Annuaire des résistant(e)s du Havre
© GR 16 P 108233
CARRE épouse Martinis, Antoinette Emilienne
- FFI
- France Avant Tout
- U55
- FRONT NATIONAL
Date de naissance: 06/03/1905  à Beauvais (60)
 
Née le 6 mars 1905 à Beauvais (Oise), Antoinette Emilienne CARRÉ épouse Martinis, était la fille de Léon Carré, né le 16 juillet 1866 à Compiègne, et de Appoline Planté, née le 20 octobre 1899 au Havre. Ils étaient parents de quatre garçons et d’une fille. : Pierre, né le 6 juin 1903, Antoinette, le 6 Mars 1905, Maurice, le 9 juin 1906, Roger (père de Jocelyne Lelièvre), le 5 octobre 1908, et Victor, le 1er novembre 1914.
Selon sa nièce, Jocelyne Lelièvre, Antoinette a probablement effectué ses études d'infirmière en Suisse. Elle a commencé à travailler chez le Docteur Nussbaum à Sainte- Adresse, et l’a ensuite suivi à Paris.
Durant l’Occupation, Antoinette était domiciliée 75 rue de Phalsbourg au Havre. Diplômée d’Etat, elle s’est engagée comme infirmière major dans la Défense Passive à compter du 4 octobre 1939 jusqu’à la Libération du Havre. Elle assurait des soins aux blessés des bombardements et aux personnes éloignées de tout centre de secours.
Elle tenait le Poste de secours de Frileuse et assurait également une permanence de soins de jour comme de nuit pour les populations du Plateau de Frileuse éloignées du centre hospitalier, délivrant ainsi un service social.
Ses fonctions lui donnaient l’avantage de circuler plus librement la nuit et d’être en relation avec les nombreux résistants engagés dans la Défense Passive.
En 1942, Antoinette Carré est contactée par Madame Simone Houlbreque, (domiciliée 18 rue du général De Lasalle au Havre), et est en relation avec Odette Quesnel, (domiciliée rue de Montivilliers) et Claude de Beaumont, chef du groupe U 55. Par l’intermédiaire de Madame Houlbreque, Antoinette transmet des renseignements sur les dénonciateurs de la Gestapo du Havre au groupe Vagabond Bien Aimé.
En 1943, elle adhère au mouvement Front National par l'intermédiaire de Jeanne Tranchard ,, sage-femme, et travaille également avec Jeanne Lejeune ,(toutes deux membres des FTP). Elle distribue des imprimés et des journau0x clandestins.
Dans le cadre de son service sanitaire, elle prodigue des soins aux réfractaires cachés et aux blessés dans des coups de main ou sabotages, et elle participe au recrutement d’hommes en vue d’actes de sabotage, ce dont fut témoin Henri Marais , surnommé le « coupeur de câbles » , Charles Le Hamon de la Défense Passive (rue Montesquieu), Petit (rue de l’Abbé de l’épée) et Daniel (rue Raspail).
Elle prend également contact et signe un nouvel engagement de volontaire dans la Résistance auprès de Monsieur Doubet, membre des FFC (domicilié rue Jean-Baptiste Eyriès) - probablement André Doubet , membre de L’Heure H et du réseau Hamlet Buckmaster -, acte qu’elle signe chez Monsieur Langlois, 51 rue Jules Lecesne.
Début 1944, elle remet la clef – volée à un officier allemand - d’un dépôt d’armes et de munitions situé Place Amiral Mouchez à Monsieur Doubet par l’intermédiaire de Monsieur Langlois. Elle indique : « Je lui donnai toutes les indications et précautions à prendre, puisqu’une installation de sonnerie était faite pour donner l’alerte au P.C. allemand. Après, je n’entendis plus parler de ce Monsieur Doubet ».
Entrée en contact en 1943 avec Jean Robinet , chef du groupe France Avant Tout, elle reprend contact avec ce dernier, signe son engagement et reste dans ce groupe jusqu’à la Libération, sous le pseudonyme de Tyla.
« J’entre donc en qualité d’infirmière-major et organise les soins d’urgence aux blessés FFI, dans la clandestinité, puisqu’il n’était pas possible de les diriger de suite à l’hôpital général, les Allemands vérifiant les entrées des blessés ».
Le 29 aout 1944, lors du grand recensement des FFI dans la perspective des combats de la Libération, elle intègre en tant qu'infirmière, le groupe Loisel-Robinet (n° 1283 et matricule FFI 290 043) des FFI du Havre placés sous les ordres du Commandant Loisel .
Elle témoigne : « par ordre du Commandant Loisel, nous devions nous tenir tous prêts. Une fois encore, grand bombardement sur Le Havre. Nous étions cette nuit-là sur les toits du Collège technique de jeunes filles, rue Jules Lecesne, lorsque la prison de la rue Lesueur fut bombardée.
Le lendemain encore, alerte. Nous nous trouvions tous réunis avec les armes et munitions, lorsque notre chef Jean Robinet nous dit : « Vite, vite, nous sommes dénoncés, il faut filer ».
Cette nuit-là, nous dûmes fuir avec toutes les armes et munitions dans une ambulance de la D.P. pour nous réfugier dans une ruelle de la rue Ernest Renan. Ce fut si terrible que c’est sur le sol que nous nous sommes tous couchés, avec la crainte de voir surgir l’oppresseur. Grâce à Dieu, le jour arriva et nous permit de dire Ouf ! Tous ces évènements étaient l’avant-garde de la Libération ».
Antoinette établit le poste central sanitaire de secours pour les hommes, rue Aristide Briand au Havre, où furent soignés de nombreux civils et militaires.
Elle est citée dans un témoignage émanant de Louise Grancher publié dans : Le Havre 5 années d'occupation en images, Jean-Paul et Jean-Claude Dubosq, Berthout éd. 1998 :
"Le 11 septembre, les membres du réseau sont regroupés dans l'Hôtel du Cheval Bai , 176 rue Maréchal Joffre, y attendant les ordres d'intervention. Louise est au balcon et surveille l'arrivée d'éventuels allemands pour donner l'alerte. L'un d'eux tire depuis un trou d'homme creusé au pied de la boulangerie Saint Honoré à l'angle de la rue Clovis. La réplique des résistants est immédiate et le soldat est blessé à la mâchoire. Il est transféré au Cheval Bai pour y être soigné par les infirmières du groupe : Melles Chadec (probablement Lily Schaddeg), Carré (Antoinette Carré) et Lucienne Girette".
Antoinette Carré indique (GR 16 P) : « Pendant la nuit des combats, je traversai avec les hommes la ligne de feu, pour rejoindre les Alliés. Les combats terminés, j’établis sur la demande des FFI, l’hôpital Pasteur qui servait de casernement, l’hôpital du 7e Bataillon de Marche, alors en formation ».
Après la Libération du Havre, elle s’engage comme volontaire dans l’Armée française pour la campagne contre l’Allemagne.
« Je m’engageai comme volontaire dans le 7e B.M., en qualité infirmière major et partis avec ce Bataillon à Motteville (avec tous les FFI du havre et de sa région) pour organiser l’infirmerie nécessaire à la troupe.
Le Commandant Loisel établit une lettre à Monsieur Gillet, directeur de la Défense passive, pour justifier l’abandon de mon poste et pour me placer sous le commandement du Commandant Loisel ».
Elle organise de nouveau l’infirmerie, en qualité d’infirmière major, avec le grade d’adjudant (homologué à Lille, à la 2eme région militaire). Là encore Antoinette est seule responsable de l’infirmerie, aux côtés du Docteur Lanfry.
« J’ai participé avec ce Bataillon aux exercices de nuit avec le major Lanfry, et à la récupération des parachutistes canadiens, dont nous eûmes ce soir-là un survivant sur cinq, au total un survivant et deux morts.
Avant la liquidation de ce Bataillon, nous eûmes la visite du Général Legentilhomme , en personne.
Sur l’ordre du Général Legentilhomme, je rejoignis le casernement de la 18e compagnie A.F.A.T. de la compagnie de Rouen, et en février 1945, je rentrai à mon foyer, à cause de l’état de santé de ma Mère, très malade et âgée de 78 ans. Mes frères étant prisonniers de guerre, j’étais seule soutien de famille auprès de ma Mère ». Sa Maman décèdera le 21 mai 1953.
Antoinette, dans les souvenirs de Josyane Lelièvre, sa nièce :
« Antoinette s’est mariée à Pierre Martinis le 8 mai 1948 à Bois-Colombes, car à cette époque, ils résidaient tous deux à Paris. Son mari né le 10 septembre 1899 à Metz, était directeur des Ets Desmarest Frères au Havre. Ils revinrent ensuite vivre au Havre.
La belle -mère d’Antoinette habitait à St-Jean du Gard. Ils sont donc partis vivre auprès d'elle dans le Gard, près du Gardon. Je m'en souviens car j'y suis allée avec mes parents en vacances en septembre. C'est d'ailleurs là que j'ai appris à mieux connaître ma Tante. Lorsque la belle-maman est décédée, le couple a beaucoup voyagé.
Pierre Martinis est décédé le 20 octobre 1968. Ensuite Antoinette a décidé de revenir au Havre. Elle a habité aux Points Cardinaux jusqu'à son décès en 1983, continuant de voyager (Israël), elle faisait partie du Club du 3ème âge. Elle passait les fêtes de fin d'années, les anniversaires avec nous. Elle était très dynamique. C'était une très bonne personne.
Mon père avait beaucoup de relations avec ma Tante. Il avait été fait prisonnier en Allemagne pendant 5 ans et il avait réussi à s'évader. J'ai son bracelet du stalag Xll A n° 27747 ».
Antoinette Carré a été homologuée FFI avec le grade d'adjudant.
Distinctions :
Croix de guerre 39-45 avec étoile de bronze. Citée à l’ordre du Régiment (10 juillet 1945) :
« Antoinette CARRE, adjudant FFI « a organisé par ses propres moyens un poste de secours. S’est transportée la nuit du 11 septembre avec son matériel de secours, à proximité immédiate du combat, soignant les blessés français et allemands, a fait l’admiration de tous par son calme et son dévouement ».
Antoinette CARRE est décédée le 12 octobre 1983 au Havre. Ses cendres ont été dispersées au Jardin du Souvenir du Cimetière Nord.
Variante d'état civil relevée dans les sources : née à Paris (Shd), née au Havre (archives M. Leixa)
Notice biographique établie par Florence Roumeguère sur la base du Dossier GR 16 P 108233, mis à la disposition du Collectif HER par Justine Benoit, Diplômée du master Création Littéraire au Havre, et complété en septembre 2023 par les archives familiales mises à disposition par Josyane Lelièvre, nièce d’Antoinette Carré.
Documents annexés :
Justine Benoit : pièces du dossier GR 16 P 108233
Archives familiales de Josyane Lelièvre :
1 – Certificat d’appartenance aux FFI – Diplôme d’Honneur FFI – Grade d’adjudant FFI
2 - Diplômes et médailles :
Photographie
Croix de Guerre avec étoile de bronze -Citation à l'ordre du Régiment
Médaille commémorative de la Guerre 39 45 avec barrette Libération
Médaille commémorative de la Guerre 39-45 signée Pierre Courant
Diplôme d'honneur - Association des anciens de la Défense Passive
Médaille commémorative avec barrette Défense Passive - signé Pierre Courant
Médaille d'argent Acte de courage et de dévouement
Médaille d'argent du Courage et du Dévouement - Courrier Pierre Courant
Médaille d'Honneur Société Nationale des Sauveteurs médaillés
Inscription au Livre d'Or des Batailles de France
Carte de la FSORR- Officiers de réserve républicains
3 - Compte-rendu d’activité et résumé (Antoinette Carré)
4- Attestations de services :
Avant la Seconde GM : attestations de Carlu, nurse (1937), Nussbaum (1922- 1930)
Résistance : attestations : Louis Pellerin (VBA) – Vagabond Bien Aimé – Charles Loisel, cdt des FFI, Jean Robinet (Cdt France Avant Tout) - Messager (France Avant Tout) - Témoignage Antoinette Carré sur Jean Robinet.
Défense Passive : Acte d'engagement Défense passive, Affectation DP rue des Bouleaux – Attestation de la Ville du Havre, Attestation Léon Gillet Défense Passive 1944, Attestation Mairie - DP Poste de Frileuse, Bureau Municipal d'hygiène, Ville du Havre (Défense Passive)
Médecins – Dr Baudouin, Dr Landel- Dr Philippe - Dr Profichet
7e BM : attestations : 7e BM - médecin-chef 7e BM – Capitaine Vila - Carte de membre Rhin et Danube
5- Photographies
Vincennes : GR 16 P 108233
8 J 4
GR 16 P 108233 (Justine Benoit) - Archives FAT (M . Baldenweck) - Liste des FFI du Havre engagés au Bataillon de Marche du 129e RI (Archive Armée française, 3e Région - source : M. Leixa)
Biographies : 
 Citée dans : Le Havre 5 années d'occupation en images, Jean-Paul et Jean-Claude Dubosq, Berthout éd. 1998
Crédit Photo de la notice :  © GR 16 P 108233
Telecharger la notice individuelle de Résistant (PDF)
Fiche mise à jour le:  13/09/2024






















































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