© Thérèse Bonney.
BRUNAU Félix François
- FFL
- FFC
- DIR
Date de naissance: 18/06/1901  à Paris (75)
 
Félix François BRUNAU, né à Paris 17è le 18 juin 1901, fils d'Émile Jean Brunau architecte, et de Valentine Juliette Radigon, entra à l'école des Beaux-Arts après ses études au lycée Pasteur à Neuilly-sur-Seine.
Le nom de Félix Brunau est lié au réseau de la France Libre Saint Jacques de Maurice Duclos, dont il créera le sous-réseau Nardan au Havre.
Maurice Duclos était l'un des tous premiers officiers à être envoyé en mission en France, en zone occupée. Le 4 août 1940, il est déposé par vedette sur la plage de Saint-Aubin sur mer dans le Calvados. Sa mission consiste à estimer le potentiel militaire allemand dans le cadre de l'opération de débarquement en Angleterre prévue par Hitler. Il gagne Paris dès la fin août et commence à recruter - en premier lieu dans sa famille et parmi ses amis - les membres du premier réseau de renseignements FFL, le réseau "Saint-Jacques", abrité clandestinement dans les locaux de la société Maurice Duclos, place Vendôme.
Maurice Duclos avait pris contact avec quelques amis sûrs : Charles Deguy qui sera son adjoint et dirigera le P.C. Marcel Halbout qui s’occupera de la Normandie. Lucien Feltesse (alias Jean Boulard) qui utilisera ses relations parmi les Anciens Combattants belges, chargé du Nord, Pas-de-Calais, Somme, et éventuellement la Belgique. Michel Louet (alias Rivière) ayant plus particulièrement pour mission les renseignements politiques et administratifs ainsi que la propagande.
Jacques Lurot (alias Donald) met en contact Duclos avec le lieutenant-colonel de réserve Félix Brunau (alias Nardan) qui dirigera la région parisienne, la Seine-et-Oise, la Seine-Maritime et sera chargé plus spécialement des sabotages et des coups de main.
Félix BRUNAU était entré en résistance selon les circonstances décrites dans l'ouvrage collectif "Histoire de la Résistance en France (1), La première année : juin 1940-juin 1941 – Marcel Delgiame-Fouché, Henri Noguères, Jean-Louis Vigier" :
"Lorsque Maurice Duclos (alias Saint-Jacques) entre en rapport, en octobre 1940, avec l’architecte Félix BRUNAU, chef de bataillon de réserve du Génie, tout fraîchement démobilisé après avoir été blessé, fait prisonnier et s’être évadé, il ne lui demande pas de se lancer dans le renseignement mais bien dans l’action.
Il est vrai que Félix BRUNAU a déjà, si l’on peut dire, une certaine « expérience » de la Résistance : entré à titre bénévole, après son évasion, dans les services des Prisonniers de guerre installés boulevard de Latour-Maubourg sous l’autorité du contrôleur général Bigard, Brunau avait organisé, avec Marthe de Chambrun et Nathalie de Fœlkersham, une filière pour le passage en zone Sud.
Marthe de Chambrun avait été arrêtée peu après, tandis que BRUNAU et les autres membres du groupe échappaient de justesse à la Gestapo.
En octobre 1940, nous dit Félix Brunau, Maurice Duclos (Saint-Jacques), qui depuis quelques semaines s’emploie à mettre un réseau sur pied, me contacte par l’intermédiaire de Jacques Lurot (Donald-D 550) directeur du Comptoir général des papiers, et me donne pleins pouvoirs pour organiser, sous le pseudonyme de Nardan-SC II, des « groupes d’action » destinés à créer un climat d’insécurité autour des troupes allemandes ; les autres sous-réseaux de Saint Jacques étant plus spécialement chargés des renseignements et des transmissions.
Mais, pour cela, il me faut une couverture. La ville du Havre est à cette époque constamment bombardée par les avions anglais. C’est pourquoi le poste d’urbaniste n’est pas pourvu. On est donc content d’accéder à ma demande et on me le confie (en 1941).
Ainsi, je pourrai circuler entre Paris et la zone côtière avec, en ma possession, non seulement les plans de la ville, mais encore ceux de toute la région havraise. Il me faut aussi un domicile. Or, je suis prisonnier évadé. Mon appartement parisien et celui de ma mère sont brûlés.
Étant architecte en chef des bâtiments civils et des palais nationaux, major de ma promotion, j’obtiens de M. Perchet, directeur général de l’Architecture, d’être nommé à la conservation du domaine de Saint-Cloud, dont les locaux discrètement situés et les 450hectares de superficie, aux accès nombreux, sont particulièrement favorables à l’installation de mon P.C.
Je m’organise. Toute une trame peu à peu se tisse pour établir les contacts nécessaires, rassembler les moyens matériels, installer et faire fonctionner les centres d’hébergement et de ravitaillement, fabriquer de faux papiers, organiser les services de renseignement et de liaison, reconnaître les points de passage entre zones. Un personnel soigneusement recruté, trié et entraîné ne va pas tarder à passer à l’action".
Maurice Duclos octroie une somme de 25000 francs au SR Nardan dont les hommes résident dans les départements de Seine, Seine et Oise et Seine Maritime. Félix Brunau pourra compter au Havre sur le Groupe de résistance local formé par Jean Andréani (environ 80 hommes dont de nombreux corses) dont les membres seront affiliés au sous-réseau Nardan de Saint Jacques. En mars 1941, quelques résistants havrais préparent des plans de sabotage de navires.
Félix BRUNAU avait donc été nommé urbaniste en chef de la reconstruction du Havre en 1941...
A la suite des destructions dues aux bombardements, l’architecte-urbaniste Félix BRUNAU est nommé par le gouvernement de Vichy en mai 1941. Il devra élaborer un plan de reconstruction prévoyant aussi la modernisation de la ville : c’est la procédure du plan de reconstruction et d’aménagement, organisée nationalement. En novembre, Georges Priem donne une conférence sur le quartier Saint-François. L’étude est accompagnée de notices donnant pour chaque immeuble un historique et une description des éléments de décor. La conférence a pour objectif de convaincre Félix Brunau de la valeur des quartiers historiques. Des contacts sont pris et les notices lui sont envoyées.
Il s’avère que Félix BRUNAU est sensible à l’intérêt archéologique : il est prêt à réfléchir aux moyens de concilier la modernisation urbaine avec la conservation raisonnée des vieux quartiers. En mai 1944 il demandera même aux Amis du vieux-Havre leurs suggestions pour « les disciplines d’architecture à imposer en quartiers anciens ».
Sous sa direction, les études s’engagent vers un curetage des quartiers anciens. Comme les journalistes, mais avec une stratégie moins radicale, les édiles n’envisagent pas qu’une fois la paix revenue, les habitants puissent se réinstaller dans des quartiers insalubres. Le conseil municipal confie en juillet 1943 à Marcel Hennequet, architecte, la mission d’établir un atlas du quartier Saint-François, maison par maison, pour recenser les immeubles à conserver ou à détruire. Il doit aussi trouver des « quartiers de compensations » pour répondre à la dédensification du quartier. Sa mission, sous l’égide du Commissariat à la Reconstruction immobilière, est expérimentale et doit être étendue à l’ensemble des villes sinistrées.
Son plan fut présenté au conseil municipal du Havre en juillet 1945. Cependant, il fut évincé fin septembre au profit d'Auguste Perret.
La Cité Internationale des Arts
L'Architecte du Mont Valérien
Dès 1945, le Mont Valérien est choisi pour accueillir un monument aux morts de la Seconde Guerre mondiale. En 1946, sous la direction d’Henri Frenay, quinze corps de combattants, originaires de la France et de ses colonies dont deux femmes, et symbolisant les différentes forces de la Résistance, sont déposés dans une crypte provisoire.
Devenu président de la république, le général de Gaulle décide la création d’un véritable mémorial conçu par Félix Brunau, inauguré le 18 juin 1960.
C'est Brunau lui-même qui rédigea les mentions des 16 bas-reliefs de sculpteurs différents qui surplombent l'esplanade.
– Joseph Rivière : l’Alsace. Deux mains, dans un geste d’offrande vers les armoiries de Colmar, symbolisent la libération de la province.
– Georges Saupiqué : Casablanca. Les forces navales françaises libres luttent pour desserrer l’étreinte d’une pieuvre dont les tentacules cherchent à les étouffer.
– Marcel d’Amboise : Paris. Dans un alvéole rappelant les contours de la capitale, la main de l’occupant, empoignée par la Résistance brisant ses chaînes, est contrainte de lâcher prise.
– Raymond Corbin : le maquis. Dans l’ombre des forêts, les maquisards guettent et frappent. Vigilante et résolue, la France veille sur eux.
– René Leleu : Alençon. Tel le phénix renaissant de ses cendres, l’armée française livre sa première grande bataille sur le sol enfin retrouvé de la Mère patrie.
– Pierre Duroux : Saumur. Les cadets de l’école de cavalerie livrent un combat désespéré pour l’honneur de l’armée. Le soldat tombe, mais son sacrifice ne sera pas vain.
– Henri Lagriffoul : la Déportation. Dans un suprême effort, deux mains émaciées tentent d’arracher les barbelés qui lacèrent un cœur torturé.
– Claude Grance : les Forces aériennes françaises libres. Malgré la menace des rapaces dont les serres se referment inexorablement, les liaisons seront assurées et les missions accomplies.
– Alfred Janniot : l’action. La France Libre poursuit le combat et serre dans ses bras ses fils immolés pour que la Patrie survive.
– Aimé Bizette-Lindet : le Fezzan. La Nation, symbolisée par un lion blessé mais toujours debout, attaque et pourchasse l’ennemi sur ses territoires les plus lointains.
– Maurice Calka : les fusillés. Lacéré par les balles du peloton d’exécution, l’homme n’est plus qu’une matière sans visage et sans forme. De sa chair pitoyable se lève l’anathème contre l’oppression et la guerre.
– Ulysse Gemignani : Cassino. Saisi dans le carcan de l’armée française d’Italie, l’aigle ennemi commence à faiblir.
– Raymond Martin : Bir Hakeim. Après une résistance sublime, la 1re division française libre, livrée à ses seules ressources, force par le glaive le barrage d’acier et de feu qui l’encercler.
– Robert Juvin : Narvik. Comme une nef percée de flèches, mais toujours à flot, le corps expéditionnaire français, en dépit de tous les périls, quitte la Norvège, pavillon haut.
– René Andrei : Sienne. La France force la victoire à rallier définitivement les rangs des Alliés.
– Louis Dideron : le Rhin. Strasbourg, mutilée mais indomptée, brise ses chaînes et libère le Rhin.
Chaque année, à la date du 18 juin, la chancellerie de l’Ordre de la Libération y organise une cérémonie de commémoration de l’appel du général pour sauver la France, lancé sur les ondes de la BBC, le 18 juin 40.
Félix BRUNAU a été homologué FFC, FFL et DIR.
Distinctions : Croix de guerre 39-45, Médaille de la Résistance avec rosette, Grand Officier de la Légion d'honneur, commandeur des Palmes académiques, commandeur des Arts et des Lettres, chevalier de l'Ordre de Victoria d'Angleterre.
Félix Brunau est décédé le 11 mai 1990 à Paris 5e.
Rédacteur : F. Roumeguère
Le portrait de Félix Brunau, ainsi que la photographie prise devant un Plan du Havre publié sur le Blog Havrais Dire est issu des archives de Thérèse Bonney, bibliothèque de Bocroft, Berkeley, USA.
Documents annexés : photographies de Félix Brunau issues du diaporama rétrospectif sur la Cité internationale des Arts et du site internet de la Cité des Arts - Le Mont Valérien, mémorial de la France combattante - Portrait publié dur le groupe FB du musée de l'ordre de la libération
Livre ouvert des Français Libres
LEs Annales de la recherche urbaine
Légion d'honneur
Médaille de la résistanceVincennes : GR 16 P 94477 et GR 16 P 94477
Bibliographie :  Histoire de la Résistance en France (1), La première année : juin 1940-juin 1941 – Marcel Delgiame-Fouché, Henri Noguères, Jean-Louis Vigier - L’armée du silence : Histoire des réseaux de résistance en France 1940-1945, Guillaume Pollack , Tallandier 2022
Crédit Photo de la notice :  © Thérèse Bonney.
Telecharger la notice individuelle de Résistant (PDF)
Fiche mise à jour le:  15/07/2025








Commenter cette fiche