DAUBENFELD Henri Emile
- ISOLE
 
Henri Emile DAUBENFELD est né le 18 juillet 1919 au Havre et est décédé en 2016.
" Il était sans doute le plus vieux chasseur de France et il a été le dernier à pouvoir témoigner de cette vie de chasseur pêcheur dans l'estuaire de la Seine. Une vie d'aventures qui valait bien un livre. Il a été écrit par le journaliste écrivain Thierry Delefosse et s'intitule Dans le lit de la Lézarde.
On dit parfois qu'une vie est un roman. Pour Henri Daubenfeld, c'est une histoire naturelle et un témoignage vivant sur l'évolution de la vallée de Seine. Riton, comme on l'appelait partout, est un personnage, fils de pêcheur, pêcheur lui-même, à voile à ses débuts. Et pêcheur aux pieds nus. Dans sa chaloupe ou dans la vase du marais, été comme hiver. « J'ai mis mes premières chaussures pendant mon service militaire, par obligation, mais après, j'ai continué à marcher pieds nus ; ma première paire de chaussures, je l'ai eue à trente-huit ans ».
Pendant la guerre, cette habitude d'aller pieds nus a failli lui jouer un tour : « Je renseignais le maquis Surcouf, de l'autre côté de l'eau ; mon correspondant était à Sainte-Opportune-la-Mare. Je devais noter le nombre et l'âge des soldats allemands que je rencontrais et pour m'en souvenir, je faisais des points sur mes feuilles à cigarettes. Le soir, je recopiais au propre sur un carnet. Je circulais à vélo sur la côte du Calvados. Mais le contact des pédales avec mes pieds nus était douloureux et j'avais mis de l'herbe dessus. Un jour, les Allemands m'ont arrêté ; j'avais des poissons sur mon panier avant, mais ils commençaient à être un peu pourris. Finalement, ils m'ont pris pour un fou et m'ont laissé aller… » (Le courrier Cauchois)
Henri DAUBENFELD est par ailleurs cité en page 48 dans le livre d'Eddy Florentin, " Le Havre 44 à feu et à sang" pour avoir aidé des commandos de la brigade belge Piron à traverser la Seine, de nuit, sous la surveillance des Allemands afin de faire du repérage avant l'intervention des forces alliées pour franchir la Seine et libérer le Havre.
"Depuis le 28 août fantassins et voitures blindées de la brigade Piron sont placés sous commandement de la 49e West Riding Division, les Ours Polaires, qui, ce même jour, longent la Seine à Quillebeuf et Vieux-Port.
Plus secret, un paisible français qui n’a cessé de guider les Belges depuis leur arrivée à Honfleur, a su, sous prétexte de pêches autorisées, relever les travaux conduits par les Allemands, suivre, coulée de béton après coulée de béton, l’érection des blockhaus.
Ancien quartier-maître, Henri Daubenfeld considérait sa mission comme terminée, quand, au matin du 28 août, il s’entend dire par son père :
- Parait que les Belges cherchent des tuyaux pour passer en face. Paraît que ce serait pour libérer Le Havre".
Je descends donc au village, raconte Henri Daubenfeld. Viking de la plus belle eau, bâti comme un roc, taillé en force, visage d’océan, profonds yeux bleus dessinés par les horizons marins. Me voici à la Mairie : un major et un colonel.
- Oui, c’est vrai, je connais tous les plans des blockhaus de l’autre rive.
Départ en jeep. Direction le P.C. de la Brigade. Nombreux officiers. Questions entrecroisées.
- Nous étudions l’attaque du Havre. Croyez-vous qu’il soit possible de prendre la forteresse à revers ?
- Qu’appelez-vous « à revers ? »
- Les embrasures sont-elles orientées vers la terre ?
- D’après ce que j’ai vu ce serait plutôt côté mer !
- Les hypothèses ne nous intéressent pas, fait savoir le colonel Piron. Nous préférons des précisions.
Conversation qui se déroule tout au whisky. Et moi qui ne bois que de l’eau ! Traverser la Seine ne présente aucune difficulté. Mais il ne reste plus de barques : tous les bateaux honfleurais ont été dynamités à la grenade par l’ennemi.
Subsistent pourtant mes Doris, bateaux plats des Terre-Neuvas, que j’ai, par précaution, coulés dans une crique de la Risle.
- Ça fait-y l’affaire ?
Daubenfeld hésite, réfléchit, évalue. Tant et si bien que son père, excédé, intervient :
- Si tu n’y vas pas, j’irai ! Voilà tout !
- T’es fou, non ? A soixante ans ? Et s’il te faut courir ? Moi, j’ai vingt-cinq ans.
Présent, le lieutenant-colonel Piron :
- Je ne vais pas envoyer au massacre une troupe rien que pour m’assurer de l’orientation de mes embrasures. Si c’est nécessaire, force sera de nous rabattre sur nos cartes aériennes. Encore qu’elles soient bien imprécises.
- Ecoutez mon colonel, vous n’avez pas l’air de me faire confiance. Je vous propose une chose : je pars seul. Et vous rapporte tous les renseignements. Si vous voulez venir avec moi, je me porte garant de votre personne. Je vous emmène au Havre même. Par les marais. Et vous reconduis de ce côté-ci. Une condition : êtes-vous en bonne forme physique ?
Question qui a le don de faire rire le colonel, lequel :
- Ce n’est pas moi qui m’embarquerai avec vous ! Mais un de nos meilleurs sous-officiers ! Rentrez chez vous, attendez !
Quelques heures passent. Et une jeep s’arrête devant la maison du pêcheur. Que les uniformes n’impressionnent pas.
- Si j’emmène vos gars de l’autre côté, sachez bien ceci : le chef, c’est moi ! A prendre ou à laisser ! Je me prépare pour cette mission depuis quatre ans…
Concertation entre le major Wattrelos et un lieutenant.
D’accord, je vous envoie mon meilleur patrouilleur ! Avec lui, nous jouons la sécurité ! "
Henri DAUBENFELD est décédé au Havre le 14 février 2016 dans sa 97e année.
Il a été inhumé au Cimetière Corot Division : 08 Section : 1 Rang : Nord Emplacement : 31
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AUTRE RECIT DU PASSAGE DE LA SEINE
par Freddy Verhaegen de la Brigade Piron
« Le 30 août, Freddy Verhaegen persuade le colonel Piron d'envoyer une patrouille sur la Seine. En compagnie de trois résistants français, Freddy traverse la Seine en civil et avec de faux papiers. Il reste de l'autre côté pendant 24 heures et obtient des informations très utiles sur les positions des Allemands et sur l'occupation du Havre. Cette expédition, considérée par Freddy comme une simple marche, eut des conséquences considérables pour les Alliés. Grâce à l'intelligence de Freddy, l'artillerie allemande peut être éliminée et Le Havre peut être pris avec un minimum de pertes. Le commandant de la 9e division britannique nomme Freddy pour une haute décoration britannique ».
Arrivés à Honfleur, les Belges aperçoivent de l'autre côté de la Seine le grand port du Havre dont la prise était d'une importance capitale, mais dont il importait de connaitre le dispositif de défense.
Tandis que ses hommes se reposaient, Freddy s'offrit pour effectuer cette reconnaissance particulièrement hardie. Voici comment il la relate dans son journal :
« Je reviens à Berville pour faire de l'autre côté de la Seine une patrouille avec un pêcheur et quatre jeunes Français. Mission : ramener des renseignements. Le passage de la Seine en barque se passe bien, mais j'ai eu peur, plus peut-être qu'a aucun autre moment, surtout en approchant de la rive allemande. Je suis en civil et j'ai de faux papiers français.
Nous abandonnons nos mitraillettes dans la barque qui tourne à Berville et viendra nous reprendre après-demain à deux heures du matin. Nous traversons les marais pour nous diriger vers le canal de Tancarville.
Nous arrivons à une maison où nous apprenons que la nuit précédente les Allemands se trouvaient encore là.
Le matin nous arrivons sans encombre au pont, où je vois les premiers Allemands, des soldats du génie, en train de préparer les charges pour faire sauter le pont.
J'interroge prudemment un cafetier qui me comprend à demi-mots et mène chez un chef des F.F.I.
Celui-ci me mène en moto, sans permis, avec de l'essence volée à l’ennemi, jusqu’à un centre de F.F.I., où l'on me donne des masses de renseignements intéressants sur les défenses du Havre et sur les mouvements de troupes dans la région.
Nous croisons plusieurs camions de la Wehrmacht.
Nous passons en revenant par les deux blockhaus d'où les Allemands tiraient encore sur nous la nuit précédente.
Les deux abris avaient sauté…
Nous nous engageons sur les débris du pont et faisons de grands signaux avec un drapeau blanc. Très vite, les types de l'autre côté nous ont repérés et nous amènent la barque.
Retour à l'Etat-major du groupe d'abord, ensuite à la division, où l'on nous complimente sur notre mission.»
Cette expédition, dont, avec sa modestie habituelle, Freddy parle comme d'une simple promenade, devait avoir des conséquences de la plus haute importance pour les Alliés. C'est grâce aux plans et relevés précis, recueillis par Freddy au cours de la journée passage au péril de ses jours dans les lignes ennemies, que l'artillerie put réduire au silence les batteries allemandes et permettre ainsi la prise du Havre avec un minimum de pertes.
A la suite de cet exploit, le général commandant la 49e division britannique proposa Freddy pour une haute distinction.
Peu après la Brigade belge traverse la Seine et est acheminée à toute vitesse vers Bruxelles où elle entre au milieu d'un enthousiasme délirant.
Freddy obtient un congé et peut revoir, pour la dernière fois, sa mère et ses deux plus jeunes frères. Son père et son frère Pierre, arrêtés pour leur activité dans le service de renseignement, ont été envoyés dans un camp de concentration. Son père devait mourir en février 1945 au camp de Schandelah.
Sources en ligne :
Vincennes : non référencé
Bibliographie :  Le Havre à feu et à sang, Eddy Florentin - Dans le lit de la Lézarde, Thierry Delefosse et Henri Daubenfeld, Versicolor éditions, 2014.
Telecharger la notice individuelle de Résistant (PDF)
Fiche mise à jour le:  21/11/2024


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