Annuaire des résistant(e)s du Havre
© coll. Claude Goupil
NAZE Pierre Lucien Adolphe
- FFI
- HELPER
- FRONT NATIONAL
- LIBE NORD
- FTP
Date de naissance: 13/10/1898  à Le Havre (76)
 
Né au Havre le 13 octobre 1898, Pierre Achille NAZE entra à l’école d’apprentissage du Havre à l’âge de douze ans, puis, en 1913, à l’école des élèves officiers mécaniciens.
Après son diplôme, il embarqua sur les bateaux des « Chargeurs », puis de la « Transat ».
Engagé volontaire en 1917, il navigua sur un aviso en Mer Noire en 1918 (René Cance le qualifia de « compagnon des mutins de la Mer Noire » à son décès), et termina comme second maître à bord du cuirassé « Paris » en 1920.
Il navigua ensuite sur les navires de la « Compagnie Havraise Péninsulaire », dont le Ville-de-Tamatave .
Breveté de 1ère classe en 1922, chef-mécanicien en 1924, Pierre Naze se marie le 8 juin 1932 à Sanvic , avec Olive André Château. Ils eurent quatre enfants.
Il navigua jusqu’en 1935, date à laquelle il débarqua pour cause de maladie. Il devint alors le secrétaire adjoint du syndicat de la marine marchande du Havre. Il connut les grandes luttes revendicatives de la période du Front Populaire. C’est à cette époque que la décision fut prise en congrès que le syndicat adhère à la CGT.
Pierre NAZE, fut mobilisé le 25 août 1939 comme premier maître mécanicien affecté à la défense du littoral du Havre, puis ingénieur-mécanicien de 2e classe de réserve en 1940, Pierre Naze fut démobilisé à Toulon le 25 septembre de la même année.
Il entra dans la Résistance le 1er janvier 1942, dans le réseau « l'Heure H », avec pour alias Désiré.
Selon la liste de Gabriel Caillet (L'Heure H), il aurait également été membre du Mouvement Libé Nord.
En 1943, Pierre NAZE était membre du comité directeur du Mouvement Front National et du syndicat CGT clandestin des marins.
En juin, Pierre Guinard lui remettait sa première carte du Parti communiste français.
Il rejoignit la 2e Cie de FTP du Havre en septembre 1943.
En août-septembre 1943, à la suite du transfert de Marceau Flandre dans l’Eure, il fut chargé de restructurer l’organisation des FTP au Havre avec Marcel Lancelot, autre officier de la marine marchande, Marcel Toulouzan, marin-docker, Marcel Larriven, marin, et Fernand Bellenger.
A partir de janvier 1944, il devint l’un des deux adjoints d’Henri Roblin, commandant de la compagnie havraise de FTP, avec Marcel Larriven.
En mars 1944, il participe avec Henri Roblin au sabotage d'un pylone de 90000 volts à Gonfreville l'Orcher (45 jours d'arrêt de courant) et en mai 1944, au sabotage du chaland "La Grenouille" sur le port du Havre.
A cette période, il est l'adjoint de Marcel Larriven, commandant de la Cie FTP.
Il fut l’un des rares communistes à échapper à la grande rafle qui dévasta les réseaux de la région en juin.
Le 14 juin 1944, il prit livraison du stock d'armement constitué et caché dans un caveau en 1941 par Aldric Crevel (Groupe Morpain) et qui avait été ramené à Montivilliers le 4 juin par son fils Jacques Crevel. Le lot de munitions et explosifs, qui pesait entre 40 et 60 kilos, était composé de cheddite, détonateurs électriques, plaquettes incendiaires et cartouches. Le matériel a été transporté en plein jour chez Marcel Paris, chef local du groupe Libération Nord, qui l’a conservé à son domicile, avenue des villas à Montivilliers, jusqu’au 14, date à laquelle Pierre Naze est venu en prendre livraison pour le rentrer au Havre.
Il transporta avec son épouse Olive Naze le matériel en bicyclette, de Montivilliers au camp retranché du Havre. Il déposa le tout chez Marcel Naze à Beaulieu puis Henri Roblin vint récupérer le matériel qui fut transporté ensuite chez Emile Mutel à Sanvic (Anacr).
Le sauvetage des aviateurs américains
Le 13 août 1944, selon le récit de Claude Goupil, « Ils étaient tombés du ciel », 10 hommes d'équipage d'un bombardier de l'U.S. Air Forces, sautent en parachute au-dessus du Pays de Caux après que leur appareil eut pris feu.
Trois d’entre eux furent immédiatement capturés tandis que sept autres étaient pris en charge et camouflés par des villageois et des résistants.
L’un des aviateurs, Jerry Rock, qui avait un temps été caché à Sanvic par Louis Violas, fut ensuite pris en charge deux jours par Pierre Naze et son épouse Olive dans leur pavillon de Sanvic A cette époque, Pierre Naze était recherché par la Gestapo pour avoir participé au sabotage d’un bateau allemand dans le port du Havre. Comme les Allemands envisageaient de boucler le camp retranché du Havre, Pierre et son épouse décidèrent de partir, et le 17 août, avec leur fille Pierrette et Jerry Rock, quittent le Havre en bicyclette, par le poste de contrôle de Rouelles, pour se rendre à Rouville près de Bolbec où les Naze possédaient une maison de campagne.
Le 19 août, Pierre Naze apprit qu’un avion allié s’était écrasé à Saint-Maclou-la-Brière. Il prit la route à bicyclette avec Raymond Hervieu, cultivateur à Rouville, Robert Mauléon sa femme et Jerry Rock. Au cours d’une réunion avec le secrétaire de Mairie Charles Jacobs, ils décidèrent de faire une collecte pour que le pilote de cet appareil soit enterré dans un cercueil plombé afin que le corps puisse être rendu à sa famille par la suite. C’est Jerry Rock qui se rendit dans la ferme où l’avion s’était écrasé et qui releva tous les renseignements utiles pour dresser un rapport. James Kinston Stellin, 22 ans, néo-zélandais, officier à la R.A.F., pilotait un avion de type Typhoon. Touché par la D.C.A, il avait volontairement dirigé son avion sur un champ pour éviter qu’il ne s’écrase sur le village. Il avait sauté de l’appareil mais son parachute s’était mis en torche et il avait violemment heurté un arbre. Il fut enterré dans le cimetière de Saint-Maclou-la-Brière avec le drapeau des Anciens combattants sur son cercueil. Sa tombe se trouve toujours à l’entrée du cimetière car sa famille a décidé de le laisser en reposer en ce lieu. En signe de reconnaissance, la municipalité a érigé un monument à l’extérieur du cimetière.
Le 31 août, Pierre Naze apprend que les Anglais ont traversé la Seine et se dirigent vers Bolbec. Il y accompagna Jerry Rock, alors que la ville vient d’être libérée par la population. Lorsque dans l’après-midi arrivèrent en jeep trois officiers canadiens, Jerry obtint l’autorisation de les suivre et fit ses adieux à Pierre Naze…
Depuis le 15 août 1944, Pierre Naze était devenu chef de secteur de la Cie FTP du Havre commandée par Maurice Moyon.
Après le Débarquement et la mise du Havre en état de « défense » par l’armée allemande, une dernière restructuration des FTP fut opérée, avec deux compagnies, Le Havre et Montivilliers, sous l’autorité de Pierre Naze, Maurice Moyon et Fernand Bellenger.
Quelques faits d’armes des FTP illustrèrent la libération de la ville réalisée essentiellement par les Anglo-Canadiens : le 10 septembre la prise du Blockhaus dit du « pain de sucre », par la section FTP-Lepiller ; le 11 septembre, l’occupation sans dégâts du central téléphonique, et celle de la mairie de Bléville ; le 13 septembre, la prise de l’usine Schneider par le groupe FTP-Vangeon qui fit des prisonniers et récupéra des armes lourdes.
En tant que dirigeant du Front National Pierre NAZE devint membre du Comité local de libération de la ville du Havre dirigé par le radical socialiste Émile Sicre.
Les trois communistes qui en étaient membres étaient Pierre Guinard au titre de la section communiste locale, dont il est le secrétaire, Maurice Moyon, FTP, représentant la CGT-Métaux, et Pierre Naze.
C’est à ce titre qu’il fut l’un des membres fondateurs du Havre Libre, et l’un des 5 éditorialistes des débuts du journal, avec René Cance (communiste), Henri Nogueres (SFIO), Jean Binot (SFIO), et Louis Siefridt (MRP).
Il fut administrateur du journal jusqu’à sa mort, et en resta un éditorialiste régulier.
Pierre Naze fit partie de la première municipalité du Havre nommée par arrêté du préfet le 16 novembre 1944, et devint le 1er adjoint au maire radical-socialiste Émile Sicre.
Le premier tour des élections municipales du 29 avril 1945 au Havre, furent un fiasco au Havre pour la liste « Républicaine d’unité française », conduite par le maire radical Émile Sicre, qui était composée de toutes les tendances issues de la Résistance, sauf le MRP.
La liste conduite par Pierre Courant, l’ancien maire collaborateur de la période 1941-1944, pourtant déchu et privé de ses droits, la devança.
Il restait 33 postes de conseillers à pourvoir, et Pierre Naze fut désigné comme tête de liste pour le 2e tour, la liste étant intitulée « Républicaine antifasciste ».
Il fut le seul rescapé de la municipalité sortante à être élu le 13 mai 1945 et seul communiste à être présent au conseil municipal du Havre de 1945 à 1947. Il fut ensuite constamment réélu, et fut conseiller municipal jusqu’à sa mort le 31 janvier 1981.
Il fut l’adjoint de René Cance entre 1956 et 1959.
À la Libération il avait repris ses activités syndicales et réussit à réunir dans un syndicat unique les officiers de pont, de la machine et de la radio. Il fut secrétaire adjoint de la Fédération des officiers mécaniciens de 1945 à 1968. Il fut administrateur de la Caisse nationale d’allocation familiale des marins de sa création à 1971. Il multiplia ses actions dans tous les domaines : la marine, les affaires sociales, l’éducation nationale, la grande presse, en étant membre de nombreux comités ou en tant qu’expert, etc. Par exemple, il fut secrétaire, vice-président, puis président de l’Orphelinat des marins et navigateurs du Havre et de la région depuis 1935 jusqu’à sa mort.
Il fut le principal artisan de la création au Havre de la Maison des gens de mer en 1973, après 7 ans d’efforts. Il en devint le président. Son action persévérante pour la création de cette maison lui valut d’être reçu Chevalier de l’Ordre National du Mérite.
Il fut président de l’ANACR, comité du Havre et de la région et membre du Conseil national de l’ANACR depuis sa création.
Pierre NAZE a été homologué FFI et était titulaire de la carte CVR (1971).
Il est décédé le 31 janvier 1981 au Havre. Il a été inhumé au Cimetière de Sanvic : Division : 02 Rang : Emplacement : 14 (expire le 02/02/2041)
Mémoire au Havre : Place Pierre Naze.
Distinctions : Chevalier de la Légion d'Honneur - Chevalier de l'Ordre national du mérite - Officier du Mérite maritime - Chevalier de l’Ordre des Palmes Académiques.
D’après l’article de Gilles Pachavant (Maitron) , Anacr et archives Collectif HER.
Document annexé : plaque de rue Pierre Naze (François Tocqueville)
Légion d'honneurVincennes : GR 16 P 441071
3868 W
Archives FTP - Ffi : liste des anciens FTP du Havre (D. Fouache) - Archives FTP - FFI : compte rendu manuscrit sur un aviateur canadien recueilli le 8 septembre 1944 avant la libération du Havre (D. Fouache) - Ordre de bataille du secteur FTP du Havre 41-44. Anacr, Maison des syndicats (P. Lebas) - La Résistance au Havre de 1940 à septembre 1944. Rodrigue Serrano, mémoire de Maitrise, Université de Rouen, 1999 (JH Caillard) - Fichier CVR ADSM (M. Baldenweck)
Cote 94Z155 - cote 115Z9 - cote Bio12 - cote VES 361 (deux siècles de franc-maçonnerie au Havre) - Video 4 AVA 1/14 : remise de Le Havre à Léon Lioust
Bibliographie :  Cité dans : Le promeneur des non-lieux, Claude Malon, Edition des falaises, 2020 - Cité sous le nom de Pierre Maze dans : Une famille normande dans la tourmente nazie. Vie et mort du réseau de résistance Salesman. Brigitte Garin, Wooz éditions, 2020 - Cité dans "Ils étaient tombés du ciel", Claude Goupil, Editions Berthout, 1997
Crédit Photo de la notice :  © coll. Claude Goupil
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Fiche mise à jour le:  27/11/2024



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