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MERAS Joseph François
- RIF
- DIR
- GRG-Morpain
- L'HEURE H
Date de naissance: 09/11/1914  à Saiguède (31)
 
Notice mise à jour le 17 décembre 2025 d’après l’article de Marc Bouhours (version intégrale téléchargeable dans la rubrique Documents annexés).
Né à Saiguède en Haute-Garonne le 9 novembre 1914 au début de la Première Guerre mondiale, Joseph François MERAS était le fils de Antoine Méras, maître-valet comme l’on disait à l’époque, c’est à dire régisseur d’exploitation, et de Marie Bernarde Galinier.
Joseph tente une première fois le concours de l’école normale à Rouen en 1931. Il échoue mais son dossier d’admission, suite au concours de 1932 à l’école normale d’instituteurs du département de Seine-Inférieure, nous renseigne sur son parcours scolaire. Il a commencé l’école élémentaire en effectuant les « petites classes » à Saiguède, puis il fut envoyé à l’école publique de Saint-Lys, alors chef-lieu de canton distant de 6,8 km. Enfin il gagne Toulouse et l’internat de l’École Primaire Supérieure de Berthelot.
Nous retrouvons donc Joseph Méras à Rouen en 1931. Quelles furent les causes de cet éloignement ? (Dans son étude biographique, Marc Bouhours émet l’hypothèse d’un différend familial).
Le rapport d’enquête qui figure dans le dossier d’admission à l’École Normale d’Instituteurs nous donne une idée de son parcours : conduite excellente, bonne tenue, « très docile et très appliqué ». Il a été classé 9ème sur 48 élèves en quatrième année de section générale. Il réussit donc le concours d’entrée en 1932 en se classant 5ème ce qui est plus qu’honorable !
En juillet 1935, à la fin de ses études, il est noté sur le registre matricule de l’élève Joseph Méras à l’école normale d’instituteurs de Rouen : « Fermé et triste avec des périodes de dépression, peu d’énergie. Application irrégulière, insuffisante par période. Intelligence parfois confuse, sans vigueur. N’a que très médiocrement réussi à l’école d’application. »
Les sept collines de Saiguède lui manquent-elles ? Où est-ce l’éloignement de sa famille et tout particulièrement de sa mère qui lui pèse ? De quels tourments souffre le jeune homme qui vient tout juste d’accéder à la majorité ?
L’année 1935 voit la formation du Front Populaire et sa première année d’enseignement sera marquée par la victoire de la Gauche unie en mai/juin 1936. Il est alors instituteur à Oissel-sur-Seine (76).
Joseph Méras se marie le 22 août 1936 à Tully (80) avec Adèle Vapillon, qui vient tout juste de terminer sa formation à l’école normale de Rouen et s’apprête à prendre son premier poste d’institutrice. Les parents de Joseph sont absents lors de cette cérémonie. Cela nous permet de supposer certaines difficultés entre Joseph et son père. Au moment de cette union, Joseph Méras vit toujours à Oissel-sur-Seine.
Une petite fille, Hélène, nait à Saint-Nicolas-d’Aliermont, le 24 septembre 1938. Au moment de cette naissance le couple était domicilié au numéro 3 de la rue Dulong au Havre.
Ils résidèrent ensuite 41 rue Félix-Faure au Havre, puis au 124 rue de Brindeau à Sanvic.
Joseph avait été nommé instituteur à l'Ecole Louis Blanc de Sanvic, et son épouse, à l’école de filles de Gonneville la Mallet.
Sous le pseudo de Nicolas, Joseph Méras intègre le Groupe Morpain en janvier 1941, recruté au sein du sous-groupe Port par André Pitoors. Il collabore à la mise au point de croquis et plans sur les ouvrages portuaires des Allemands avec André Pittoors, René Bonnier, René Gamas et Marcel Ducarteron.
Le certificat d’appartenance à la Résistance, établi le 27 novembre 1947, au Havre, nous dit : « résistant de haute valeur, a collaboré avec le service du port pour la documentation des ouvrages fortifiés transmise à Londres par le réseau, conversation radiophonique ‘Lahire’. »
Il a été le « précieux collaborateur de son chef direct, Monsieur André Pittoors, ingénieur du port autonome, en l’aidant à la mise au point de croquis et de plans sur les ouvrages portuaires entrepris par les Allemands, renseignements sur l’appareillage des navires etc. (transmission radiophonique à Londres par code secret de ce chef) » rappelle René Hamon dans son attestation établie le 21 décembre 1949 pour le dossier d’homologation du titre d’interné résistant de Joseph Méras. Il ajoute dans un autre document « a fait partie du groupe R. Bonnier. »
Selon d’autres sources, « en février 1941, il parle à Marcel Ducarteron de son souhait de rejoindre les Forces Françaises Libres. Ils décident de gagner ensemble la zone non occupée et le 5 mars, Joseph Méras prend le train pour Paris, rejoint le lendemain par son ami.
Ils se rendent en train jusqu’à Champagne-Mouton en Charente, où ils franchissent la ligne de démarcation puis gagnent Toulouse. Joseph Méras se renseigne auprès du consulat du Portugal, en vue de rejoindre l’Angleterre par le Portugal, mais se voir refuser le droit d’entrée dans le pays.
Marcel Ducarteron qui de son côté souhaite s’engager dans l’armée d’Afrique, reste à Toulouse, tandis que le 18 mars 1941, Joseph Meras décide de rentrer au Havre.
Mais il a entre temps été licencié de son école pour absence injustifiée et trouve un emploi au Secours national. Il reprend ses activités clandestines.
A la fin du mois, il reçoit un courrier de Marcel Ducarteron qui évoque des contacts pris localement. Mais ce dernier revient en Normandie à son tour en avril 1941.
Joseph Meras ne fut pas arrêté au mois de juin 1941 lors de la vague d’arrestation qui toucha vingt-cinq membres du Groupe Morpain. Le fondateur du réseau, Gérard Morpain, sera fusillé le 7 avril 1942 au Mont-Valérien après avoir été condamné par le tribunal militaire du « Gross Paris », avec René Brunel, Georges Piat et Robert Roux.
En février 1942, le Groupe Morpain décimé prend le nom de L'Heure H sous la conduite de Roger Mayer et Henri Chandelier. Joseph Meras y est agent de liaison P2 et il obtient le grade de sous-lieutenant.
Mais il est arrêté le 19 février 1942 suite à une dénonciation anonyme, pour « intelligence avec l’ennemi et tentative de franchissement de ligne de démarcation en vue de s’engager dans l’armée du général de Gaulle ».
Plusieurs personnes furent les témoins de cette arrestation, Monsieur Vincent, le libraire de la rue Thiers au Havre, Madame Guillou institutrice, et son épouse Adèle Vapillon.
Au cours d'une perquisition à son domicile, les autorités allemandes trouvèrent la lettre de Marcel Ducarteron, provoquant l’arrestation de ce dernier à Deauville. Ce dernier qui nia toute implication, sera condamné par le tribunal de Caen à 5 mois de prison et fut déporté sans retour. Il est décédé le 1er janvier 1944 au camp de concentration d’Oranienbourg, en Allemagne.
Si Joseph Méras est condamné à mort par le tribunal militaire allemand 517 de Rouen, le 29 mai 1942, c’est bien pour la possession de documents sur la défense portuaire du Havre qu’il cachait rue de Brindeau, à Sanvic.
Il habitait en effet dans cette rue peu éloignée du port ce qui a dû faciliter ses repérages. Il notait aussi des renseignements sur l’appareillage des navires ennemis et transmettait le tout à Londres grâce au réseau Hamlet Buckmaster.
Joseph Méras fut interné à la prison du Havre entre le 19 février et avril 1942 puis transféré à Rouen, à la prison du palais de Justice. Il fut jugé par le tribunal allemand dans cette ville.
Il reconnaissait alors « une tentative de ralliement aux Forces Françaises Libres en Angleterre. ». Selon l'ouvrage de Gaston Pailhes (Rouen et sa région pendant la guerre 1939-1945), ayant tout d'abord déclaré qu'il voulait rejoindre sa mère à Saint-Lys en Haute Garonne, Joseph Meras déclara le lendemain qu'il enseignait l'amour de la vérité à ses élèves, qu'il avait honte d'avoir menti et que son intention était bien de rejoindre le général de Gaulle en Angleterre.
Les documents conservés au S.H.D. nous disent qu’il « n’a pas parlé malgré la torture. »
Transféré à la prison de Rouen au mois d’avril 1942, Joseph Méras est condamné à mort le 29 mai 1942 par le tribunal militaire allemand de Rouen.
Il est fusillé le 6 juin 1942 à 6h du matin au stand de tir du Madrillet au Grand Quevilly (76) « avant réception du recours en grâce » (archives Shd) qui avait été envoyé à Vichy, au Maréchal Pétain et aux autorités allemandes à Paris.
Dans son discours, prononcé le 11 décembre 1949, lors de l’inauguration du monument du stand des fusillés de Grand-Quevilly, l’abbé Bellamy, le seul prêtre qui avait le droit d’assister les condamnés à mort devant le peloton d’exécution, dit : « [...] M. Joseph Méras, poète et instituteur public à Sanvic, est monté ici en déclamant une poésie de Paul Verlaine, puis face au peloton d’exécution, il cria bien fort, comme l’avait fait trois mois auparavant M. Roy de Bihorel, Vive Dieu. Vive la France ! ».
L'Abbé Bellamy témoigna que les Allemands furent saisis d'étonnement devant tant de courage (Brigitte Garin).
Il laissa une lettre à son épouse Adèle dont un extrait a été publié dans sa notice sur le site du Maitron : « Je n’ai vraiment pas peur, je crois avoir mérité le ciel, et je pense à toi Hélène [sa petite fille âgée de cinq ans], à ma vieille maman ; certes, ce sera sans reproche et sans haine, mais non sans regret, cet arrachement de vous laisser toutes les trois... Recueille le meilleur de ce que je t’ai laissé, et le meilleur que tu auras encore de moi garde le pour Hélène. Plus tard, fais-lui comprendre que je lui ai laissé un héritage assez beau. Voilà, je te laisse bien seule, hélas ! dans la vie. Quel arrachement ! Quel beau jour, quel soleil ! Quel malheur, mais quel présage d’Assomption vers la joie infinie ! Des baisers, des baisers. A Dieu ».
Le 27 janvier 1945, le quotidien communiste l’Avenir Normand publie « un hommage à nos martyrs » et cite le nom de Joseph Méras.
En novembre 1946, Joseph Méras reçut, à titre posthume, la médaille de la Résistance française.
Le 25 février 1947, la mention « Mort pour la France » est attribuée à Joseph Méras. Elle sera portée sur son acte de décès au Grand-Quevilly. Joseph Méras sera fait sous-lieutenant, à titre posthume, par décision du secrétariat d’État aux forces armées en date du 15 juin 1949, (J.O du 9 octobre 1949).
Le 16 juin 1953 est délivré par le ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre, à Adèle Méras/Vapillon un certificat d’attribution du titre d’interné résistant à Joseph Méras pour avoir été détenu du 19 février au 6 juin 1942 comme interné politique. Elle reçoit une carte portant mention de son statut de veuve d’un membre de la Résistance Intérieure Française (R.I.F). Toutefois Hélène, leur fille, n’eut jamais le statut de pupille de la Nation puisqu’il ne fut pas prévu d’être appliqué aux enfants de Résistants fusillés. La demande d’attribution de la légion d’honneur à Joseph Méras n’a quant à elle jamais abouti.
Hélène, Colette Méras, la fille unique du couple est décédée à Maromme (76) le 27 février 1980. Elle était professeur et n’avait que 41 ans.
L’épouse de Joseph, Adèle Vapillon, est décédée à La Ciotat le 29 septembre 1993.
Joseph MERAS a été homologué RIF et DIR (interné résistant).
Distinction : Médaille de la Résistance française (1946).
Mémoire : Rue Joseph Meras au Havre - Stèle commémorative au Fort de Tourneville - Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Saiguède (Haute-Garonne). Son nom figure également sur le monument commémoratif de l’ancien stand de tir du Madrillet ainsi que sur celui de la résistance et de la déportation du Havre.
D’après l’article de Marc Bourhours paru dans la revue 2025-1 de l’Association Saves Patrimoine, ainsi que les travaux du Maitron (Delphine Leneveu et Thomas Pieplu) et Brigitte Garin (Une famille normande dans la tourmente nazie. Vie et mort du réseau de résistance Salesman).
Mise en ligne : Florence Roumeguère
Documents annexés : Stèle commémorative au Fort de Tourneville (François Tocqueville) - Plaque de rue (S. Prentout et F. Tocqueville) – Acte de naissance de Joseph Meras (Mairie de Saidègue 31 – Marc Bouhours)
Jean-Paul Nicolas, Delphine Leneveu, Thomas Piéplu - Maitron
Médaille de la résistanceVincennes : GR 16P 411300
Bibliographie :  Joseph Meras par Marc Bouhours, (Histoire et témoignages 1914-1945 – Association Savès Patrimoine – n° 1/20025 - Une famille normande dans la tourmente nazie. Vie et mort du réseau de résistance Salesman. Brigitte Garin, Wooz éditions, 2020. - Cité dans : Rouen et sa région pendant la guerre (1939-1945), Gontran Pailhès - « Jacques Hamon résistant havrais et défenseur de l'Art », Brigitte Garin et Moira Hamon, éditions Les Choucas 2024
Crédit Photo de la notice :  © SHD- Ul Cgt Le Havre
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Fiche mise à jour le:  17/12/2025






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