© Marie-Paule Hervieu
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LE TROADEC Jules Joseph

Chronologie : 1942

Statut : 
  • DIR
Zones d'action: Le Havre

Date de naissance: 27/01/1895  à Bourbriac (22)

Parcours dans la résistance :
 

Né à Bourbriac (22) le 21 janvier 1895, Jules Joseph LE TROADEC, marié, et père d’un enfant, était un ancien des Brigades Internationales qui avaient combattu les fascistes en Espagne.

Durant l’Occupation, il était communiste clandestin, domicilié 22 rue Saint-Jacques au Havre. Dès sa démobilisation, il avait obtenu un emploi de forgeron monteur (ou frappeur) à l’atelier de carrosserie Le Troadec, au 28, rue Franklin, au Havre, tenu par son frère, Jean-Marie Le Troadec, et Pierre Coulon. Leur garage travaillait pour la Wehrmacht, accueillant des véhicules militaires en réparation.

Jules LE TROADEC effectue des sabotages sur certaines machines, vidangeant l’huile des carters de moteurs et des ponts arrières puis y versant du sable, faisant disparaître des crochets pour remorque.
En juin 1941, la détérioration d’un moteur vaudra aux gérants du garage une importante amende de la part de « la direction des autorités allemandes des [ces] ateliers », ainsi que sa remise en état à leurs propres frais (Mémoire vive).

Jules LE TROADEC distribuait également des tracts et des journaux, apposait des graffitis à la peinture et au goudron sur les murs et les trottoirs de la ville et collait des papillons dans son entreprise et au bureau de chômage où se faisait le recrutement des travailleurs volontaires pour l’Allemagne.

Des tracts anti-allemands circulant dans son quartier, Jules Le Troadec est arrêté comme « communiste notoire », interrogé au commissariat central du Havre, puis relâché.

Le 23 juin 1941, Jules LE TROADEC est de nouveau saisi, sur son lieu de travail, cette fois par la police allemande, probablement dans le cadre de l’Aktion Theoderich. Il est détenu dans les Maisons d’arrêt du Havre et de Rouen, puis interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne [6] (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Dès le 8 décembre 1941, Jules LE TROADEC figure sur une liste de 28 communistes à « transférer vers l’Est », établie par la Feldkommandantur de Rouen.

Il est déporté par le convoi de Compiègne du 6 juillet 1942 (dit des 45000) au KL Auschwitz (matricule 45766).

Louis Eudier évoque son camarade en déportation à Auschwitz :
« Il travaillait comme maréchal-ferrand dans un bâtiment à côté du nôtre. Il nous faisait donner de la soupe, car il avait une combine avec les 3-4 gars de son commando pour manger des aliments meilleurs que les autres » (…) Nous ne mangions que des soupes bien claires, qui contenaient des betteraves pour les animaux, des orties déshydratées. La soupe que nous procurait Julot était la bienvenue". Comment avait-il pu se procurer d'autres aliments ? La porcherie était à côté d'eux et pour les cochons, il y avait des silos de petites pommes de terre cuites et des déchets d'aliments, provenant surtout de wagons de transports de Juifs ou de résistants, qui tous les jours étaient gazés et passés au four crématoire. Ces déchets comprenaient des morceaux de pain de biscuits, de macaronis, des haricots etc... Jules Le Troadec et ses camarades, chaque jour, faisaient une provision de déchets alimentaires qu'ils obtenaient grâce aux déportés affectés à la porcherie. Leur capo était un politique et leur bloc führer avait été remplacé par un soldat de la Wehrmacht qui n'était pas un assassin".
"A Auschwitz, à l’appel du soir, les S.S. faisaient remonter les jambes de pantalon des déportés. Suivant l’importance de la maladie – pour ceux qui en étaient atteints, les jambes comme des poteaux, aussi grosses de la cuisse à la cheville, c’était la chambre à gaz. Des milliers de camarades sont ainsi allés à la chambre à gaz. C’est à la suite d’une telle inspection que Le Troadec fut désigné pour la chambre à gaz. Il fut sauvé in extremis par son capo qui mit à sa place un camarade déjà mort".

Jules Le Troadec est transféré au KL Flossenbürg le 31 août 1944, affecté le 27 octobre au Kommando de Rochlitz, dépendant de Flossenbürg. Puis, le 1er novembre 1944, il est transféré au Kommando de Wansleben, dépendant du KL Buchenwald (Wansleben ou Wilhelm ou Biber II, ouvert en mars 1944, était situé à mi-chemin entre Halle et Eisleben, est partagé en deux installations : Neumansfeld et Georgisschacht. Les détenus doivent d'abord creuser des galeries dans une ancienne mine de sel, avant d'y installer des machines-outils pour fabriquer des pièces d'avions Heinkel. Près de 2000 détenus y travaillaient en janvier 1945).

Le 12 avril 1945, Wansleben est évacué à marche forcée en direction de Halle.

Les détenus sont libérés le 14 ou le 15 avril 1945 entre les villages de Quellendorf et de Hinsdorf par les troupes américaines.

Jules LE TROADEC fut rapatrié le 24 mai 1945 par Sarrebourg (Asso-Flossenburg).

La référence de son dossier Résistant au SHD de Vincennes ne comporte pas son statut d'homologation.

Jules LE TROADEC est décédé le 3 février 1961 accidentellement (asphyxie par le gaz). Sa sépulture n’a pas été identifiée.

Rédacteur : F. Roumeguère

Document annexé : Col. Arolsen archives

Mémoire Vive

Claudine Cardon-Hamet Blog Politique Auschwitz

Louis Eudier - Le départ de Royallieu

Asso Flossenburg

Dictionnaire des Victimes du nazisme en Normandie


Service Historique de la Défense (SHD) : 
Vincennes : GR 16 P368835
Caen:  non référencé

Archives municipales : 
Cote 94Z155

Bibliographie :  Notre combat de classe et de patriotes (1934-1945), Louis Eudier, 1982



Crédit Photo de la notice :  © Marie-Paule Hervieu


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Fiche mise à jour le:  09/05/2025

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