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BREJON Alfred Auguste
- DIR
 
Alfred Auguste BREJON, né le 30 juillet 1911 à Yport, géomètre, avait été fait prisonnier de guerre en 1940 avec le grade de caporal-chef.
Il s'évade le 26 mars 1942 du kommando de Moosbierbaum en Autriche. Avant son départ, il avait manifesté son intention de rejoindre les Forces françaises Libres s'il réussissait son évasion (René Millet).
Il fut repris et déporté pour évasions, refus de travail et résistance :
Le 9 juin 1942, il est déporté au camp de Trembowla, un commando de 1800 internés dépendant du Stalag 325 forteresse de Lemberg, de Rawa Ruska où il fut élu homme de confiance par ses camarades détenus fin juillet 1942.
Il participa à la construction du souterrain de Rawa-Ruska, permettant à plusieurs détenus de s’évader, et refusa de travailler pour les Allemands malgré les menaces et les sévices dont il était l’objet.
Le camp 325 de Rawa-Ruska, conçu pour les multirécidivistes des évasions ainsi que les prisonniers refusant de travailler pour les Allemands, était situé dans le terrifiant « triangle de la mort » de la solution finale, voisin des camps de Treblinka, Chelmno, Belzec, Sobibor ou Auschwitz-Birkenau. Alfred BREJON, adressa une protestation énergique à la suite de la création d’un kommando de travail dont la mission était de briser des tombes juives. Avec l’aide de ses camarades, il empêcha la corvée de se reproduire en prenant sur lui la responsabilité des conséquences de ce refus.
Devant son refus de changer d’attitude, bien qu’il ne fut pas sous-officier, il est envoyé entre aout 1942 et juin 1943 au bloc III des sous-officiers évadés réfractaires, au commando de représailles 1806 F de Cracovie dépendant du stalag de Kobierzyn (stalag 369) où il est élu de nouveau homme de confiance. Le jour même de son élection, il réussit à faire s’évader onze camarades et à éviter l’exécution de Varin qui avait frappé un des gardiens, un adjudant allemand.
Il refusa de suivre les ordres de la mission Scapini qui lui enjoignaient de conseiller aux hommes de ne plus s’évader et de travailler pour les Allemands ; il fut de nouveau relevé de ses fonctions d’homme de confiance au mois de novembre 1942, plusieurs fois roué de coups mais ne capitula pas. Il se mit à souffrir de douleurs et à boiter de la jambe (Raymond Lemaitre).
Il organisa de nombreuses évasions et fournit plans et boussoles permettant à des camarades de se réfugier chez des Polonais car il travaillait pour la résistance polonaise.
Le 29 avril 1943, il fut envoyé à la forteresse de Lemberg (Rawa Ruska, en Galicie) avant de revenir au camp de Kobierzyn.
A la fin de l’année 1943, le camp de Kobierzyn fut transféré à Cracovie.
Alfred BREJON y faisait avec Lamblin et Potaufeu un journal parlé afin d’informer leurs camarades et leur préconiser la résistance. Brejon avait installé un écouteur au poste radio situé dans la chambre même du commandant allemand du camp. Par la suite il réussit à se procurer un poste de radio récepteur qui fut malheureusement découvert par les Allemands.
« BREJON s’appliqua surtout à créer dans nos rangs un esprit de résistance. Son esprit de justice fut apprécié de tous. Les vivres et effets qui arrivaient au camp furent toujours scrupuleusement distribués au prorata de chacun. Il n’abusa jamais de sa fonction pour distraire à son profit la moindre parcelle des biens collectifs qui lui étaient confiés ce qui, quand on est affamé, atteste de l’esprit de justice qui l’animait » (Jean-Yves Darrieux).
En janvier 1944, selon le témoignage de Lazar Tourchik, ce dernier et 120 de ses camarades furent arrêtés après avoir brulé une baraque appartenant à l’aviation allemande, et furent envoyés au sonder-lager de Kobierzyn. Après que les Allemands les aient prévenus qu’ils allaient passer en conseil de guerre et exécutés, Alfred BREJON intervint en endossant l’entière responsabilité de l’acte et menaça le colonel de devoir rendre des comptes après la guerre… il obtint le retour de ses camarades.
Il organisa également un réseau d’espionnage auquel participa Tourchik, qui était chargé de transmettre des informations sur l’aviation hors du camp à des résistants polonais.
Suite à l’évasion de Sillau qu’il avait organisée, en février 1944, il fut arrêté et transféré à la kommandantur de Cracovie sous l’inculpation de propagande gaulliste, aide aux évadés, détention d’un poste radio et liaison avec la résistance polonaise. Il réussit à s’évader de la kommandantur mais fut repris et violemment interrogé pour dénoncer ses contacts après un simulacre d’exécution dans un bois.
Mais il ne parla pas, personne ne fut arrêté, et Alfred BREJON fut alors transféré au sonder-Lager de Kobierzyn puis en cellule.
Son camarade Jean-Yves Darrieux le revit au mois d’avril 1945, au camp de Westertimke près de Breme, au moment de la libération par les troupes britanniques qui intervint le 28 avril. Il venait d’un camp de réfractaires au travail et était squelettique.
Il a été homologué DIR (interné résistant du 13 avril 1942 au 28 avril 1945 ) et était titulaire de la carte CVR (1956).
Distinction : Ordre National du Mérite
Après la Guerre, Alfred BREJON devient géomètre principal du cadastre au Havre et résidait 3 rue Maurice Boucher.
Il est décédé le 11 juillet 2001 au Havre. Il a été inhumé au Cimetière Nord : Division : 19 Rang : P, Emplacement : 10 (expire le 19/09/2031).
Notice rédigée par David Fouache d’après les témoignages d’anciens camarades détenus : Roger Brière, Joseph-Yves Darrieux, Léon Germain, Raymond Leraitre et Lazar Tourchik (Archives Municipales) ainsi que René Millet et Jean Potaufeu.
Document annexé : Pièces du dossier cvr adsm 3868 (David Fouache)/Archives Michel Touzan - Sépulture d'Alfred Bréjon (S. Prentout) - Pièce du dossier GR 16 P 88978
Vincennes : GR 16 P 88978
Adsm
Archives Michel Touzan/Adsm dossier cvr /GR 16 P 88978 (D. Fouache) - Annuaire Ceux de Rawa Ruska et leurs descendants. Union Nationale - Archives municipales
Cote 115 Z 5 – Cote 116 Z 1 – Cote 253 W 12 (liasse 1).
Crédit Photo de la notice :  © ADSM
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Fiche mise à jour le:  03/11/2024









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