© IHS 76 -UL CGT Le Havre
PERROCHON René Georges
- FFC
- FFI
- DIR
- GRG-Morpain
- Maquis de Tréminis
Date de naissance: 15/09/1920  à Le Havre (76)
 
René Georges PERROCHON est né au Havre le 15 septembre 1920, (son père pendant la guerre de 14-18 a passé 4 ans comme prisonnier en Allemagne) ; sa famille vivant au 27 rue de l’Alma.
Il est scolarisé au Lycée de Garçons (François 1er) de 1932 à 1939 (bac philo). Il souhaite devenir instituteur.
Son père est employé à la Compagnie Générale Transatlantique, son épouse Rosette est femme au foyer. René est qualifié de « très à gauche politiquement » et fait partie dès 1941 d’un réseau de Résistants havrais travaillant pour les services de renseignements anglais, le Groupe Morpain (1). Il est fiancé à Denise Coquin.
Le Maitron : « C'était un laïc convaincu, sympathisant de la République espagnole et adhérent aux Jeunesses socialistes. En 1939, il s’engage comme secouriste volontaire à la défense passive. Il se fiance à Denise Coquin et devient instituteur au Havre ; puis est affecté à Paris en 1941-1942, où il fait parallèlement des études à la Sorbonne. A la rentrée 1942, il revient au Havre, où il retrouve un poste de professeur de français au collège technique »
Denise DOCAIGNE, née Coquin en parle ainsi :
« J’ai rencontré René Perrochon en 1939 au tout début de la guerre. Nous fréquentions tous deux la bibliothèque municipale, et les manières simples de ce garçon blond aux yeux bleus m’avaient plu d’emblée. Notre goût commun pour la lecture, un certain esprit d’indépendance, l’amour de la mer, nous ont rapprochés et nous n’avons pas tardé à nous fiancer. J’appréciais chez lui un sens aigu des valeurs humaines et son intérêt pour les causes généreuses, sans aucun sectarisme. Très tôt attiré par la politique, il s’était intéressé à la guerre d’Espagne. Un voyage à la Martinique l’avait sensibilisé au problème noir, et il avait conservé des amis antillais. La compagnie de gens différents stimulait son côté imaginatif et naturellement gai.
Sa spontanéité se teintait cependant parfois de timidité et ne l’empêchait pas de conserver son esprit critique. Aussi ne donnait-il son amitié qu’avec discernement, son côté réfléchi l’emportant toujours sur quelques tendances fantaisistes.
En 1940 il m’a rejointe à Clermont-Ferrand ou j’étais réfugiée avec ma famille…René était plein de curiosité et toujours prêt à approfondir ses connaissances. Il aimait aussi la nature…
Le retour au Havre nous à fait reprendre pieds avec une réalité plus dure, l’occupation y ayant été sévère dès le début et les bombardements très meurtriers. »
Il se joint au groupe l’Heure H en 1942 lors de sa reconstitution, avec son groupe. Il est un ami de toujours de Roger Docaigne qui est né dans la rue de l’Alma où il demeure. Ensemble ils pratiquent le scoutisme, ensemble ils vont enseigner à Eu, ensemble ils vont partir dans la zone sud avec Jean Noye pour essayer de passer en Afrique du Nord afin de rejoindre les Forces Française Libres qui y ont débarqué, ensemble ils tenteront et échoueront à rejoindre l’Angleterre, et enfin ils se retrouveront à un jour d’intervalle dans le maquis de Tréminis, les 11 et 12 août 1943.
René PERROCHON aurait dû être envoyé au STO, et il n’a pas voulu travailler contre sa patrie.
Le Maitron : « Pourchassé par la Gestapo du Havre, il gagne Nice en juin 1943 et entre en contact avec un membre du Service Maquis Prévost qui l’achemine à Grenoble (Isère). Le 11 août, il est pris en charge par Francis Lagardère et intègre un maquis à Tréminis -le camp Rozan, en Isère. En septembre, il en devient l’intendant, gère le ravitaillement du camp en nourriture et matériel et accueille les nouvelles recrues. Il fournit également de faux papiers à certains de ses compagnons.
Suite à une trahison, des soldats allemands attaquèrent le maquis le 19 octobre 1943. René Perrochon est conduit à la Gestapo de Grenoble et torturé lors de ses interrogatoires.
Il fut détenu à la prison de Villeurbanne selon les archives municipales. Il refusa de parler et sauva l'essentiel de l'organisation dans ce secteur.
Il est condamné à mort par le tribunal de Dijon. ll est fusillé le 23 décembre 1943 à la Butte des fusillés dans la nécropole de La Doua ».
Denise DOCAIGNE : « Lors de l’attaque du maquis de Tréminis, il est en train de s’occuper de sa responsabilité d’intendant, et le traître Meuzart le désigne aux nazis. Il est donc un des premiers arrêtés, non pas les armes à la main comme d’aucuns l’ont écrit, mais alors qu’il cuit du pain dans le four qu’une courageuse habitante du village, madame Mélanie Bard, à mis à la disposition des maquisards. Etant donné le faible nombre d’armes, les maquisards ne les prenaient pas avec eux pour cuire du pain. Malmené il est emprisonné, puis envoyé au camp de Compiègne-Royallieu en attente d’une déportation, mais finalement avec ses camarades arrêtés en même temps que lui il est ramené à Lyon, jugé et condamné à Mort le 26 novembre 1943, puis fusillé à la Doua prés de Villeurbanne le 23 décembre 1943 ».
René PERROCHON écrira une magnifique dernière lettre à ses parents, sa sœur et sa fiancée le matin même où il devait tomber pour la France sous les balles des assassins nazis.
Une copie de cette lettre figure à l’exposition « les visages des martyrs », à Franklin, au premier étage. J’en extrais ici quelques lignes :
« Mes chers parents, Denise chérie,
Je sais que cette lettre va vous causer une immense douleur et je veux seulement faire tous mes efforts pour l’atténuer. Je vais être fusillé dans une heure et mon seul sentiment est pour vous qui restez. ? Je vous ai écrit alors que je me leurrai d’un faux espoir, que la meilleure place était la mienne. Maintenant plus que jamais c’est vrai. J’aurai eu le sort normal d’un garçon de mon âge et mon mérite a été de ne pas profiter des circonstances pour l’éviter. Ma mort sera utile, j’en suis persuadé, plus que ne l’aurait été ma vie que je vivais si légèrement. Utile à la patrie et avant tout à vous. Vous m’avez sacrifié toute votre vie dès ma naissance, et toi Denise tes plus belles années…. Je ne peux vous en marquer ma reconnaissance qu’en vous suppliant d’en tirer profit pour une vieillesse plus douce. Vous devrez être plus fiers que douloureux d’avoir donné votre fils pour le salut de la France. Denise qui a toute ta vie devant toi, vie que je n’aurai pas su ou voulu embellir, l ne faut garder de moi qu’un souvenir très doux et surtout vivre…Quoi que tu fasses je te connais assez pour t’approuver aveuglement, tu n’as comme devoir, comme papa, maman et Annette qu’un devoir envers moi : être heureuse. Je ne veux pas que vous portiez le deuil. Je suis en ce moment d’un calme et d’une sérénité dont vous ne pouvez pas vous faire une idée. J’ai toujours été traité en soldat par de soldats.
Je suis sans haine et sans crainte, et si je pouvais avoir l’assurance que vous respectiez ma dernière volonté : soyez heureux de ce que j’ai librement choisi, je serai sans tristesse... une dernière pensée me serait douce….
Denise n’a pratiquement plus de famille, vous plus de fils, je voudrais que Denise trouve en vous une vraie famille et en Annette une sœur, et vous un enfant plus digne de vos sacrifices que je ne l’ai été. Aimez-vous et surtout ne me pleurez pas, tous quatre vous devez être heureux, et c’est cette espérance qui me fait ne pas craindre la mort…Je veux vous savoir sans tristesse ».
Comme beaucoup, de héros de la Résistance, au moment suprême ce n’est pas son sort qui le préoccupe, mais celui des autres.
Lors de la cérémonie qui eut lieu le 30 septembre 1945, « le Dauphiné Libéré », journal de la région Rhône-Alpes bien connu reprenait en gros titre pour d’un article « Lyon honore les 78 fusillés de la Doua » cette phrase de René PERROCHON :
« Je meurs sans haine et sans crainte », écrivait l’un des héros avant son martyre ».
Lors de la cérémonie les cercueils contenant les corps des 78 fusillés furent alignés selon le dessin d’une Croix de Lorraine.
Ses parents et sa sœur honoreront jusqu’à leurs derniers jours, magnifiquement et sans restriction cette demande et avec la gentillesse digne de celle de René PERROCHON.
Ils accueillirent, comme leurs propres petits-enfants les enfants de Denise, qui n’apprirent qu’assez tardivement pourquoi leur grands-parents s’appelaient Perrochon alors que leur mère avait Coquin comme nom de jeune fille.
(1) Son nom est indiqué dans une note de Roger Mayer sur l'organisation du Groupe Morpain
Rédacteur : Thierry Docaigne, texte issu de son mémoire « 6 havrais au maquis dans les Alpes », confié à la Délégation de la France Libre du Havre en 2017.
Ce texte a été enrichi d'une précision sur la scolarité de René Perrochon ainsi que deux extraits de la notice de René Perrochon sur le site du Maitron.
René Perrochon a été homologué RIF, FFC et DIR.
Il fut affilié au réseau Hamlet Buckmaster en tant qu'agent P2.
Distinctions : Chevalier de la Légion d'Honneur et Médaille de la Résistance française à titre posthume (1945) avec le grade de Lieutenant.
Mémoire : son nom est inscrit sur le Monument Résistance et déportation du Havre et sur le Monument aux morts du Lycée François 1er - Rue René Perrochon au Havre -Plaque commémorative au Fort de Tourneville
Documents annexés : Plaque commémorative au Fort de Tourneville et plaque de rue (François Tocqueville) - Livre d'Or des Eclaireurs de France (Jean-Jacques Gauthé)
Jean-Sébastien Chorin, Maitron
et Dictionnaire des Victimes du nazisme en Normandie
Légion d'honneur
Médaille de la résistanceVincennes : GR 16 P 469438
Archives Lycée François 1er (Madame Pillet, Proviseur) - Archives L'Heure H (B. Garin) - Archives L'Heure H (David Fouache) - Les Visages des martyrs, IHS 76 -UL CGT Le Havre 2015 (P. Lebas) - Liste des Médaillés de la Résistance 76 (M. Baldenweck)
Cote 115Z15
Crédit Photo de la notice :  © IHS 76 -UL CGT Le Havre
Telecharger la notice individuelle de Résistant (PDF)
Fiche mise à jour le:  08/05/2025





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