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CHATEL Fernand Henri Joseph
- FFI
- DIR
- OS
- FTP
Date de naissance: 17/12/1920  à Mosnay (36)
 
Né à Mosnay dans l'Indre le 17 décembre 1920, Fernand Henri Joseph CHATEL, écrivain journaliste et instituteur à Bléville, était domicilié 36 rue de Séry.
Selon un rapport de police en date de mai 1942 : « A Bléville où il exerçait, Chatel est décrit comme un esprit cultivé, pédagogue, très attaché à la jeunesse, très discret. On ne lui connait pas d’amis ou de relations masculines ou féminines. C’était un caractère plutôt renfermé, ne laissant pas de le juger au point de vue tendances intellectuelles ou politiques. S’il s’absentait tous les après-midis c’est qu’il ne faisait pas la classe. Aucun renseignement n’a pu être établi sur l’emploi de son temps ».
Fernand Chatel compte parmi les fondateurs du groupe OS du Havre en avril 1941.
Il est chef du 3e groupe en avril, qui devient FTPF en octobre 1941 : il est alors chef du 2e groupe de la Compagnie FTP du Havre.
Le 15 novembre (ou le 7 décembre), il effectue le premier attentat au révolver contre deux soldats allemands derrière la brasserie Paillette, rue Jacques Louer. Un sous-officier allemand est grièvement blessé.
Le 21 décembre, il dépose avec Jean Hascoet une bombe artisanale, fabriquée dans l’atelier d'Eugène Duroméa, père d’André Duroméa, contre la librairie « allemande » du 129 de la rue de Paris.
En janvier 1942, le groupe Chatel attaque à la grenade un détachement de la Kriegsmarine place de l'Arsenal. Marc Boisard est arrêté à la suite de cette action.
Fernand Chatel se met en congé maladie de son poste d’instituteur à Bléville le 13 mars 1942. Il écrit du Havre à l’Inspection le 14 avril qu’il va renouveler son congé maladie, mais ne donne plus de nouvelles ensuite.
Il aurait alors quitté Le Havre pour rejoindre le détachement FTP Jeanne d'Arc à Rouen.
Au cours d’un contrôle d’identité, le 18 mai 1942, il est l'auteur d’une tentative de meurtre au Petit Quevilly (76), sur les gendarmes Roy et Mairesse. Il réussit à s’enfuir mais est activement recherché et est arrêté par la police allemande le 26 mai suivant.
Il est interné huit mois à la Prison du Palais de Justice à Rouen.
Il est déporté par le convoi de Compiègne du 24 janvier 1943 au KL Sachsenhausen (matricule 58736).
En déportation *
Fernand Chatel est affecté au kommando Heinkel, camp-annexe de Sachsenhausen,un exemple type d'usine-camp. Les barbelés ceinturent le vaste espace boisé de Germendorf village à une dizaine de kilomètres au sud-ouest d'Oranienburg, où alternent les blocks des déportés et les halls de fabrication du constructeur d'avions Ernst Heinkel. ll compte 8000 détenus en 1944.
En janvier 1943, lorsque les grands convois de France arrivent à Sachsenhausen, la formidable bataille qui fait rage à Stalingrad, et qui marquera un tournant décisif de la guerre, approche de son dénouement.
Durant l’un des premiers appels du soir, Fernand Chatel témoigne : « Il y a déjà longtemps que nous sommes alignés, que nous avons été comptés et recomptés par les chefs de block, mais le groupe S.S. près de la porte d’entrée ne bouge toujours pas pour son inspection de contrôle. Un kommando qui travaille à l’extérieur est en retard. Il faut attendre. Le froid nous glace. La nuit est lugubre comme nos pensées. Nous sommes encore sous le coup de la découverte du monde concentrationnaire. Soudain, un bruit de bottes s’élève, se rapproche, de plus en plus fortement rythmé. Sous la lumière des projecteurs les retardataires font leur apparition. Un mot court dans nos rangs : « Les Russes ! » Effectivement, ce sont des prisonniers de guerre soviétiques. Ils ont gardé leurs bottes, leurs uniformes, et marchent aux ordres de leurs officiers. Tout dans leur comportement, leur allure, leur discipline, leur allure, témoigne que les hitlériens n’ont pu les briser. Alors une chaleur réconfortante se répand en nous ; aud-elà de ces compagnons d’infortune, ce sont leurs frères, les vainqueurs de Stalingrad, que nous voyons défiler… »
Un jour, Fernand Chatel voit Ernst Heinkel traverser le block 7, discutant ferme avec son état-major : « c’est un homme de forte corpulence et mon regard s’accroche à sa nuque. Elle est couturée de cicatrices laissées par des furoncles… et c’est un peu de baume pour l’anthrax qui me tenaille le cou. »
Le jeune havrais Henri Morvan , membre de L'Heure H, est lui aussi affecté au Hall 7 (ajustage de pièces de la carlingue centrale du bombardier He 177). Il participe à la résistance clandestine sous les ordres de Fernand Chatel.
L’entraide de la majorité des français est source de réconfort dans les dernières semaines du dur hiver 1942-1943. Afin d’être plus efficaces les bonnes volontés sont coordonnées, essentiellement sous l’égide du Front National, qui regroupe le plus de militants au sein du kommado. Il y a un représentant dans chaque hall. ; la direction est assurée au départ par Charles Désirat et Jean Szymkiewicz.
Fernand Chatel est leur principal agent de liaison. Chaque soir après l’appel il laisse à son voisin de table du Block 7A, le père Cottard, un vétéran de Saint-Pierre-des-Corps, le soin de prendre sa ration et de veiller sur elle. Une musette en bandoulière, il fait la tournée des blocks où les responsables de halls l’informent des faits dans leur secteur, lui signalent les cas de secours les plus urgents. De son côté, il leur transmet des informations, des consignes, et leur remet un certain nombre de portions prélevées sur l’ensemble qui a été collecté. Cela ne fait guère que dix à quinze casse-croûtes à répartir chaque soir. Bien peu certes, d’autant que pour obtenir quelque effet, c’est au même qu’il faut réserver une tartine pendant trois, quatre, ou cinq jours.(…)
Un bulletin officiel quotidien des français était élaboré au B.M.K., le bureau d’études d’outillage de l’usine Heinkel, à partir d’’une analyse du journal du parti nazi le Völkischer Beobachter , remis par un travailleur allemand à un responsable français à sept heures à son hall. Il paraitra 22 mois, d’avril 1943 à janvier 1945.La plupart des dirigeants des mouvements de résistance s’y sont regroupés dès avril 1943 : des communistes et des gaullistes. Tous agissent dans un esprit d’union et d’amitié qui ne se démentira jamais.
Le matin à huit heures, traductions faites, le bulletin est rédigé en trois exemplaires au carbone, par des « journalistes » clandestins. Les exemplaires sont remis à des camarades de différents halls, qui les reproduisent durant la pause de midi et Fernand Chatel transmet le soir, lors de sa tournée des blocks, ceux qui n’ont pas été distribués. Après la mise en veilleuse de l’usine qui suit le bombardement d’avril 1944, les déportés sont évacués en plusieurs transports à partir du 21 avril 1944.
Fernand Chatel est transféré en juillet 1944 au KL Buchenwald (matricule 58736).
Les convois se rendent d’abord à pied de Heinkel à Sachsenhausen. Le 12 juillet, 350 détenus de Heinkel dont 67 français, puis le 22 juillet 399 détenus du même kommando dont 64 français, prennent le train à Oranienburg pour Leipzig.
Ils sont affectés dans la banlieue nord-est de la ville à deux kommandos voisins rattachés à Buchenwald : Thekla (ou Emil) situé dans le faubourg de Leipzig depuis mars 1943, et Erla. Ils y sont installés pour les besoins des Messerschmitt et l’on y fabrique des ailes pour les avions de chasse. Ces deux kommandos sont près de l’aérodrome de Leipzig qui constitue un objectif de choix pour les bombardiers anglais et américains.
Le 13 avril 1945, les S.S. chassent sur la route vers l’est ceux de Tekhla, ceux de Terla et les femmes déportées d’une autre usine.
Le 24 avril, dans sa colonne en marche vers le Sud, avec tous ses camarades de Heinkel, Fernand Chatel est stupéfait en traversant Luppa, une ville sur la grand-route Leipzig-Dresde : « Il y a des drapeaux blancs partout des soldats allemands sans armes sont sur le pas des portes. Un fol espoir nous envahit. Mais les S.S. sont encore plus hargneux, plus vigilants, et font presser l’allure. Nous apprendrons pourquoi : il y a une heure ou deux, une auto-mitrailleuse américaine est passée, la ville s’est rendue… et les éclaireurs américains sont repartis… »
Ils étaient près de 3000 au départ. Ils ne sont plus que quelques centaines le mercredi 9 mai vers midi quand les troupes soviétiques les libèrent à la frontière tchécoslovaque, en haut des Erzgebirge (Monts Métalliques de Bohême).
Fernand Chatel fut libéré le 9 mai 1945 près de Teplitz selon la Bddm.
Il a été homologué FFI et DIR.
Fernand Chatel est décédé le 27 juillet 1983 à Fréjus (Var).
Mémoire : Rue Fernand Chatel au Havre.
Rédacteur : Florence Roumeguère
* Les témoignages sur la déporttion de Fernand Chatel au KL Sachsenhausen sont issus de l'ouvrage « Sachso, Amicale d’Oranienburg-Sachsenhausen, terre Humaine, janvier 1983 ».
Documents annexés : Fiche de déporté (Archives Arolsen) - Plaque de la rue Fernand Chatel (F. Tocqueville) - Pièces du dossier affaire de police Fernand Chatel - mai 1942 (D. Fouache)
- Article de Jean-Pierre Besse, Maitron
Communistes au Havre. Marie Paule Dhaille-Hervieu
Vincennes : GR 16 P 123349
Dossier affaire de police Fernand Chatel - mai 1942 (D. Fouache) - Archives FTP - FFI: fiche de renseignement (D.Fouache) - Ordre de bataille du secteur FTP du Havre 41-44. Anacr, Maison des syndicats (P. Lebas) - La Résistance au Havre de 1940 à septembre 1944. Rodrigue Serrano, mémoire de Maitrise, Université de Rouen, 1999 (JH Caillard) - Fichier DIR Fndirp 76 (M Baldenweck) - Sachso, Amicale d’Oranienburg-Sachsenhausen, terre Humaine, janvier 1983 (F. Roumeguère)
Cote 115 Z 7 - Dossier Bio 37/7.5 - Cote 94Z155 - Biographie in : délibération 28 sept 1983
Bibliographie :  Fernand Chatel : 30 ans de luttes au service des travailleurs normands et de la paix, Rouen, Éditions de la fédération de Seine-Inférieure du PCF, 1951 - André Duromea raconte la résistance, la déportation Le Have. Messidor, éditions sociales 1987 (F Roumeguère) - Communistes au Havre. Marie-Paule Daille-Hervieu PURH, 2009
Crédit Photo de la notice :  © Archives Municipales Le Havre
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Fiche mise à jour le:  21/01/2026



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