BURGAT Georges Gaston
- Choquet
Date de naissance: 05/01/1903  à Le Havre (76)
 
Né au Havre le 5 janvier 1903, fils d’un peintre décorateur, Georges Gaston BURGAT [dit Robert Colinet, Degouy], obtint son certificat d’études primaires puis devint mouleur en fonte.
Il fréquenta très tôt le groupe libertaire du Havre, comme il le raconta plus tard dans une autobiographie : « J’avais commencé à militer chez les anars, vers 16 ans, à peine le premier conflit mondial terminé. J’y allais de bon cœur, de toute ma foi, de toute ma passion, de toute mon énergie... »
En 1920, ayant crié « A bas la guerre » lors d’une une manifestation devant l’hôtel de ville, il fut condamné à trois mois de prison et 200 francs d’amende pour provocation de militaires à la désobéissance ; il fut toutefois acquitté en appel à Rouen.
« Le 9 juin 1921, la JC manifeste contre les cérémonies en l'honneur de Jeanne d'Arc, inspirées par des courants de droite. La police arrête d'abord plusieurs jeunes, notamment Henri Gautier et Gaston Legoy, dirigeants de la JC, et Georges Burgat, un anarchiste, puis effectue des perquisitions aux domiciles de sept militants, où elle saisit des tracts et brochures antimilitaristes. L'agitation contre les menaces françaises d'invasion de la Ruhr se prolonge en fin 1921 et 1922" (John Barzman).
En 1922, Georges BURGAT fréquenta à Paris l’école du propagandiste que dirigeait André Colomer pour le compte de l’Union anarchiste.
Secrétaire du syndicat des mouleurs, il prit part à plusieurs grèves et, en 1925-1926 devint secrétaire du comité de défense de Sacco et Vanzetti.
Il était à la même époque secrétaire du groupe du Havre de l’Union anarchiste communiste (UAC). En 1928 toutefois, il rejoignit l’Association des fédéralistes anarchistes (AFA).
Cette même année, il apprit le métier de cordonnier auprès d’un vieux bottier et s’installa à son compte.
Dans les années 1930, il anima la section havraise de la Ligue internationale des combattants de la paix (LICP) dont il devait devenir le président en 1935.
En 1933, il fut initié à la franc-maçonnerie. Il étudiait et pratiquait alors l’espéranto.
Insoumis en septembre 1939, il quitta Le Havre avec pour tout papier un certificat d’exemption militaire au nom de Robert Colinet, un compagnon qui, avant de se suicider en 1938, le lui avait donné en prévision du futur conflit. Burgat allait vivre désormais sous cette identité pendant près de dix-sept ans.
Installé dans la banlieue de Rouen, désormais Burgat, ou plus exactement Colinet, il s’installa quelques jours plus tard comme cordonnier à Gouy. Pour tromper son ennui et le manque de travail, il commença à y dessiner et à peindre avec acharnement, signant ses œuvres Degouy.
Suite à un contrôle d’identité le 3 mars 1940, il fut convoqué à la gendarmerie et décida immédiatement de fuir Gouy. Ayant regagné Le Havre, il se cacha quelque temps chez Nénette et Henri Demaille, puis chez sa femme Lucienne, avant de parvenir à se faire établir une carte d’identité au nom de Colinet par la mairie de Gouy.
Le 10 juillet 1941, suite à une lettre le dénonçant comme « juif et résistant », il fut l’objet d’une perquisition par la police allemande qui, ne trouvant rien de compromettant, le laissa en liberté.
A partir de 1943, il commença à collaborer avec la Résistance qui s’organisait, distribuant tracts et journaux clandestins, transmettant des renseignements sur les mouvements de troupes et cachant un certain nombre de gens traqués.
Il était en relation avec Henri Choquet , Franç-maçon et membre du mouvement Libé Nord.
Témoignage de Gérard Burgat, issu du site « Le libertaire.net ».
« J’avais revu Choquet (Henri Choquet) à Rouen. J’avais besoin de le revoir : je désirais de plus en plus lier partie avec la Résistance que je voyais s’organiser. Des hommes qui ne voulaient pas aller travailler en Allemagne disparaissaient un matin. Ils étaient allés se cacher chez des amis, ou dans des embryons de maquis. On apprenait aussi, quelquefois, que des personnes, connues pour leurs idées de gauche, avaient quitté le pays. Des tracts, des journaux, souvent simples feuilles tapées à la machine, commençaient à circuler. On sentait un bouillonnement psychologique. Des conversations s’arrêtaient parfois lors du passage d’un voisin : on se méfiait d’un peu tout le monde… Choquet était un gars sérieux et sûr. Il me demanda de l’aider davantage. Oui. Mais je lui rappelai nos conventions. Choquet ne les perdait point de vue :
- Parlons plutôt de notre point commun : nos sentiments antinazis. Nous, à la Résistance, on a décidé d’empoisonner les Frisés le plus possible. Et voilà où tu interviens, pacifiquement, mon vieux. J’aurais besoin de certains renseignements. Tu pourrais me les donner.
C’était ainsi, au début, la Résistance. On ne parlait pas ouvertement, sauf comme ça, parfois entre gars très sûrs les uns des autres. C’était d’ailleurs, très cloisonné. Cette Résistance me donnait non seulement l’occasion de réagir contre le nazisme, mais encore celle de m’affirmer, de ne pas être absolument en dehors… Cependant, je n’acceptai que sous la seconde condition que personne, absolument personne, ne soit au courant de mon activité. Je redoutais, en effet, des maladresses, des indiscrétions, des mouchardages, même dans les milieux groupant des hommes insuffisamment entraînés à l’action clandestine.
Alors, je reçus de Choquet des tracts à écouler en grand mystère. Je les distribuais :
Tiens, j’ai reçu ça ! Je ne sais pas de qui ! Ca n’a pas l’air mal … En tout cas, gardez pas ça chez vous, hein …
Tu pourrais pas, par exemple, me dit Choquet, me signaler les troupes qui passent, relever si tu peux leur qualité, leur arme ?
Ca, je pouvais. Il n’y avait que deux choses que j’avais refusées : prendre part à des coups de main, participer au passage de gens en Espagne. Je savais qu’ils ne regagnaient Londres que pour combattre.
Mais, renseigner, oui. Il y avait, par exemple, une batterie sur les hauteurs de Freneuse. Cette batterie , les Allemands la trimbalaient tantôt dans un coin, tantôt dans un autre. Choquet m’avait dit : « Tâche de savoir à peu près quand ils font les transports ». Je dis : « Bon. Je t’aurai ça ».
Je suis allé faire un bout d’aquarelle (je n’avais plus cessé de peindre) puis, avec trois croix, j’avais marqué l’emplacement. Je lui avais dit : « Attention ! C’est un rythme bien défini : le lundi, le mardi, elle est là ; le mercredi, le jeudi ou le vendredi, ils la poussent du côté du clocher, ou, alors, à tel endroit. »
Enfin c’était de la broutille et du tout venant. Il y avait plus sérieux parfois : à deux reprises. J’ai abrité, durant une nuit, des hommes qui se sont présentés avec le mot de passe, et qui m’ont expliqué qu’ils fuyaient les polices, l’allemande et la française. Je ne leur ai rien demandé d’autre. Je me suis bien gardé de chercher à les connaître. Je ne voulais pas, en cas d’accident, être en mesure de trahir. Qui ne sait rien…. Ils sont repartis, le lendemain, pour une destination inconnue (…) ".
Au moment des opérations du débarquement de juin 1944, la population de Gouy se réfugia dans des grottes voisines. Burgat-Colinet fut à ce moment, et au péril de sa vie, plusieurs fois volontaire pour assurer le ravitaillement de ces réfugiés.
En 1946, il apprit qu’il avait été condamné par contumace, en 1940, à cinq ans de prison et dix ans d’interdiction de séjour pour insoumission. N’étant pas sûr que sa participation à la Résistance lui permette d’être « blanchi », il garda sa fausse identité et fin juin 1948, s’installa, sous le nom de Colinet, comme cordonnier-bottier à Domme (Dordogne).
Le 27 décembre 1957, suite à une dénonciation, il fut arrêté puis condamné à deux ans de prison avec sursis, bientôt amnistié pour faits de Résistance. Il reprit alors son véritable nom et ses activités militantes.
En 1961, élu président du syndicat d’initiative de Domme, il réorganisa le musée Paul Reclus et abandonna le métier de bottier pour se consacrer à la peinture à l’huile et à la céramique. Il écrivait dans La Raison, organe de la Libre-Pensée, sous le nom de Jacques Morin.
Georges BURGAT est décédé le 2 avril 1993 à Domme (Dordogne).
Notice établie par F. Roumeguère, d’après la notice de Jean Maitron, revue par Rolf Dupuy. (Dictionnaire des anarchistes).
Liens externes :
BURGAT Georges, Gaston [dit Robert Colinet, Degouy], Maitron
Vincennes : non référencé
Telecharger la notice individuelle de Résistant (PDF)
Fiche mise à jour le:  09/09/2024

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