Nom et Prénom(s)LECHEVALLIER André

NomLECHEVALLIER

PrénomAndré

Chronologie1942

Statut
  • FFL
  • FFC
  • DIR
  • HELPER

FTP

Groupes

Réseaux
  • ALLIANCE
  • L'HEURE H

UNITÉS FFL
  • Résistance Intérieure

Mouvements

BOA

Zones d'actionLe Havre

Date de naissance01/05/1916

CommuneLe Havre

Département / Pays76

LieuLe Havre - 76

Mort pour la France

Parcours dans la résistance

Né au Havre le 1er mai 1916, André LECHEVALLIER, (alias Pierre Fiques), employé de bureau (secrétaire industriel) jusqu'en juin 1940, était domicilié à Pierrefiques-par-Criquetol-l'Esneval (76) .   Il avait rencontré au Havre Gabrielle La Joye qui y travaillait comme infirmière, il deviendra son époux en 1949.

LE CAMOUFLAGE DE DEUX PARACHUTISTES :

"Après l’invasion allemande, Gabrielle dite Gaby et André rejoignent Etretat  et s’installent près de chez Maurice, le frère de Gabrielle.
Le 28 février 1942, André a entendu le succès de l’opération « Biting » à la radio clandestine. La région est quadrillée par les Allemands cherchant d’éventuels parachutistes.
Plus tard dans la journée, Maurice La Joye vient frapper chez sa soeur et son beau-frère. André l’informe que Madeleine Duflo, l’épouse du maire de Pierrefiques, a reçu la visite de deux parachutistes anglais. Elle a sollicité Maurice pour leur venir en aide. André et Gabrielle acceptent immédiatement de les recevoir.
Le lendemain, Gabrielle se rend au Havre, afin de trouver des vêtements civils pour les fuyards. Elle prend contact avec son ami Pierre Mauger, assureur-conseil aux bureaux du Havre de la Mutuelle du Mans. Originaire de la région où se trouve la Ligne de Démarcation, elle souhaite qu’il lui vienne en aide pour faire passer les deux parachutistes en zone libre.

« Gaby » rentre à Pierrefiques avec son paquet de vêtements. Au passage, elle a pu voir une affiche avisant que toute personne aidant des aviateurs ou des parachutistes britanniques serait condamnée à mort...
Le 6 mars 1942, les deux parachutistes -Cornell, Embury -, le couple Lechevallier et le couple Lajoye prennent le train pour Le Havre, à partir de Criquetot-L’Esneval. Maurice La Joye les emmène dans un appartement qu’il possède dans le centre-ville. Les Lechevallier vont aux nouvelles, voir leur ami Pierre Mauger. Il n’y a, pour le moment, aucune réponse. Un autre rendez-vous est pris pour le lendemain. Mais lorsqu’ils retournent à la nouvelle planque, ils trouvent l’appartement vide. Les parachutistes et les Lajoye ont quitté les lieux.
Maurice La Joye et son épouse ont décidé de guider eux-mêmes Cornell et Embury vers la Ligne de Démarcation.

Démunis, André et Gabrielle retournent à Pierrefiques. Un jour, ils reçoivent la lettre d’une inconnue… Cette dernière leur explique qu’elle a partagé un transport en métro avec le couple Lajoye, capturé par les Allemands et escorté vers leur captivité. Les La Joye ont transmis un message à destination des Lechevallier à cette dame, racontant leur périple, leur arrestation et surtout pour les mettre en garde.

André et Gabrielle s’engagent en Résistance après ce "coup de main".

LA RESISTANCE

André Lechevallier fut recruté au sein de L'Heure H au début de l’année 1942.

Il se voit confier par Henri Chandelier la mission par recruter de futurs combattants, organiser et former des groupes paramilitaires dans la région étretataise en établissant un cloisonnement strict, mais qui se révèle impossible à mettre en œuvre dans des villages où tout le monde se connait.

André pourra compter sur l’aide de Paul Martin, qui lui fait connaitre Maurice Guillard, propriétaire du Central Hôtel à Etretat. « En quelques semaines, confiera-t-il après-guerre, je me trouvais à la tête d’un effectif de 80 à 100 volontaires. Le groupe le plus important fut celui d’Etretat. Il est vrai que mon camarade Maurice Guillard avait transformé son bar-tabac en bureau de recrutement ».

René Vincent : « nous avons formé une vingtaine de groupes dont l’un avait pour responsable Monsieur Lechevallier ».

Parmi les contacts d’André Lechevallier figurait le Docteur Paul Denis du réseau Alliance dont il va devenir l'adjoint  le 1er octobre 1942, sous le pseudonyme de « Pierre Fiques »: : « J’incorporais donc d’office dans le réseau Alliance mon chef de groupe d’Etretat Maurice Guillard (…) Deux jeunes gens s’ajoutèrent à cette liste : Patrice Borie, qui devait épouser la fille de Maurice Guillard, et Maurice Malandain, artisan bottier au Tilleul. »

Alliance Fondé par Georges Loustanau-Lacau et Marie-Hélène Fourcade, Alliance est le plus important des réseaux de renseignement dépendant de l'Intelligence Service britannique (IS) sur le territoire français, et du BCRA (services secrets français) à partir de février ou mars 1944. Il fonctionna de février 1941 au 8 mai 1945 et compta 2405 membres. Sa vocation principale fut le renseignement militaire sur l'ensemble du territoire occupé et de manière occasionnelle, l'évacuation de parachutistes ou de patriotes traqués, le sabotage d'infrastructures de transport et d'usines. Le Havrais Julien Beaujolin fut le chef du réseau, du 18 mars 1944 à la Libération.

Chef de secteur d'Alliance, André Lechevallier constitue dans la région d'Etretat, Les Loges, Criquetot l'Esneval, Bordeaux Saint Clair, des groupes destinés à combattre au moment de la Libération. Il est chargé de  la diffusion de journaux clandestins tels « Défense de la France ». Il enrôle également de nouveaux membres, dont il assure lui-même la formation paramilitaire. En 1944 le groupe comptera une soixantaine d'hommes.

En août 1943, si André Lechevallier demeure hostile aux actions armées contre l’occupant, il tente en revanche de récupérer des armes en prévision des affrontements futurs de la Libération.
Il essaie de convaincre sans succès son chef, le Docteur Denis, qui lui répond que le réseau Alliance ne fait que du Renseignement.

En revanche, du côté de L’Heure H et du réseau Hamlet Buckmaster, Henri Chandelier lui demande de localiser un terrain pour un parachutage d’armes après accord avec Londres.
Mais le site choisi, près de Cuverville, fut estimé trop près de la côte par les Anglais qui lui préférèrent un autre lieu au nord de Rouen. La fin de l’année se passe à préparer ses hommes et organiser des plans d’actions préalables à la guerre de harcèlement qui se produira après le Débarquement allié. Toutefois, des désaccords survinrent entre Henri Chandelier et André Lechevallier, puis entre René Vincent et le groupe d’Etretat.

Le 11 mars 1944, André Lechevallier entend un message à la B.B.C. : « Clément, prévient ses amis de Rouen de ne pas bouger ». Il s’agissait de Philippe Liewer alias Clément, le correspondant du réseau Hamlet Buckmaster auprès des membres de l’Heure H du Havre. Il venait d'être informé que les arrestations avaient commencé la veille à Rouen, parmi les membres du réseau Hamlet.

LA DEPORTATION

Le 14 mars 1944, André Lechevallier est arrêté chez lui à Pierrefiques par la Gestapo. Comme il le racontera :
« Je me trouvais dehors en train de pomper de l’eau. J’entendis le loquet de la barrière. Je levais la tête et aperçus deux civils en chapeau qui entraient dans la cour. J’ai raté à ce moment-là la seule chance de m’enfuir (…). L’un deux, Friedrich Martz de la Gestapo du Havre me dit « Nous voudrions parler, est-ce possible ? J’ouvris la porte et m’effaçais. Martz entra mais le second, un homme de forte corpulence et de taille moyenne, me fit signe impérativement de passer devant lui. Je compris seulement à ce moment-là que tout était fini ».

Il subit d’interminables interrogatoires au siège de la police politique allemande au Havre avant d’être transféré à Rouen. André Lechevallier ignorait le nom de son réseau, L’Heure H, dont 43 membres furent alors arrêtés.

Il est transféré à Compiègne en même temps que Paul Denis (matricule 31668).

Puis il est déporté par le convoi de Compiègne du 27 avril 1944 (dit des Tatoués) à Auschwitz (matricule 185873)
Il est ensuite transféré le 14 mai 1944 au KL Buchenwald (matricule 52750).
Le 27 mai 1944, il est transféré au KL Flossenburg (matricule 9954) puis est affecté au kommando Floha le 4 juin 1944. Floha était situé à 13 km au nord-est de Chemnitz. Les détenus étaient affectés à une usine de tissage récemment transformée en atelier de construction de fuselages de Messerschmitt 109.

EVACUATION ET MARCHE DE LA MORT

Ce kommando fut évacué le 14 avril 1945 au cours d'une Marche de la mort de 26 km par les localités de Augustusburg, Walkirchen, Grossilbers-dorf. Le 15, marche de 16 km par Lauta, Marienberg, et la Forêt de Reitzenheim, où furent exécutés 57 détenus - dont 23 Français - épuisés et malades.
Son ami Maurice Guillard fait partie des hommes assassinés en forêt de Reizenheim comme le raconte André Bessière dans son ouvrage « D’un enfer à l’autre » :

« Au petit jour, les portes s’ouvrent toutes grandes. Un par un les détenus sortent. L’air anxieux, Christian Leininger s’inquiète des intransportables qui ne pourront supporter une deuxième journée de marche. « Pourvu que l’Ober trouve un véhicule » confie-t-il à André Lechevallier, soucieux pour son « pays » Maurice Guillard dont les forces déclinent à vue d’œil. Leurs vœux paraissent exaucés. Tirés par deux chevaux, une charrette réquisitionnée pénètre lentement dans la cour et vient se ranger devant eux. Dès que les malades y sont transbordés, l’attelage prend la tête de la colonne indifférente. Affalé sur le bord de la route, Marcel Pasdeloup de Rouen, semble paralysé. André Lechevallier aide un kapo à le soulever pour le basculer sur la plat-forme qu’atteignent au prix de leurs dernières forces Maurice Guillard d’Etretat et René Fosse, de l’Eure. (…). Au soir, « tandis que le personnel agricole aménage hâtivement la grange située au-dessus de l’étable, et que les détenus stagnent dans un angle de la cour avec interdiction de s’asseoir, le camion, qui transportait les malades, vient se ranger près des chariots. Seuls descendent des véhicules les S.S. qui transbordent eux-mêmes une cinquantaine de couvertures grises dans l’un des chariots. Choqué, Michel Garder interpelle le garde, marié à une Strasbourgeoise. « Où sont les locataires des couvertures ? ». Le vieil homme le considère droit dans les yeux en lui répétant d’une voix brisée : « Alles kaputt… ». Les deux français restent pétrifiés ».

Le 16, André Lechevallier et ses camarades d'infortune reprennent une marche de 20 km par Sebastienberg et Visset. Le 17, Marche de 18 km. Le I8, marche de 12 km jusqu’à la ferme près de Brunesdorf. Reprise de la marche le 24, pour 20 km par Brunesdorf, Kaaden et Weitenbrebetich. Le 25, marche de 16 km, par Potersam, Rudig, Luts. Le 26, marche de 24 km par Chiesch, Luditz et Grossives- chentiz. Le 28, marche de 14 km Kowachen, Mokrau, Poschau et Libin.
Le 30, marche de 20 km par Luts, Rudig, Kriengerm, Flöhau. Le 6 mai, à Liebotcham (près de Saas) les survivants se partagent, en deux groupes, l’un pour Terezin, où il arrive le soir, l’autre vers le sud avec un arrêt à Luts.

André Lechevallier restera dans le premier groupe et sera libéré dans la nuit du 8 au 9 mai 1945, par les Russes à Terezin (Tchécoslovaquie). (le 15 avril 1945 pour la Bddm).

Il se marie le 3 septembre 1949 avec Gabrielle La Joye. Il était en juin 1951 domicilié au sanatorium de la France combattante, 54 rue de la Paroisse à Fontainebleau. Sa résidence permanente était la Villa Lucietta à Etretat.

André Lechevallier est décédé le 3 mars 1999 à Claret ou à Montpellier (34).

Il a été inhumé au cimetière Nord du Havre : Division : 29 Section : 1 Rang : Nord Emplacement : 15 (concession perpétuelle).

Il a été homologué FFL, FFC, et DIR.
Son contrat d’engagement au réseau Alliance compte à partir du 1er octobre 1942 en tant que chargé de mission de 2e classe avec le grade fictif de lieutenant.

Distinctions : Médaille de la Résistance française (1947) – King’s Medal for courage

Variante d'état-civil relevée dans les sources : nom Le Chevallier (Ordre de la Libération).

Nota : André Lechevallier a laissé un témoignage qui est diffusé sur le site internet Asso-Flossenburg. Il s'agit d'un courrier  adressé en 1977 à la veuve de Maurice Cadot, décédé en déportation.

Rédacteur : F. Roumeguère, d'après notamment les témoignages d'André Lechevallier cités dans l'ouvrage de Cédric Thomas "Etretat 1939-1945, (cf bibliographie).

Documents annexés : Col. Arolsen archives - Sépulture (S. Prentout)- Pièces du dossier AC 21 P 588708 (David Fouache) - André et Gaby Lechevallier (Cédric Thomas)

Livre ouvert des Français Libres

Lettre de André Lechevallier à Mme Veuve Maurice Cadot, Etretat, 1977

Dictionnaire des Victimes du nazisme en Normandie

SHD VincennesGR 16 P 349196 - GR 13 P 131

SHD CaenAC 21 P 588708

Archives 76

Carte CVR

Archives du collectifAC 21 P 588708 (D. Fouache) - Fichier Alliance (M. Baldenweck) - Listing Fmd (M. Baldenweck) - Archives L'Heure H (B. Garin) - Archives L'Heure H D. Fouache (GR 16 p 131) - Liste 76 des Médaillés de la Résistance française (M. Baldenweck)

Archives municipales

Biographie 1

Biographie 2Rescapés du Kommando de Floha, par André Lechevallier (185.873) - camps d’Auschwitz, Buchenwald, Flossenbürg (Flöha)

Liens divers

Photothèque / Documents annexes

Crédit© ONaCVG

Mise à jour28/11/2021

BibliographieUne famille normande dans la tourmente nazie. Vie et mort du réseau de résistance Salesman. Brigitte Garin, Wooz éditions, 2020 - Etretat 1939-1945. De l'occupation allemande au camp Pall Mall, Cédric Thomas, éditions Bertoud, 2015

DécorationsMédaille de la Résistance

PhotosPhotos