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HARAUX André Gabriel Joseph

Chronologie : 1941

Statut : 
  • DIR
  • ISOLE
Zones d'action: Nord

Date de naissance: 22/02/1927  à Soissons (02)

Parcours dans la résistance :
 

Né à Soissons (02) le 22 février 1927, André HARAUX, ayant le statut de résistant isolé (SHD), effectua des actes de résistance dans le Nord de la France.

Enfant de l’Assistance publique, il fut  placé chez une famille d’accueil à Fargniers où il fréquentait l’école communale.
En 1940, il a à peine treize ans lorsqu’il est placé dans une ferme avant de se réfugier à Amiens pour fuir l’avancée des troupes allemandes.

Puis, tout en poursuivant ses études, il travaille à partir de 1941 sur la ligne de démarcation nord à l’entretien de postes de la Wehrmacht. Là, il fait passer des fugitifs et des armes grâce à sa parfaite connaissance du terrain.

Arrêté par les Allemands pour vols de papier, il signe un engagement pour être expédié dans une usine en Bavière. Là, il tente de s’échapper à plusieurs reprises.

Il est ensuite interné dans un camp près de Marienplatz, d’où il est renvoyé vers l’usine de Nenaubing.

Réformé pour raison de santé, André Haraux rentre en France où il fabrique de faux-papiers.

Arrêté de nouveau en juillet 1943, pour le vol d’une machine à écrire et de papiers officiels, il est incarcéré à la prison de Laon, puis à Amiens, assigné à des travaux de déblaiement.

André HARAUX : "Le même jour, je fus interrogé à la Gestapo. Je suis resté presqu’une heure au poste de garde. Je reconnus un camarade et je voulus lui parler. Un garde m’aperçut, s’élança sur moi et d’un coup de poing à la mâchoire me fit rouler par terre. Je me suis relevé et il m’a montré les mitraillettes qui étaient sur la table. Un peu plus tard, on me fit monter dans un bureau qui se trouvait au premier étage. Un capitaine était en train de regarder mon dossier, car je reconnus des papiers m’appartenant. M’ayant bien dévisagé, il me dit : « Vous avez été en Allemagne, vous vous êtes évadé deux fois, vous avez été en prison à Laon pour vol de papiers allemands, d’une machine à écrire et avoir falsifié des papiers. Vous avez signé un engagement pour l’Allemagne, à Laon, Tergnier, Saint-Quentin, après avoir touché trois mille francs, vous n’êtes pas parti. Maintenant vous êtes accusé de nouveau d’un vol d’une machine à écrire, de papiers, des timbres appartenant à l’arbeistelle de Tergnier. Vous faites des sabotages, les véritables papiers allemands allaient certainement vous servir à faire venir des réfractaires d’Allemagne. Vous savez que je peux vous faire fusiller. Si vous dénoncez vos amis vous serez libres ». Je répondis que j’étais trop jeune pour faire de la politique. Je reçus des coups de cravache, des coups de pied et de poings. L’interrogatoire a duré une heure et demie. Ils me reconduisirent à la prison. Quelques Allemands me frappèrent. Hermann, un de la Gestapo et trois autres jouèrent avec moi à la balle, m’ayant à moitié esquinté ils me remirent en cellule. Je me couchai par terre. J’étais comme une loque" *

Le 15 septembre 1943, il s’échappe encore et se réfugie à Tergnier, puis munis de faux-papier, il part pour un périple qui le conduira de Clermont-Ferrand, en passant par Vichy et Paris, où il est arrêté Gare du Nord par la Feldgendarmerie.

Il profite d’un moment d’inattention de ces gardiens, saute dans un train et se réveille sur la frontière belge.

Il part pour Compiègne où il est recueilli par une famille qui le place dans une ferme, fin octobre 1943.

En novembre, il tente de retourner à Tergnier, mais sans papier, il arrêté, envoyé à la prison de Saint-Quentin, puis  au  camp de Royallieu à Compiègne.

Le 27  janvier 1944, il est déporté de Compiègne au  camp de concentration de Buchenwald en Allemagne où il deviendra le Häftling 43952.

André HARAUX : "Ce fut le départ. A la porte d’entrée, l’on nous compta encore une fois. Tous les 2 mètres, un soldat allemand armé de fusil et baïonnette nous surveillaient on partait pour la gare. La route à parcourir était environ de quatre kilomètres. Toute la ville était rassemblée sur les trottoirs. Beaucoup pleuraient. Etant arrivé, on nous fit monter dans les wagons de 120 à 150 hommes dans chaque wagon. Trois bottes de paille et deux cuvées pour faire nos besoins. Puis un SS monta et dit aux Français « vous partez pour l’Allemagne, si vous cherchez à vous évader, nous prendrons des sanctions ». Puis l’on ferma les portes avec du gros fil de fer. Dans notre wagon, il n’y avait qu’une fenêtre d’ouverte et nous étions 120. Vers 10 H 30 du matin, le train qui nous rapprochait de la mort de plus en plus partit. Quand nous sommes arrivés à Soissons, quelques-uns étaient déjà évanouis. Ce fut terrible. Le saucisson puait, il fallut le jeter si nous ne voulions pas être asphyxiés complétement. Tellement il faisait chaud, le plafond était rempli de sueur qui tombait goutte à goutte. Nous avions soif. Un camarade devint fou. Un autre perdit la parole. Le cerveau commençait à travailler. Nous mangions des oignons, du dentifrice, cinq minutes après nous avions notre bouche pâteuse. Il fallut arriver à un résultat, boire notre urine. Ce n’était naturellement pas bon, mais cela apaisait notre soif. Il fallut nous dévêtir, car nous avions chaud. Nous étions énervés, pour un rien on se disputait. Quelques-uns étaient allongés, agonisant. Arrivé à la frontière, les S.S. ouvrirent les portes, ils nous firent ranger dans une moitié de wagon. Il fallait enlever ses chaussures et les jeter par terre. Ensuite avec une couverture, il fallait les ramasser pour les mettre dans un autre wagon. Ce fut tous les morts que l’on mit dans un wagon. On nous fit descendre. On nous donna une gamelle. Des SS nous donnèrent ½ litre de soupe à l’orge perle (..) mais salée, incroyable. J’avais avec moi deux bidons militaires. J’en remplis un, puis comme le second était presque plein, je reçu un coup de matraque et un coup de crosse de fusil. Je me sauvais dans mon wagon avec mes deux bidons. On commença par servir les malades. Quand tout fut fini, on referma les wagons et ce fut le chemin de Buchenwald" *.

Il est transféré le 19 juin 1944 au KL Mauthausen (matricule 73943) près de Linz en Autriche, l’un des plus grands camps de travail forcé de l’Europe occupée, où il rejoint les 85 000 prisonniers.

André HARAUX : "Une semaine après je fus remis au block 17, avec mes camarades. Je me suis toujours débrouillé pour ne pas partir en transport,... Quelques jours après, je fus désigné par le chef de block pour être ordonnance d’un pompier ... J’étais très bien mais il fallait nourrir son chien qui mordait souvent des camarades. Quand j’en eus assez au bout de quinze jours, je me suis débrouillé pour aller à la cuisine. J’y parvins. On me mit au block 6.

Le lendemain j’étais à mon travail. J’eus de bons camarades belges et français. ...  Je ne travaillais pas beaucoup. Je ne faisais qu’organiser, c’est-à-dire voler des pommes de terre. J’en prenais une quarantaine de kg par jour, mon camarade Dubois, qui épluchait près de moi, se faisait souvent enguirlander par un allemand qu’on appelait la « grosse vache ». Il lui fallait environ une quinzaine de caisses par jour de tubercules. Son pot d’eau où il mettait les pommes épluchées était presque toujours vide et cette « grosse vache » lui demandait où il les mettait. Il faisait semblant de ne pas comprendre. Presque tous les jours, c’était la même chose. Il arrivait et disait ...  Epluche, épluche. .. Mais pour sortir de la cuisine, ce n’était pas facile, car il y avait un policier en bas nommé Salomon et deux en haut. Pour passer, il fallait leur donner quelque chose soit cigarettes ou tabac. Mais quand je n’en avais pas, il fallait ruser. J’allais trouver mon ami Martin qui était son coiffeur et lui expliquait. Lui, il appelait son ami Salomon pour lui montrer quelque chose. Pendant ce temps-là je montais. J’avais des pommes de terre dans les deux jambes. J’allais les distribuer aux copains. Toute la journée je ne faisais que cela, du pain, de la viande, de la graisse, enfin tout ce que je pouvais prendre. A chaque fois que j’étais pris par un SS je recevais 25 coups de nerf de bœuf sur le derrière. Le Kapo des épluchures était un bon gars. Mais il criait toujours. Mais celui de la cuisine, quand il nous prenait on n’y coupait pas. Je fus fichu deux fois à la porte et une semaine après j’y rentrais. Une fois comme j’allais à la corvée dans la cave du ravitaillement, j’aperçus un grand seau de confiture. Avec mes mains, je remplissais mes jambes. J’en avais mis au moins deux kg. Quand la corvée fut finie, je me cachais dans un coin et avec une cuillère je raclais mes jambes et mettais tout dans une gamelle et l’on trouvait cela très bon"*.

André HARAUX survit et sera libéré le 24 avril 1945 par la 3ème armée américaine. Il est rapatrié par Annemasse le 3 mai 1945. Il avait alors 18 ans.

Il a été homologué DIR et a été qualifié de résistant "Isolé" par le SGA..

Il s'installe au Havre en 1947 où il est officier mécanicien de marine marchande et travaille à la compagnie des Abeilles.

Il crée en 1971, le Musée historique  Itinérant de la Seconde Guerre mondiale en Normandie dont le siège est domicilié à l'AMAC du Havre. Cette association organise des expositions dédiées à la résistance et à la déportation, ainsi que les commémorations du raid britannique de Bruneval.

En 1973, André Haraux lance une souscription pour ériger un nouveau monument à Bruneval, à l’emplacement de celui inauguré par De Gaulle en 1947.

Le site,  inauguré en juin 1975 par Lord Mountbatten,  est  complété en 1977 par la construction de l’escalier Charles de Gaulle dans lequel sera scellée une pierre de granit provenant des carrières du camp de concentration de Mauthausen, en hommage aux 200 000 Français morts en déportation.

(source : biographie Bruneval42.com).

André HARAUX est décédé au Havre le 30 mai 1991. Il a été inhumé au Cimetière Nord : Division : 08 Rang : Nord Emplacement : 15 (expire le 21 décembre 2053).

Distinctions : Chevalier de la Légion d'Honneur - Chevalier de l'Ordre national du Mérite - Membre de l'Ordre de l'Empire britannique (GB).

Mémoire : Rue André Haraux au Havre et Allée André Haraux à Saint Jouin Bruneval (76).

L'association André Haraux - histoire et mémoire Préservation du patrimoine dans la ville de Saint-Jouin-Bruneval a été créée en 2010  pour perpétuer le souvenir de l'opération "Biting", raid aéroporté Britannique, dans la nuit du 27 au 28 février 1942 sur le sol français, entretenir le monument commémoratif et l'espace "André HARAUX", organiser la commémoration annuelle en collaboration avec la British Légion et le 2ème régiment de para Britannique, concevoir des expositions itinérantes pédagogiques, créer un musée fixe.

Documents annexés :  photographies : Memorial de Saint Jouin Bruneval (lehavre-etretat-tourisme) - André Haraux avec Lord Mountbatten et  le Major-General John Frost (Memorial St Jouin Bruneval) - Sépulture (S. Prentout) - Lettre de André Haraux à Madame Kahn (1972), conservée aux Archives Nationales dans le dossier du Vagabond Bien Aimé - 1977 : M Haraux remet la plaque du Monument de Bruneval à Monsieur André Bord (Groupe Fb Opération Biting) - Article de presse sur André Haraux (Groupe Fb Opération Biting)-dossier shd caen AC 21 p623879 (David Fouache)

*La biographie de André Haraux ainsi que son témoignage intégral,  transmis par Guy Poulain à l’association André Haraux en avril 2012 sont  consultables sur le site Bruneval42.com

Site Bruneval 42 

Site Monument Mauthausen

Association André Haraux 

Page Facebook Bruneval Raid


Décorations : 
Légion d'honneur

Service Historique de la Défense (SHD) : 
Vincennes : GR 16 P 285631
Caen:  AC 21 P 623879

Archives du collectif : 
AC 21 P 623879 (D. Fouache)
Archives municipales : 
Biographie (délibération n° 11 du 24 juin 1991) - cote 470W14 liasse n°2 n° 56 1993 - Cote Bio 08

Biographies : 
 Biographie Memorial de Bruneval
 


Crédit Photo de la notice :  © AC 21 P 623879


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Fiche mise à jour le:  22/07/2023

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