l’aide de son ami photographe Gilbert Fernez.

Témoignage de Francis Fernez :  : "j'ai surpris mon Père en plein trucage photographique : il a pris une vue de Guénot en maillot de corps, puis trouvé une photo de marin allemand. Après avoir "déshabillé le marin, il a collé son béret sur la tête de Guénot, lui a ajusté la veste de la kriegsmarine et voilà notre Guénot avec des "papires" teurons du plus bel effet".

En novembre 1941, il est recruté au sein du groupe Morpain par Maurice Frémont et est  nommé en janvier 1942 chef du groupe « Documentation et faux-papiers ».

En février 1942, il fonde avec Roger Mayer le journal clandestin "L'Heure H" pour le groupment du même nom, ; Il se fournit en papier chez un éditeur parisien, M. Simon, et le journal est imprimé imprimé clandestinement chez la famille Chossat au Havre.

Il recrute  la fille de sa logeuse Anita Gélin, comme journaliste de "L'Heure H", lui-même écrit sous l’alias de « Jean Hergé »

Il utilise sa camionnette pour apporter tracts et journaux aux responsables communes avoisinantes. Son véhicule sert également au transport d'armes et de munitions.

Il entre en contact  avec Marcel Legallais, qui deviendra chef d'agence au Havre du réseau Marathon.

Au mois de décembre 1942, Raymond Guenot fournit des faux-papiers au nom de Maurice Hue à Jacques Hamon qui est entré dans la clandestinité et il l’accompagnera à Lillebonne pour qu’il puisse gagner Paris en train.

Il le reverra à Paris deux fois par mois en lui apportant plusieurs centaines d’exemplaires du journal L’Heure H que Jacques diffuse dans les jardins publics ou les boites aux lettres.

En 1943, en accord avec Roger Mayer, il infiltre le parti collaborateur du Rassemblement National Populaire (R.N.P., de Marcel Déat) dont il arrive à devenir chef de la section locale du Havre, ce qui lui permet d'approcher des hauts gradés allemands et d'en tirer des informations qui lui permettront de prévenir des victimes de délation (cf. document annexé : autorisation de circuler mentionnant le RNP comme motif de déplacement). Raymond Guénot devient le confident du Dr Ackermann, Kreiskommandant du Havre, un  double jeu très dangereux.

La promulgation de la Loi du 6 février 1943 sur le travail obligatoire (STO) entraine un regain d’activité pour l’activité de fabrication de faux-papiers  de Raymond Guenot. Il monte un véritable service de confection de faux-papiers allemands ou français pour les réfractaires au STO comme pour les Israélites.

La même année, il est affilié au réseau Hamlet Buckmaster (agent P2) dont Roger Mayer a été désigné le représentant au Havre.

Mais il est dénoncé auprès de la police française par un collègue de travail qui avait trouvé le 19 juin 1943 des papiers compromettants dans une boite aux lettres clandestine au magasin Vaxelaire. Après enquête, il est arrêté « pour détention d’armes et intelligence avec l’ennemi » le 20 juillet au domicile de la famille Gélin car la perquisition conduit à la découverte de sa fausse carte d’identité, un laissez-passer signé d’Ackermann, chef de la section SS du Havre, l’autorisant à porter une arme et près de cent feuillets de L’Heure H.

Il est interné à la prison du Havre jusqu’à la fin du mois de juillet 1943 avant d’être livré aux Allemands et détenu ensuite au secret à la prison Bonne-Nouvelle de Rouen.

La Cour martiale allemande de Rouen le condamne le 26 octobre 1943 à la peine de mort, pour intelligence avec l’ennemi et détention d’armes.

Au cours de son emprisonnement, son groupe tenta à trois reprises de le faire évader. Lors de la troisième tentative, le 1er novembre 1943, ses hommes arrivèrent trop tard : Raymond GUENOT, 29 ans, venait d'être fusillé le matin même, au stand de tir de la prison du Madrillet au Grand-Quevilly (76). Il ne parla pas et ne compromit pas son réseau (B. Garin).

Jean-Louis Guibert qui fut interné en même temps que lui à la prison Bonne Nouvelle à Rouen put entrer en possession de la lettre testament de Raymond Guenot, aujourd'hui conservée par les Archives Municipales.

Une heure avant son exécution, Raymond Guenot écrivit par ailleurs cette lettre à sa mère :

Palais de Justice, 7 heures du matin  du 1er novembre 1943.

Chère Maman

Condamné à mort par le tribunal militaire allemand le 26 octobre dernier, je vais être exécuté à 8 heures ce matin.

Je te demande pardon de tout le mal que je t'ai fait. Je t'aimais pourtant beaucoup à ma manière ; il ne faut pas m'en vouloir de cette dernière épreuve, je n'ai pas fait de mal, mon seul crime fut d'aimer mon pays jusqu'au suprême sacrifice. Tu peux conserver la tête haute.

Tu sais que la mort ne m'effraya jamais. Elle me trouve prêt, sans peine et sans faiblesse, si quelques larmes me viennent, c'est en pensant à toi et à tous ceux que j'ai aimé.

Tu embrasseras Lucienne pour moi, tu lui diras que j'avais raison de ne pas vouloir lier son sort au mien, que je lui souhaite d'être heureuse, elle le mérite et le peut encore.

Donne le souvenir à mes camarades et amis, je pense à eux et aux bons moments que nous avons passés ensemble., qu'ils conservent mon souvenir comme je conserve le leur.

Dis bien des choses à André. Je l'ai  lui aussi bien aimé ; c'était un chic homme malgré ses défauts (n'en avons nous pas tous ?).

Pour le peu que je possède, je voudrais que sauf mes effets personnels qui te reviendront, tout soit distribué entre mes camarades dans le besoin ou entre les prisonniers de guerre. Tu verras Paul à ce sujet.

Je t'embrasse une dernière fois ainsi  que toute la famille et mes amis.

Ton fils Raymond.

PS : je ne suis pas croyant comme l'Eglise le voudrait. Si j'ai fait mal, je laisse à Dieu le seul soin de me juger, donc je ne voudrais pas de messe ni quoi que ce soit ; ma conscience me juge".

Raymond Guenot a été reconnu Mort pour la France en 1946 et est aujourd’hui inhumé dans le carré militaire du cimetière Sainte Marie du Havre. (Division : 04 Section : 2 Rang : B Emplacement : 26).

Il a été homologué FFC et DIR (interné résistant).

Il fut reconnu agent P2 du réseau Hamlet Buckmaster, chargé de mission de 3e classe avec le grade de sous-lieutenant.

Distinctions : Chevalier de la Légion d'Honneur - Médaille de la Résistance avec rosette (1947) - Croix de guerre avec étoile de vermeil.

Mémoire :  son nom est inscrit sur sur le monument commémoratif de l’ancien stand de tir du Madrillet et sur le Monument Résistance et déportation au Havre - Rue Raymond Guenot (anciennement rue de Metz (ou Jeanne Hachette ?) rue de son ancien domicile havrais quartier Saint Roch -- Son nom figure sur une stèle et au cimetière communal à Villeneuve-Saint-Georges (Seine) où sa famille habite, rue de Paris, sur une plaque commémorative apposée à l’entrée du Fort de Villeneuve-Saint-Georges et enfin sur une plaque apposée Avenue des fusillés.

Documents annexés : Pièces du Fonds Hérault (Col. Collectif Havrais en Résistance) : photographie et citation 1940 - Autorisation de circuler 1943 - Extraits de notes rédigées en prison - Lettre à sa mère le matin de son exécution - Courriers adressés à Mauricette Herault après la disparition de R. Guenot.
Sépulture de Raymond Guenot au cimetière Sainte Marie (S. Prentout) - Plaque de la rue Raymond Guenot (F. Tocqueville)

Sources externes :

Biographie de Jean-Paul Nicolas, Maitron 

Dictionnaire des Victimes du nazisme en Normandie 

Article de Actu76


Décorations : 
Légion d'honneurMédaille de la résistance

Service Historique de la Défense (SHD) : 
Vincennes : GR 16 P 274433
Caen:  AC 21 P 560042

Archives du collectif : 
Fonds Mauricette Hérault (Collectif HER - AC 21 P 560042 (D. Fouache) -Archives L'Heure H (D. Fouache) - Archives L'Heure H ( B. Garin) - Liste 76 des Médaillés de la Résistance française (M. Baldenweck) - Relevé de sépultures au cimetière Sainte Marie (S. Prentout)
Archives municipales : 
Dossier Bio 37/7.5 - Cote 94Z155 - Cote 115 Z14 (Fndirp) - Cote 40Z7 (correspondance du groupe et rapport d'activité) - Testament politique (Délibération 30 du 19 oct 1953) - Cote GUE 242 (Evasions…SHPE) - Cote GUE 099 (Résistants de l'ombre)- Cote PER79 Bulletin Heure H 9 numéros

Bibliographie :  Le Havre 1936-1944. Le casque anglais, Francis Fernez, éd. Bertout, 2004 - Une famille normande dans la tourmente nazie. Vie et mort du réseau de résistance Salesman. Brigitte Garin, Wooz éditions, 2020 - Cité dans : Le promeneur des non-lieux, Claude Malon, Edition des falaises, 2020 - « Jacques Hamon résistant havrais et défenseur de l'Art », Brigitte Garin et Moira Hamon, éditions Les Choucas 2024



Crédit Photo de la notice :  © Maitron


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Fiche mise à jour le:  26/05/2025

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