Annuaire des résistant(e)s du Havre
© Katia Espinosa-Félix
FELIX Maurice Jack Henri Louis
- RIF
- DIR
- ISOLE
Date de naissance: 09/01/1909  à Beuzeville (27)
 
Maurice Jack Henri Louis FELIX est né le 9 janvier 1909 à Beuzeville (Eure), à proximité de Pont-Audemer, fief de sa famille maternelle. Il est le 5e enfant de la fratrie. Ses parents tenaient une épicerie à Beuzeville. La famille s’installera au Havre juste avant la première guerre mondiale rue Mare, quartier de la côte Morisse (rebaptisée en 1938 rue Belain-d’Esnambuc) puis en 1927 à Sainte-Adresse, 9 rue du Carrousel.
Il est arrêté pour résistance le 26 février 1943 à Sainte Adresse par la Gestapo, la veille de l'arrestation de Désiré Lucien Rebeuf et et de Lucien Simon. Le fichier de Brinon indique que Maurice Félix était « vraisembablement suspect en raison de son activité syndicaliste antérieure ». Ils avaient été tous les trois dénoncés par les mêmes personnes (M. C., tué à la libération du Havre par la Résistance et son amie Mme G. (condamnée aux travaux forcés à perpétuité) et ils furent internés à Rouen avant d’être déportés.
Le dionysien résistant de L'Heure H, René Bonnier, en tant que représentant de la Compagnie Générale Transalantique, tenta en vain d'obtenir sa libération auprès des autorités allemandes de Rouen. Dans une attestation qu'il délivra en 1956 (archives Katia Espinosa-Félix), il certifia " avoir eu connaissance que Monsieur Félix Maurice se livrait à cette époque à une propagande pro-alliée et à une campagne de démoralisation aiprès des soldats allemands".
Maurice FELIX fut déporté de Compiègne le 20 avril 1943 à destination du KL de Mauthausen (matricule : 28044) où il arrive deux jours plus tard.
Il est ensuite transféré le 2 juin 1943 au kommando de travail du Loibl Pass camp annexe le plus éloigné du camp de concentration de Mauthausen, situé en Slovénie à la frontière de l’Autriche et de la Yougoslavie.
Les déportés, en majorité des politiques français, creusèrent un tunnel dans le massif des Karawanken pendant deux années (1943-1945). Ce tunnel devait permettre de relier rapidement Klagenfurt (Autriche) à Ljubljana (Slovénie).
Les travaux commencèrent le 3 juin 1943 avec l’arrivée du premier convoi de 300 français qui fut rejoint, le 18 juillet 1943, par un convoi de 250 autres français.
Le camp slovène aménagé en pleine montagne, à près de 1000 mètres d’altitude, était appelé le camp Sud. Les 1500 mètres qui séparaient le camp de l’entrée du tunnel étaient effectués quotidiennement à pied par les déportés, chargés de matériel pour la construction du tunnel et au retour, de pierres destinées à l’aménagement du camp.
Les conditions de travail étaient très pénibles tout comme les conditions climatiques car la neige s’installait dès le début du mois d’octobre et recouvrait tout jusqu’à la fin mai.
L’hiver, les températures pouvaient descendre jusqu’à – 25°. Les déportés devaient donc, tôt le matin, en plus de leurs dix heures de travail quotidien, déblayer en permanence, les blocks, les routes d’accès, les rails devant les entrées du tunnel. De plus, les avalanches étaient fréquentes et bloquaient parfois les routes d’accès au camp.
Malgré le dépeçage de la Yougoslavie, les partisans furent nombreux dans cette région montagneuse. Leur présence connue de tous, rendait crédible le pari fou de tenter une évasion. 26 déportés prirent ce risque et 21 réussirent.
Le nombre de décès resta faible, une quarantaine, et ce pour plusieurs raisons :
Une sélection d’hommes valides à Mauthausen, les camps civils implantés à proximité de ceux des déportés, limitant ainsi les exactions, une population ouvertement antinazie, celle de Tržič en particulier, et des partisans omniprésents dans les montagnes.
Les déportés furent contraints à une marche éprouvante les 7 et 8 mai 1945 qui n'est pas sans évoquer les fameuses « marches de la mort » que les SS imposèrent aux déportés en Pologne pour tenter de dissimuler aux alliés les crimes de masse dont ils s’étaient rendus coupables.
Maurice FELIX fut libéré le 8 Mai 1945 sur une route de Carinthie à 15 km au nord du tunnel de Loibl Pass par des partisans yougoslaves qui maîtrisèrent les SS qui escortaient les déportés.
Puis les déportés virent au loin dans la poussière arriver une colonne de véhicules, unité avancée de la 8ème armée britannique… Ils venaient de quitter, drapeau en tête, les partisans de Tito qui leur avaient fait une haie d’honneur. Ainsi, les déportés rencontrèrent les blindés du 27ème Lancier et les jeeps de la « Popski’s Private Army » (PPA) surnom du major Vladimir Peniakoff.
Dans ses mémoires le major Vladimir Peniakoff dit Popski témoigne de sa rencontre avec les déportés du Loibl Pass le 8 mai 1945 :
« Le lendemain, roulant sur les routes autrichiennes, nous rencontrâmes un groupe de trois cents créatures humaines, pieds nus, vêtues de pyjamas rayés gris et blanc, têtes rasées, teints couleur de cendres, regards vitreux, os saillants, cadavres qui avançaient par rangs de quatre, traînant péniblement les jambes, dont l’aspect fantomatique conservait un semblant d’ordre militaire. Quand elles furent près de notre convoi que j’avais arrêté, intrigué, des voix rauques s’élevèrent en une espèce de chant, une bourdonnante Marseillaise, guère plus forte qu’un murmure. C’étaient des prisonniers politiques français. Cet ignoble traitement leur avait été infligé par leurs geôliers allemands dans un camp de concentration haut dans la montagne. « Si les Allemands sont vraiment ainsi, me dis-je, eh bien, nous aurons du mal à les amender ! »
Après avoir fraternisé avec les soldats britanniques, le groupe des déportés se scinde en deux. 122 parmi les plus combatifs, se mettent au service des Partisans yougoslaves, formant la "Brigade Liberté", pour terminer la guerre à leurs côtés. Ils seront rapatriés le 19 juin.
Les autres, dont Maurice FELIX, se dirigent vers Rosenbach, puis Villach, pour rejoindre la 8e armée britannique. Il prêtera alors son concours au Service britannique de Recherche des crimes de guerre pour retrouver leurs tortionnaires, jusqu’à son rapatriement par Mulhouse le 26 mai 1945.
Maurice FELIX a le statut de résistant Isolé et de membre de la Résistance Intérieure Française - RIF (Shd).
Il était titulaire de la carte de déporté politique numéro 11.760.388 délivrée le 8 décembre 1954.
Il est décédé prématurément le 25 octobre 1970 au Havre des suites de sa déportation et a été inhumé au cimetière de Sainte-Adresse.
Rédacteur : Florence Roumeguère
Liens sources externes :
Dictionnaire des Victimes du nazisme en Normandie
Monument Mauthausen
Documentaire sur Mauthausen et le kommando Loibl Pass
Video sur Loibl Pass (2'43)
Les photos perdues du Loibl Pass, article de Alain Lavigne, Paris, septembre 2013
Le Loibl pass, FMD
Photographies annexées :
- Le tunnel de Loibl Pass et la montagne (chsprod.hypotheses.org)
- Carte de la marche des déportés
- Photographies de la libération des déportés avec les patriotes Yougoslaves et Vladimir Peniakoff (association Friends of Popski’s Private Army via Alain Lavigne dans son article : les photos perdues du Loibl Pass)
- Archives de Mme Espinosa-Félix :
1 – La propriété familiale 9 rue du Carrousel à Sainte-Adresse
2 – Maurice Félix en tenue de déporté
3, 4, 5 – notes manuscrites de Maurice Félix au camp de Loibl Pass
6 – Carte de déporté politique
7 – Attestation de la Mairie de Sainte-Adresse
8 – Carte UNADIF
9 – Après la guerre
10 – Témoignage de Gaston Charlet
11 – Gaston Charlet, dédicace
12 - Avis de décès
13 - Attestation de René Bonnier
Vincennes : GR 16 P 220147 (non consulté)
Maurice FELIX, Ancien déporté Mauthausen, Matricule 28044 Avril 1943 – Mai 1945, Katia Espinosa-Felix, mai 2022
Bibliographie :  Le tunnel, André Lacaze, Paris : France loisirs , 1978, 534 p. - Du Loibl Pass à la Brigade Liberté, Christian Tessier, Craponne-sur-Arzon, La Clé du chemin, 2015, 256 p.
Crédit Photo de la notice :  © Katia Espinosa-Félix
Telecharger la notice individuelle de Résistant (PDF)
Fiche mise à jour le:  21/05/2025























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