© Maitron
MICHELIS Madeleine Marthe Thérèse
- FFC
- DIR
- JUSTE
- SHELBURN
- LIBE NORD
Date de naissance: 22/08/1913  à Neuilly sur Seine (92)
 
Née à Neuilly sur Seine (92) le 22 aout 1913 au 160, avenue de Neuilly., Madeleine Marthe Thérèse MICHELIS. Son père est artisan-bottier et sa mère gouvernante. Ils s’installent au 147, avenue du Roule où naît, le 20 octobre 1917 son frère Jean.
En 1932, la famille Michelis déménage au 141, avenue de Neuilly. Madeleine fréquente l’école communale de filles au 94, avenue du Roule. Admise au concours des bourses, elle entre en 1925 au cours secondaire de jeunes filles, rue Pauline Borghèse.
A partir de 1932, elle prépare le concours de l’Ecole Normale Supérieure de Sèvres au lycée Condorcet.
Reçue deux ans plus tard, elle devient en 1937 professeure de lettres et est nommée au lycée de jeunes filles du Havre.
En 1940, elle est détachée à l'annexe du lycée du Havre à Etretat, ouverte pour les élèves parisiens réfugiés dans les villégiatures de leur famille, et les élèves havrais fuyant d'éventuels bombardements. Après la débâcle, et l'exode, elle est réaffectée au lycée du Havre jusqu’en mars 1941.
Etretat 17 janvier 1940
Il neige ici depuis 2 jours une neige épaisse et si douce que j'ai passé mes chaussures de ski et que je m'en donne à coeur joie. Ce matin, en poussant les volets de ma porte-fenêtre, j'aurais pu, n'était la mer, me croire au balcon d'un chalet de montagne. Toute la nuit, j'avais entendu, mêlé au bruit de la mer, le choc mou de la neige contre les persiennes. A sept heures, sous un ciel plombé, buté, elle adoucissait de son contour virginal la grève, les falaises, les toits secs des maisons. Du côté de la cuisine, c'était encore plus étonnant : on ne voyait plus la mer, on ne pouvait plus soupçonner sa présence. C'était une petite ville de montagne qui s'était logée là. Tout à coup, le soleil, par delà quelques sapins, naissait de la colline et de la neige, dans un ciel d'un bleu intense. Quand je suis revenue à mon balcon, le plumage des mouettes rosissait, les nuages de neige filaient vers le large. L'écume du flot et la neige qu'elle touchait vivaient toute la gamme des blancs lumineux et laiteux. J'ai béni mon exil à Etretat. Les gosses, même et surtout les premières, m'ont bourrée de boules de neige. J'ai flanqué ma serviette sur un mur, j'ai riposté ferme et dur. C'était rudement sympa. Ce soir, le pays a repris grise mine. Si j'avais à imaginer un paysage d'enfer, je me servirais, je crois, de la falaise d'aval, durcie, implacable, sous ce ciel lourd de neige. Les mouettes crient, tourbillonnent, la mer crépite, nous aurons froid cette nuit".
Le Havre, 27 août 1940
Toujours des bruits de bottes et des chants bien rythmés, dame, pour ça ils sont imbattables, inimitables même, comme pour le pillage des villas ou les achats massifs dans les magasins. Le Pays de Caux, ce royaume du beurre et de la betterave, a été dûment nettoyé de toutes ses productions. On commence à tirer la langue, à voir se fermer les boutiques, " Nous n'avons plus rien à vendre ", " Nos frais généraux ne nous permettent pas de rester ouverts pour rien "... J'apprends que les croûtes de 3 jours sont aussi comestibles que le pain frais. Petite virée à Etretat pour y quérir quelques livres... Rencontré quelques gens sympas, dont Christiane et son père. Son frère est prisonnier en Silésie où il exerce sa profession, sous la conduite et la garde de son ancien médecin-chef. Le vieux était écœuré des lâchetés et des marchandages auxquels il avait assisté à Vichy.
A propos de Jean, ça menace de s'éterniser, cette séparation entre les deux zones. Je me demande s'il est encore à Salses à se gaver de raisins... ce soir, j'ai appris que le territoire du Tchad se rattachait au parti de de Gaulle. Ce qu'il y a peut-être de plus pénible ici, malgré les amis bien chers qui m'entourent, c'est un sentiment d’irrémédiable abandon. Au milieu de ces uniformes, de ces croix gammées, de l'oppression qu'elles me causent, jusqu' à m'en donner des arrêts au coeur, rien ne semble me rattacher à quelque chose de solide. Le ministère est à peu près sans rapport avec nous. Le recteur, qui a peur sans doute, n'ose venir constater l'état lamentable des locaux. Seul le proviseur se démène, malgré son pessimisme. Pas de salles en nombre suffisant, beaucoup d'élèves déjà, trop de professeurs, pas de charbon pour cet hiver. A cela s'ajoutent d'atroces histoires, officielles hélas ! Plus de 4.000 Havrais (hommes et surtout femmes et gosses) ont péri dans l'évacuation, quatre bateaux ont coulé. Des démobilisés se trouvent devant un foyer détruit, sans travail, sans rien à quoi se raccrocher, dans cette ville triste et ce port vide. Seuls les couchers de soleil n'ont rien perdu de leur splendeur ».
(extraits du journal de Madeleine Michelis sur le blog de Marie-Claude Durand).
Elle est ensuite mutée au lycée Victor Duruy à Paris.
C'est très probablement à son arrivée à Paris en mars 1941 qu'elle prit contact avec des enseignants résistants. A partir de l'hiver 1941, la jeune enseignante prit sous sa protection une jeune juive, Claude Bloch, dont le père avait été déporté. Madeleine Michelis avait connu l'adolescente à l'annexe du lycée du Havre à Etretat et elle la retrouva au lycée Victor Duruy.
Elle l’héberge avant de réussir à lui faire passer la ligne de démarcation et dans un second temps, elle l'envoya chez une amie d'enfance, Betty Orlhac, dont la famille était réfugiée dans le Gers.
Elle rejoignit le mouvement Libération-Nord, et en mars 1942, sous le pseudo de Micheline, elle devient la collaboratrice à Paris de Pierre Brossolette (Groupe du Musée de l’Homme, puis Confrérie Notre-Dame).
Elle est nommée en septembre 1942 au lycée de jeunes filles d'Amiens.
A Amiens, Madeleine Michelis fut surtout active au sein du réseau Shelburn.
Créé par l'agent administratif de police Paul Campinc, ce réseau était rattaché au MI9 (service secret britannique) et avait pour mission le rapatriement en Angleterre des parachutistes et aviateurs alliés dont l'avion avait été abattu dans le ciel de France.
Agent du réseau Shelburn, Madeleine Michelis participa au rapatriement d'aviateurs anglo-saxons disséminés dans la campagne picarde. Dans un rapport rédigé le 27 décembre 1961, Paul Campinchi, chef de la branche parisienne du réseau Shelburn, estime que Madeleine Michelis, qui a accompli des actes de résistance dès 1943, doit être homologuée, pour son réseau, en tant qu'agent P0 (travail occasionnel pour la Résistance) à partir du 1er janvier 44 et P2 (chargé de mission permanent) du 12 au 15 février. Paul Campinchi ajoute qu'«il ne lui fut pas confié de missions plus tôt et de façon plus continue parce que Claudette [Marie-Rose Zerling, son adjointe] se méfiait de son caractère exalté. »
Les archives du réseau Shelburn conservées aux Archives nationales)montrent en effet que les deux femmes sont en contact dès mai 1942, avant même l'existence du réseau, probablement dans le cadre du mouvement Libération-Nord auquel MarieRose Zerling appartient à partir de 1941. Son attestation d'appartenance aux FFC, délivrée par la Direction du personnel militaire de l'Armée de terre (DPMAT) le 15 décembre 1949, indique également que « les services accomplis comme agent P2 comptent du 12 au 15 février 1944 en qualité de charge de mission de 3e classe […] et comme services militaires actifs […] correspondant au grade de sous-lieutenant pendant la durée de la mission. »
Madeleine est arrêtée en gare d'Amiens le 12 février 1944, la Gestapo trouve sur elle des papiers prouvant son appartenance au réseau Shelburn.
Elle est alors transférée à Paris, et emmenée dans les locaux de la Gestapo au Lycée Montaigne.
Elle refuse de parler malgré les pires traitements et meurt dans des circonstances imprécises après avoir été torturée.
Selon le Maitron et Mémoire des Hommes, elle aurait été étranglée.
Selon son chef de réseau, elle s'est suicidée le 15 février car elle ne pouvait supporter l'idée d'un nouvel interrogatoire.
Les Allemands, après avoir fait courir le bruit de son évasion, ne remirent son corps à la police française que le 21 février.
Madeleine Michelis a été homologuée FFC.
Distinctions : Médaille de la Résistance française à titre posthume (1947) - Médaille de la Liberté (US).
Citation posthume signée du général de Gaulle pour la Médaille de la Résistance française : " Jeune Française admirable, qui s'est entièrement dévouée à la cause de la Résistance, professeur agrégée au lycée d'Amiens, a tout sacrifié au service de la Libération. S'est particulièrement occupée du passage des prisonniers évadés et d'aide aux parachutistes et aviateurs alliés. Arrêtée le 12 février 1944, transférée à Paris, a refusé de parler malgré les pires traitements. A été étranglée le 15 février 1944, trouvant une mort glorieuse au milieu des tortures supportées avec un courage magnifique et sans trahir son secret. Modèle d'abnégation, de foi patriotique".
L'Etat d'Israèl lui a décerné à titre posthume, le titre de Juste parmi les Nations le 24 novembre 1997.
Mémoire : le conseil municipal d'Amiens et le conseil d'administration du lycée d’État de jeunes filles décident conjointement d'apposer une plaque dans l'entrée de l'établissement. Le lycée d’Amiens, une rue et une école publique de Neuilly-sur-Seine portent son nom.
Nota : La base de données Mémoire des Hommes (Sga) n’a pas référencé Madeleine Michelis comme DIR mais comme « militaire décédé durant la seconde guerre mondiale », indiquant le suicide comme cause de son décès...
Sources :
- Julien Cahon : Madeleine Michelis (1913-1944), une Amiénoise dans la Résistance, préface de Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Amiens, A.P.H.G.-Picardie et O.N.A.C. Somme, 11 octobre 2013
- Julien Cahon, Maitron
- Notice sur Wikipédia
- Site consacré à Madeleine Michelis par sa nièce Marie-Claude Durand
- Article (2024) consacré à Madeleine Michelis sur le site centre-memoire-amiens-citadelle
- Musée de la Résistance en ligne
- Vidéo sur Youtube
Légion d'honneur
Médaille de la résistanceVincennes : GR 16 P 417768 et GR 28 P 4 280 39
Cote GUE251 ou cote BA7841 (correspondance d'avant guerre et de guerre. 2015)
Bibliographie :  Correspondance d'avant guerre et de guerre, Madeleine Michelis, Editions le Félin, 2015.
Crédit Photo de la notice :  © Maitron
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Fiche mise à jour le:  15/08/2024


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