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LAURENT Florimond Ferdinand Jules

Chronologie : 1942

Statut : 
  • FFC
  • DIR
Groupes : 
  • GRG-Morpain
Réseaux : 
  • HAMLET BUCKMASTER
  • L'HEURE H
Zones d'action: Le Havre , Sanvic

Date de naissance: 28/07/1908  à Le Havre (76)

Mort pour la France : 27/02/1945 à Nordhausen

Parcours dans la résistance :
 

Né au Havre le 28 juillet 1908, Florimond Ferdinand Jules LAURENT poursuit ses études secondaires au Lycée de garçons du Havre et obtient le diplôme de baccalauréat de latin-sciences.

Il s’était marié à Marcelle Petit en 1932 et était le père de deux filles, Nicole née en 1937 et Monique, née en 1938.

Il exerce la profession de géomètre auprès de la ville du Havre puis entre dans la police municipale en qualité de secrétaire au commissariat de Sanvic et il est domicilié 78 rue de l'Orphelinat à Sanvic.

Il est mobilisé le 26 août 1939 dans le 2e Groupe de Reconnaissance des Corps d’Armées (GRCA). Il est décoré de la Croix de Guerre avec étoile de bronze avec citation le 30 juillet 1940, jour de sa démobilisation.

En janvier 1942, recruté par Henri Chandelier au sein de L'Heure H, il est nommé sous-chef du groupe trentainier de Sanvic
Il est affilié en juin 1942 au réseau Hamlet Buckmaster en tant qu'agent P2, agent de renseignement, sous-chef de groupe, avec le grade assimilé de sous-lieutenant (à titre posthume).

Attestation de René Hamon (l’Heure H) : "Très actif agent de la Résistance, par sa profession de secrétaire de Police, il a délivré de nombreux faux papiers aux réfractaires du STO et prévenu beaucoup de ses concitoyens patriotes recherchés par les Polices des poursuites lancées contre eux, a rempli jusqu'à son arrestation par la Gestapo les fonctions de sous-chef du Groupe de Georges Maguin et assurait la formation paramilitaire de ses hommes. .

Sur la dénonciation de deux français auxquels il avait fourni de faux documents pour leur permettre de gagner l’Espagne, Florimond Laurent est arrêté le 18 mai 1943 par la Gestapo à son bureau de Sanvic, devant ses collègues, pour aide à passages en zone côtière interdite, entrave à recrutement de main-d'œuvre pour l'Allemagne en falsifiant des dates de naissance, emploi de faux cachets et fausses signatures pour des fiches de démobilisation. Une perquisition à son domicile permet aux policiers Allemands de découvrir des armes et des munitions.

Selon l'inspecteur sous-chef de sûreté à M. le Commissaire principal, chef de la Section judiciaire du Havre, il fut "arrêté ... sous l'inculpation "d'activité gaulliste", "détention d'armes, de tracts et confection de pièces d'identité dans des conditions anormales" 

Florimond Laurent est interné du 18 mai au 15 décembre 1943 dans les caves du Palais de Justice de Rouen.

Il fait parvenir à son épouse des petits mots roulés et glissés dans la ceinture des sous-vêtements. Extraits transcrits d’un message datant du 14 juillet 1943 (Livre mémoire de la famille de Florimond Laurent) : «… Je reçois bien tout ce que contiennent mes colis qui sont ouverts devant moi. Le 2 juillet j’ai touché mes deux colis (linge et vivres) et ai eu ainsi moins faim pendant 1 semaine (…) j’ai bien reçu le lapin, mais il ne t’en reste pas beaucoup. C’est bon ! (…) Le 15 juin, le miel avait coulé dans le colis. Ce n’était rien.  Quel secrétaire me remplace ? Je vais tenter de te renvoyer une partie du linge que j’ai en trop. Ce sera embarrassant pour le jour de ma libération auquel je commence à songer. Ce sera le jour de la fin de la guerre car je serai certainement condamné aux travaux forcés à perpétuité. (…) tâche de garder la totalité de la récolte d’ail, d’oignons et d’échalottes, qu’on n’en manque pas comme l’année dernière car tu sas que même après la guerre, il y aura encore un moment où il sera difficile de vivre. Ma carte de tabacs a été gardée par Ackermann, chef de la Gestapo du Havre. Il m’avait promis de la redonner avec mon argent, mon stylo, etc.. mais voilà ce que sont ses promesses. Ce soir 14 juillet, on va chanter en chœur la Marseillaise et le Chant du Départ. Bons baisers et à quand ? »

Il est transféré du 16 au 23 décembre à la prison du Cherche Midi à Paris et enfin, au Fort de Romainville, à la veille de Noël, du 24 décembre au 6 janvier 1944.

Les dernières nouvelles de lui que reçut son épouse sont un courrier en date du 6 janvier 1944 pour lui annoncer son départ dont il ignorait la destination. Ce même jour, il est conduit à la gare de l’Est et a l’occasion de confier sa lettre à un policier qui accepte de la transmettre à son épouse. Un peu plus tard, ayant sans doute pris connaissance de la destination exacte, Florimond Laurent griffonne quelques mots par lesquels il annonce qu’il part pour l’Allemagne sur un bout de papier glissé dans une enveloppe, jetée sur le quai. Son épouse recevra bien ce message.

Il est déporté avec le statut "NN" (Nacht und Nebel) par le transport parti de la Gare de l’Est à Paris le 6 janvier 1945  en direction de Strasbourg. De là, des wagons cellulaires acheminent les déportés jusqu’à la gare de Rothau puis des voitures cellulaires les conduisent au KL Natzweiler-Struthof  Struthof dans le Bas-Rhin le 7 janvier, où Florimond Laurent reçoit le matricule 6849. Ce camp de concentration est le seul mis en place par les Nazis sur le territoire français.

Le 10 mars, il est transféré au Kommando de Kochem (Cochem), un camp-annexe du KL Natzweiler ouvert en Allemagne, situé au bord de la Moselle dans le Land de Rhénanie-Palatinat. Il s’agit d’une usine souterraine qui ouvre quatre jours plus tard avec trois cent détenus « NN » en majorité Français. Au bout de quatre semaines, les pertes sont si lourdes, vingt-cinq morts- que la décision est prise de les renvoyer au camp central où Florimond Laurent arrive le 9 avril.

Le 19 avril 1944, il est transféré à la prison polonaise de Wohlau en Basse-Silésie en vue de son jugement par le tribunal de Breslau, en charge des affaires « NN » venant de France. Mais très peu sont jugés car à la fin de l’été 1944, du fait de retards dans le traitement des affaires, la procédure « NN » est abandonnée. Un courrier de René Masselin  son camarade de détention à Wohlau laisse entendre qu'il se serait évadé mais aurait été repris. Les déportés concernés sont renvoyés en camps de concentration.  Florimond Laurent est transféré en octobre 1944 au KL Gross Rosen (matricule 81635).

A l’approche de l’Armée Rouge, les S.S. ordonnent l’évacuation du camp et les déportés sont acheminés le 11 février 1945 au KL Mittelbau Dora près de Nordhausen (Thuringe). Le voyage, épouvantable, dure de trois à cinq jours dans les conditions inhumaines :

René Masselin, camarade elbeuvien de déportation de Florimond Laurent en témoignera dans un courrier adressé en 1946 à sa veuve, Marcelle Laurent : « A notre arrivée nous avions 1200 morts, étant restés cinq jours dans des wagons découverts sans nourriture, couverts de neige. A notre arrivée, une partie des survivants étaient massacrés à coups de manches de pelles, à ce moment, j’ai perdu de vue votre mari, étant moi-même à moitié mort ».

Florimond Laurent est enregistré à Dora comme « politique français » et comme géomètre, avec le numéro 11005.  Il est envoyé à la Boelcke caserne de Dora au Blok 17.

Très probablement malade, il doit entrer  le 16 février au « Revier » (abréviation de l'allemand Krankenrevier, le quartier des malades) -  mouroir de Dora à Nordhausen,

Un camarade déporté du réseau Hamlet Buckmaster, Raymond Demoulins, témoigna avoir lu le nom de « Laurent » sur une liste d’hospitalisés à Dora, sans pouvoir confirmer qu’il s’agissait bien de lui.

Florimond Laurent est déclaré décédé le 27 février 1945 à Nordhausen. Son corps fut incinéré et ses cendres dispersées  dans le charnier en contrebas du crématoire du camp. Il avait 36 ans.

Il a été homologué FFC et DIR. Il a été reconnu Mort pour la France.

Distinctions à titre posthume : Médaille de la Résistance française (1950). Son dossier à la DAVCC de Caen indique qu'il a reçu la Légion d’Honneur en 1950. Il reçut la Croix de Guerre avec étoile de vermeil le 22 avril 1947 assortie de cette citation à l’ordre de la Division : » LAURENT Florimont – F.F.C. – « entré dans le groupe dès sa fondation y a déployé une grande acticité, utilisant sa situation à la mairie de Sanvic pour venir en aide aux réfractaires. Arrêté par la Gestapo pour ses menées anti-allemandes, fut déporté en Allemagne après une longue et pénible incarcération. Mort en déportation ».

Il fut nommé sous-lieutenant à titre posthume (1948).

Il avait été cité à l’Ordre du Régiment le 1er juillet 1940 : « a fait preuve lors des opérations de la VIIe Armée, du 5 au 24 juin 1940, de belles qualités d’entrain, d’endurance et de bravoure, en assurant dans des conditions particulièrement difficiles, toutes les missions qui lui ont été confiées ». Cette citation lui avait valu la Croix de Guerre avec étoile de bronze .

Mémoire : son nom est inscrit sur le Monument Résistance et déportation - Rue Florimont Laurent au Havre - Plaque commémorative dans la cour d’honneur de l’hôtel de Police du Havre (inaugurée en 1996).

Rédacteur : Florence Roumeguère, d’après les sources suivantes :

Pièces officielles DAVCC Caen, ouvrages de Brigitte Garin sur L'Heure H, "Le livre des 9000 déportés de France à Mittelbau-Dora",  la biographie de Jean-Claude Augst figurant dans le livre mémoire établi par Mme Monique Laurent, fille de Florimond Laurent, communiqué en novembre 2024 au Collectif Havrais en Résistance par Monsieur Jarlaud. La biographie établie par l'Association des Anciens Élèves du Lycée François 1er du Havre.

Documents annexés : Photographie de la plaque de rue (F. Tocqueville)-  Portrait de Florimond Laurent (Fonds Mauricette Hérault HER) -  - Dossier PDF  Caen AC 21 P 473 303 (David Fouache) - Article sur la commémoration  de Florimond Laurent  le  8 mai 1996  (Archives Municipales) - Courriers de Mme Laurent à Mauricette Hérault  juin- juillet 1944 (document PDF) -  Extraits du Livre mémoire familial de Florimond Laurent (courriers, distinctions et pièces GR 16 P 342515. Document PDF)

Notice du site de l'association des anciens élèves du Lycée François 1er


Décorations : 
Légion d'honneurMédaille de la résistance

Service Historique de la Défense (SHD) : 
Vincennes : GR 16 P 342515
Caen:  AC 21 P 473 303

Archives du collectif : 
AC 21 P 473 303 (D. Fouache) - Archives B. Garin - Archives Hamlet Buckmaster (D. Fouache) - Fichier DIR Fndirp 76 (M Baldenweck) - Listing FMD (M. Baldenweck) - Liste 76 des Médaillés de la Résistance française (M. Baldenweck) - - Livre mémoire de Florimond Laurent (famille Laurent)
Archives municipales : 
Cote 94Z155 - cote 11527 - cote BIO10

Bibliographie :  Une famille normande dans la tourmente nazie. Vie et mort du réseau de résistance Salesman. Brigitte Garin, Wooz éditions, 2020 - Le livre des 9000 déportés de France à Mittelbau-Dora, 2020



Crédit Photo de la notice :  © fonds M. Herault/ HER


Telecharger la notice individuelle de Résistant (PDF)

Fiche mise à jour le:  24/10/2025

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