Annuaire des résistant(e)s du Havre
© Shd Caen-AC21P632914
DENIS Paul Henri Emile
- FFL
- FFC
- DIR
- ALLIANCE
- Résistance Intérieure
Date de naissance: 12/04/1907  à Montaigu (85)
 
Né à Montaigu (85) le 12 avril 1907, Paul Henri Emile DENIS, est le fils de Emile Denis et d’Henriette Maupillier.
Après des études au lycée Edouard Herriot de la Roche sur Yon, Paul Denis entre à l’Ecole de Médecine de Nantes puis à la Faculté de Médecine de Paris. Il en ressortira avec son diplôme de Docteur en Médecine, spécialiste en oto-rhino-laryngologie. Au cours de son cursus, il sera successivement externe des Hôpitaux de Nantes (1927-1929), interne des Hôpitaux du Havre (1929-1933), enfin assistant ORL de l’Hôpital Bretonneau à Paris (1943-1946).
En 1931, au Château d’Oléron, il épouse Yvette Lienhart, et ils auront deux enfants : Jean-Paul, né en 1932 et Marie-Elisabeth en 1933. En 1934 il débute sa carrière de Médecin au Havre où il retrouve son cousin germain Robert Maupillier.
En 1940, c’est la déclaration de la guerre. Paul Denis s’engage dans la Résistance : d’abord comme membre du réseau Alibi, démantelé début 1942. Il est contacté par Jean Sainteny alias Dragon, chef du secteur Cotentin puis de toute la Normandie (compagnon de la Libération). Paul Denis rejoint le réseau Alliance en octobre 1942 et devient le 1er août 1943 chef du réseau Alliance pour la région du Havre.
Fondé par Georges Loustanau-Lacau et Marie-Hélène Fourcade, Alliance est le plus important des réseaux de renseignement dépendant de l'Intelligence Service britannique (IS) sur le territoire français, et du BCRA (services secrets français) à partir de février ou mars 1944. Il fonctionna de février 1941 au 8 mai 1945 et compta 2405 membres. Sa vocation principale fut le renseignement militaire sur l'ensemble du territoire occupé et de manière occasionnelle, l'évacuation de parachutistes ou de patriotes traqués, le sabotage d'infrastructures de transport et d'usines. Une vingtaine de Havrais en a fait partie dont Julien Beaujolin, chef du réseau national du 18 mars 1944 à la Libération.
Pendant plusieurs mois, Paul Denis agit dans l’ombre. « Ma mère se doutait de quelque chose mais ne connaissait pas ses activités de résistance », témoigne sa fille Marie-Elisabeth Pigeyre. Paul Denis, agent de renseignement P2, avec pour alias « Docteur », collecte des renseignements transmis à l'échelon supérieur du réseau.
Ses activités le conduisent à fréquenter des membres de L'Heure H. Il était notamment en contact avec André Lechevallier, chef du groupe étretatais de L’Heure H, qui accepta de travailler pour lui et devint son agent. Selon Cédric Thomas, André Lechevallier tenta de le convaincre en 1943 de de la nécessité d’obtenir des Britanniques un armement adéquat pour des combats rapprochés. Sa réponse fut négative : le réseau ne faisait que du renseignement.
L'arrestation, la déportation
Le 18 mars 1944, Paul Denis est arrêté au Havre par un Français, suppôt de la Gestapo qui lui reproche d’avoir délivré de fausses attestations médicales. Son arrestation survenait au moment même où plusieurs membres de L'Heure H -dont André Lechevallier - venaient d'être dénoncés puis arrêtés au Havre.
Entre les mains de Friedrich Martz, agent allemand de la Gestapo, « il est battu et assommé d’un violent coup de matraque sur la tête. Trainé par les pieds dans une cellule, il est resté deux jours sans boire et sans manger, et de nouveau battu ». (Brigitte Garin)
Interné à la prison de l’Arsenal du Havre puis à la prison Bonne-Nouvelle de Rouen, il est ensuite conduit le 12 avril 1944 au Camp de Compiègne-Royallieu (GR 16 P).
15 jours plus tard, il est déporté par le convoi dit des « Tatoués » du 27 avril 1944, qui emporte quelques 1700 détenus de Compiègne à Auschwitz-Birkenau (matricule 185435).
Douze jours plus tard, à l'exception d' une centaine de morts, de blessés et de malades qui demeurent à Birkenau, le convoi est dirigé sur le camp de concentration de Buchenwald où 500 seulement d’entre eux seront incorporés, les 1 000 autres étant acheminés peu après vers le camp de Flossenbürg.
Extraits du témoignage de Pierre Breuvelet
« Le 26 avril 1944, au camp de Compiègne-Royallieu, les SS font l’appel et isolent du reste des détenus 1700 hommes. Paul Denis est parmi eux. Le 27 avril 1944, à 5 h. du matin, les SS nous réveillent ; après avoir bu une tasse d’eau tiède, les 1700 sortent du camp escortés par un régiment SS. Au-devant d’eux, ne voiture allemande avec un haut-parleur ouvre la marche ; les SS ordonnent aux habitants de rester chez eux et de fermer les volets sous peine de représailles. Ils traversent Compiègne jusqu’à la gare ; sur les quais, un petit groupe de civils courageux les salue. Les hommes sont alors répartis dans 14 wagons à raison de 100/120 personnes par wagon. Paul Denis retrouve dans son wagon une dizaine de résistants dont Pierre Beuvelet avec lequel il sympathise, ainsi que Bucherez et Chrétien. Le reste du wagon est constitué d’une masse hétéroclyte de vagabonds, homosexuels, zazous, juifs ; hommes du marché noir. Au départ du train, Beuvelet et le Dr Denis décident de prendre la tête du wagon ; le Dr Denis impose le silence et demande de former deux groupes de 60 personnes : pendant que le 1er groupe se tassera dans un coin, le second pourra s’assoir et se reposer. Paul Denis fait le maximum pour que le voyage soit le moins pénible pour tous ; il demande aux hommes d’uriner par le chambranle des portes pour ne pas faire déborder les tinettes. Cette organisation dura une journée seulement. Le train passe à Reims, puis à Chalons. Après Chalons, le train s’arrête en pleine campagne pour la nuit. Il fait chaud, les hommes sont crevés, il n’y a pas d’eau, seule une lucarne apporte de l’air.
Les résistants décident de s’évader dans la nuit en découpant le plancher ; mais la tentative s’arrête rapidement : le reste du wagon les empêche de continuer de peur des représailles des SS. Le lendemain matin, un premier homme décède, il voyageait avec son fils. Le train passe à Pagny sur Moselle, Metz, Trèves. Le convoi s’arrête en gare de Trèves, pendant un bombardement de la ville. Un civil allemand, passant sur les quais, a pitié de ces hommes entassés : il verse 5 litres d’eau par la lucarne, récupérés dans une botte en caoutchouc ; les 5 litres sont naturellement insuffisants pour étancher la soif de 120 déportés. Dans la nuit, 4 nouveaux hommes décèdent dont le fils du premier mort. Le train passe ensuite à Erfurt, Weimar, Buchenwald. Le convoi passe la nuit en gare de Buchenwald avant de repartir pour Leipzig, Dresde, Gorlitz, Breslau. C’est l’enfer dans le wagon, les bagarres sont fréquentes. Le convoi entre en Pologne. Beuvelet conseille à Paul Denis d’apaiser sa soif en léchant, sur les parois du train, une mince couche de glace provenant de la condensation de la respiration.
Le 30 avril à 18 h., le convoi du 27 avril entre en gare d’Auschwitz ; les portes s’ouvrent, des kapos polonais armés de bâtons sortent les déportés du wagon en les frappant. Il ne reste dans le wagon que les cadavres des huit hommes morts dans le trajet. Sur le quai, un officier français appelle à la révolte et tente de désarmer un allemand : il est abattu. Paul Denis et ses compagnons de malheur s’en vont à pied escortés par les SS. En une demi-heure de marche, le convoi longe l’extérieur du camp ; ignorant tout de l’endroit où ils se trouvent les déportés sont répartis dans des baraques, accueillant 800 hommes par baraques. Les résistants se regroupent entre eux. Les baraques sont froides, sales. Le sol n’est constitué que de terre boueuse. Vers 20 h. des kapos polonais entrent pour tatouer les déportés d’un numéro matricule
A 21 h., les déportés sont poussés en dehors des baraquements pour l’appel et la douche ; dirigés vers d’autres kapos, ils sont déshabillés : tous doivent laisser vêtements et affaires personnelles. Mis à nu, ils sont entièrement rasés et envoyés prendre une douche froide. Comme les autres, Paul Denis reçoit ensuite un pantalon, une veste rayée, des sabots de bois et un Mutzen (bonnet de toile). La soupe leur est ensuite distribuée, soupe que les kapos les obligent à boire dans leur Mutzen !
Douze jours après, Beuvelet écrit qu’il perd avec tristesse le Dr Paul Denis, dirigé sur le camp de Buchenwald ».
Sur environ 1700 "tatoués" arrivés à Auschwitz, seuls 801 sont revenus et un peu moins de 400 y survivront durablement.
Paul Denis sera dirigé vers le Revier (hôpital) du KL Buchenwald (matricule 52962) où il est affecté comme médecin durant toute sa déportation (B. Garin). A l’insu des kapos, avec les moyens du bord et sans anesthésie, il soigna bon nombre de ses compagnons (mastoïdites, affections diverses…). Il déroba également des instruments pour opérer des détenus.
Le camp de Buchenwald est libéré par les Américains le 11 avril 1945. Paul Denis rejoint le domicile de ses parents et passe sa convalescence à Chantonnay en Vendée. Il ne pesait plus que 37 kg et son père devait le prendre dans ses bras pour le monter à sa chambre.
Ayant contracté le typhus à Buchenwald, beaucoup pensaient qu’il ne survivrait pas.
Pourtant, en 1946, un an après son retour, le docteur Paul Denis reprit son activité au Havre. Il fut pensionné à 100 % à titre temporaire (1957-1960), en raison des différentes séquelles liées à sa déportation.
Témoin au procès des tortionnaires nazis de Buchenwald (1947)
Paul Denis fut appelé à témoigner le 23 avril 1947 au procès de Buchenwald qui se tint du 11 avril au 14 août 1947 dans l’ancien camp de concentration de Dachau, alors situé dans la zone d’occupation américaine. Les 31 personnes inculpées pour crimes de guerre au cours de ce procès, sont toutes reconnues coupables. 11 seront exécutés, tel le SS Untersturmführer Friedrich Wilhem. 10 sont condamnés à morts mais voient leur peine transformée, 5 sont condamnés à la prison à vie, 4 sont condamnés à 10, 15 ou 20 ans de prison (wikipédia)
Au dos d’une photo des archives de Paul Denis, celle d’August Bender, il est écrit : « SS Gestapo – Médecin au camp de Buchenwald. A été condamné au procès de Dachau où il a sauvé sa peau grâce au témoignage de Paul Denis qui ne l’a pas accablé, mais sans lui pardonner d’être SS ».
Paul Denis évoque aussi Friedrich Martz, « un des bourreaux de la Gestapo du Havre. C’est lui qui m’a interrogé, maltraité lors de mon premier interrogatoire dans les locaux de la Gestapo et qui m’a volé ma voiture. Jugé après la guerre par le Tribunal de Metz, où j’étais témoin, il a été condamné à 5 ans de réclusion pour coups et blessures sans intention de donner la mort ! (quatre ans d’emprisonnement, selon le dossier du Shd Le Blanc, consulté par Brigitte Garin).
Vie civile
En 1947, poussé par ses amis, Paul Denis se lance en politique, restant fidèle, depuis le début de la guerre jusqu’à sa mort, au Général de Gaulle qu’il accueillera en 1948 à Sainte -Adresse où il réside alors sente Alphonse Karr.
Il est élu conseiller général RPF et adjoint au maire en 1947. En 1955, il est à nouveau adjoint au maire du Havre et sera ensuite vice-président du Conseil général de Seine Maritime.
Il intègre en 1953 la Clinique François 1er, reconstruite avec les dommages de guerre et tenue par son cousin Robert Maupillier et le Dr Maurice Bouillié.
Paul Denis fut aussi administrateur du Port autonome.
En 1959, les survivants décident de se constituer en "Amicale des Déportés tatoués du convoi du 27 avril 1944", dont Paul Denis fût président de 1971 à 1988. Il prit également en 1967, l’initiative d’organiser des pèlerinages à Auschwitz.
Paul Denis décède le 28 avril 1988 à St-Denis (93). La cérémonie religieuse a lieu le 3 mai, en l’Église St Roch, rue St Honoré, dans le 1er arrondissement de Paris ; le même jour il fut inhumé dans le caveau familial du cimetière des Herbiers, en Vendée.
Il a été homologué FFC (Forces françaises combattantes), d’abord lieutenant de 2e classe puis assimilé au grade de médecin capitaine de réserve (décret du 26 septembre 1946) et il a le statut de DIR (déporté interné de la Résistance). Il fait également partie des FFL (Forces françaises libres) du fait de son engagement dans les FFC avant le 31 juillet 1943.
Distinctions : il est titulaire de la Médaille de la Résistance française (1946) de la Légion d’Honneur (1949) et de la carte CVR (1981).
Cité à l’Ordre de la Division le 29 décembre 1947 : « Docteur en médecine, entré au réseau Alliance en octobre 1942, chargé de prospecter la région du Havre, s’est acquitté avec une haute conscience et un dévouement total, de la mise en place du secteur, recrutant d’excellents éléments, recherchant et transmettant lui-même, des renseignements militaires de premier ordre. Arrêté le 18 mars 1944, emprisonné à l’Arsenal puis à la prison Bonne Nouvelle de Rouen, fut déporté à Buchenwald ». Cette citation comporte l’attribution de la Croix de guerre avec étoile d’argent.
Mémoire au Havre : le 27 novembre 1996, le Pont tournant Paul Denis, Quai de Southampton, fut inauguré par Antoine Rufenacht, maire du Havre.
Notice révisée le 23 mars 2025 par F. Roumeguère et Brigitte Garin d’après les sources suivantes :
Biographie établie par Marie-Elisabeth Pigeyre, sa fille : Annexe au Bulletin de l’association N3B n° 67, 2008
Le procès de Buchenwald à Dachau
Autres sources en ligne :
Dictionnaire des Victimes du nazisme en Normandie
Mémorial de la résistance et de la déportation en Vendée
Documents annexés : Photographies issues de la biographie établie par Marie-Elisabeth Pigeyre - Document Alliance François Pivert - Dossier PDF GR 16 P 175116
Légion d'honneur
Médaille de la résistanceVincennes : GR 16 P 175116
3868W31
GR 16 P 175116 (Aurélie Lemeur) - Archives L'Heure H (B. Garin) - Fichier Alliance (M. Baldenweck) - archives municipales du Havre série contemporaines H4 / C14bis/ L6 (S. Prentout)
Bibliographie :  Une famille normande dans la tourmente nazie. Vie et mort du réseau de résistance Salesman. Brigitte Garin, Wooz éditions, 2020. - Etretat 1939-1945. De l'occupation allemande au camp Pall Mall, Cédric Thomas, éditions Bertoud, 2015 - « Jacques Hamon résistant havrais et défenseur de l'Art », Brigitte Garin et Moira Hamon, éditions Les Choucas 2024
Crédit Photo de la notice :  © Shd Caen-AC21P632914
Telecharger la notice individuelle de Résistant (PDF)
Fiche mise à jour le:  25/05/2025









Commenter cette fiche