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© Cédric Thomas
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GUILLARD Maurice Marcel

Chronologie : 1942

Statut : 
  • FFC
  • DIR
Réseaux : 
  • ALLIANCE
Zones d'action: Etretat

Date de naissance: 10/06/1895  à Romorantin-Lanthenay (41)

Mort pour la France : 05/04/1945 à Marienburg

Parcours dans la résistance :
 

Maurice Marcel GUILLARD alias Le Grand, né le 10 juin 1895 à Romorantin-Lanthenay (41), était un ancien de la Grande Guerre, hôtelier-restaurateur, propriétaire du Central Hôtel à Etretat (76).

Selon Cédric Thomas, il est contacté en 1942 par André Lechevallier, membre de L’Heure H, qui doit à la demande du havrais Henri Chandelier, former de petits groupes paramilitaires dans toute la région étretaise.
« Maurice Guillard accepte avec enthousiasme de « lutter contre les Boches qu’il déteste. Son établissement sera même baptisé dans les milieux anti-allemands « l’Hôtel de la France Libre ».
En restant derrière le zinc, il recueille de précieuses informations auprès des travailleurs venus boire un verre en fin de journée. Tous ces hommes évoquent les nouveaux chantiers de fortifications allemandes , à Antifer, la Poterie, Bruneval, sur les falaises, dans la campagne.

Mais Maurice Guillard ne se contentait pas d’écouter, il assurait depuis mars 1942 selon Brigitte Garin, d'importantes missions de surveillance de la zone côtière interdite d'Etretat.
Son nom figure en tant que membre de L'Heure H dans la liste établie par Gabriel Caillet, autre membre du réseau.

André Lechevallier qui venait de rencontrer le docteur Paul Denis du réseau Alliance, indiqua après la guerre : « J’incorporais d’office dans le réseau Alliance mon chef de groupe d’Etretat Maurice Guillard, certain qu’il lui serait aisé de connaître tout ce qui se passe par l’intermédiaire de ses hommes ».
Fondé par Georges Lustanau-Lacau et Marie-Hélène Fourcade, Alliance était le plus important des réseaux de renseignement dépendant de l'Intelligence Service britannique (IS) sur le territoire français, et du BCRA (services secrets français) à partir de février ou mars 1944.
Il fonctionna de février 1941 au 8 mai 1945 et compta 2405 membres. Sa vocation principale fut le renseignement militaire sur l'ensemble du territoire occupé et de manière occasionnelle, l'évacuation de parachutistes ou de patriotes traqués, le sabotage d'infrastructures de transport et d'usines.

Maurice Guillard fut arrêté à son domicile le 14 mars 1944 par la Gestapo du Havre, pour appartenance au groupe "Combat" - nom sous lequel les Allemands connaissaient le réseau Salesman (Hamlet), et pour diffusion du journal L'Heure H.

Sans attendre ses camarades pris en même temps que lui qui furent massacrés à la prison de Caen, il est déporté le 27 avril 1944 de Compiègne au KL Auschwitz (convoi dit des Tatoués) où il reçut le matricule 185711.

Le 12 mai, un nouveau convoi fut formé avec 1561 déportés en direction du KL Buchenwald (Thuringe) où il arriva le 14 mai au matin (matricule 52749). ,

Le 24 mai un nouveau convoi de 1000 détenus fut acheminé vers le camp de Flossenbürg (Haut-Palatinat). Maurice Guillard en faisait partie (matricule 9749) et il fut transféré le 4 juin 1944 au Kommando de Flöha qui dépendait du camp (matricule 9954) (B. Garin).
A Floha, ville de Saxe à 13 Km au nord-est de Chemnitz, les détenus étaient affectés à une usine de tissage récemment transformée en atelier de construction de fuselages de Messerschmitt 109).

Devant l’avance alliée, le camp fut évacué le 14 avril 1945 et une "marche de la mort" commença par une Marche de 26 Km par les localités de Augustusburg, Walkirchen, Grossilbers-dorf.

Le lendemain, le 15, une nouvelle marche de 16 Km doit passer par Lauta, et la Forêt de Reitzenhain  ou Reitzenheim à à Marienberg (Saxe).
Après avoir dormi dans une grange, André Bessière raconte (« D’un enfer à l’autre ») :
« Au petit jour, les portes s’ouvrent toutes grandes. Un par un les détenus sortent. L’air anxieux, Christian Leininger s’inquiète des intransportables qui ne pourront supporter une deuxième journée de marche. « Pourvu que l’Ober trouve un véhicule » confie-t-il à André Lechevallier, soucieux pour son « pays » Maurice Guillard dont les forces déclinent à vue d’œil. Leurs vœux paraissent exaucés. Tirés par deux chevaux, une charrette réquisitionnée pénètre lentement dans la cour et vient se ranger devant eux. Dès que les malades y sont transbordés, l’attelage prend la tête de la colonne indifférente. Affalé sur le bord de la route, Marcel Pasdeloup de Rouen, semble paralysé. André Lechevallier aide un kapo à le soulever pour le basculer sur la plateforme qu’atteignent au prix de leurs dernières forces Maurice Guillard d’Etretat et René Fosse, de l’Eure. (…).
Au soir, « tandis que le personnel agricole aménage hâtivement la grange située au-dessus de l’étable, et que les détenus stagnent dans un angle de la cour avec interdiction de s’asseoir, le camion, qui transportait les malades, vient se ranger près des chariots. Seuls descendent des véhicules les S.S. qui transbordent eux-mêmes une cinquantaine de couvertures grises dans l’un des chariots. Choqué, Michel Garder interpelle le garde, marié à une Strasbourgeoise. « Où sont les locataires des couvertures ? ». Le vieil homme le considère droit dans les yeux en lui répétant d’une voix brisée : « Alles kaputt… ». Les deux français restent pétrifiés ».

Maurice Guillard venait d’être exécuté le 15 avril 1945 d’une balle dans la tête vers 14 heures,  en forêt de Reitzenheim, en même temps que 56 autres détenus épuisés et malades, dont 23 Français. (Asso Flossenburg).
Parmi eux, le Havrais Lionel Affagard.

Maurice Guillard fut inhumé sur place par ses camarades le 20 mai 1945. Son corps fut exhumé en 1952 et transféré au mémorial de Gelobtland, à Marienberg (Saxe).

Après-guerre, nous dit Cédric Thomas, « quelques voix dénonceront le manque de discrétion de cet homme, incompatible à leurs yeux avec des activités clandestines. Il est vrai qu’il avait affiché sur la porte de son café « Etablissement interdit aux Boches ».

Il a été homologué FFC et DIR.

Distinctions : Médaille de la Résistance française (1946) - Chevalier de la Légion d'Honneur - Croix de Guerre 39-45 avec palme.

Mémoire : Son nom figure sur le monument aux morts et sur le monument commémoratif de l’église, à Étretat et sur le monument commémoratif de la Résistance et de la déportation, dans les jardins de l’hôtel de ville, au Havre. Une place d’Étretat porte son nom.

Variante d'état-civil relevées dans les sources : Décédé le 15 avril 1945 à Marienburg (Shd) ou à Floha (Bddm, B. Garin).

Rédacteur : F. Roumeguère

Document annexé : photographie de l'Hôtel de Maurice Guillard à Etretat (Cédric Thomas)

Jean-Louis Ponnavoy, Maitron

Place Maurice Guillard à Etretat, Christophe Durand, Musée de la Résistance en ligne 

Asso Flossenburg

Dictionnaire des Victimes du nazisme en Normandie

 

 


Décorations : 
Légion d'honneurMédaille de la résistance

Service Historique de la Défense (SHD) : 
Vincennes : GR 16 P 277767 - GR 13 P 131 L'Heure H
Caen:  AC 21 P 460 114

Archives du collectif : 
Archives L'Heure H (B. Garin) - GR 13 P 131 L'Heure H (D. Fouache)
Archives municipales : 
Cote 115Z14

Bibliographie :  Une famille normande dans la tourmente nazie. Vie et mort du réseau de résistance Salesman. Brigitte Garin, Wooz éditions, 2020 - Etretat 1939-1945. De l'occupation allemande au camp Pall Mall, Cédric Thomas, éditions Bertoud, 2015.



Crédit Photo de la notice :  © Cédric Thomas


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Fiche mise à jour le:  11/05/2025

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