Annuaire des résistant(e)s du Havre
© Louis Eudier
FLEURY Marcel
- FFI
- FTP
Date de naissance: 04/01/1926  à Elbeuf (76)
 
Né à Elbeuf (76) le 4 janvier 1916, Marcel FLEURY dit Prosper rejoignit la Compagnie FTP du Havre commandée par Bernard Catel en septembre 1943 en tant que membre du 1er groupe (Philippe Roland chef de groupe) du 1er Détachement Commandé par Marcel Toulouzan (Anacr).
Le 23 décembre 1943 à 20h30, la Police du Havre organisa un traquenard pour arrêter Marcel Fleury, détenteur de fausses cartes d’identité sous les noms de Lucien Romier et Claude Schlappi.
Extrait du compte-rendu de l’Affaire de Police rédigé par l’Inspecteur Gustave Cocu le 27 décembre 1943 :
« Avisé le 23 courant (décembre) par la 3e Brigade de police de Rouen, qu’un dangereux terroriste prénommé « Prosper » se trouvait au Havre 9 rue de Lodi en compagnie d’une jeune résistante, militante communiste, nous nous rendions à 20h 30 sous la direction de M Hébert, commissaire principal, chef de la section judiciaire du Havre, et accompagné des inspecteurs Galylaire et Héranval, de la section judiciaire d’origine politique, et de l’officier de la Paix Buquet à la tête des gardiens de la Paix ».
Suit une relation de cinq pages dactylographiées extrêmement détaillée de toute l’opération. Sur place, ils repèrent et forment un cordon de police autour du premier étage de la vieille maison en bordure d’une impasse où Marcel Fleury est censé se trouver.
Après avoir frappé à la porte et fait leurs sommations sans succès, les inspecteurs relèvent que la clé est restée dans la serrure à l’intérieur de l’appartement. Ils essaient de défoncer la porte sans résultat tandis qu’ils entendent une galopade se produire au fond de l’impasse.
Ils se précipitent derrière le fuyard et le voient s’engouffrer dans l’escalier d’une autre maison située à 30 mètres. Les trois policiers montent au premier étage et avisent un appartement composé d’une pièce unique ; ils découvrent dissimulés derrière le rideau d’une penderie une jeune fille et un homme accroupi.
A la sommation de se rendre, l’individu riposte en tirant deux coups de feu, atteignant au bras M Hébert.
Les trois policiers battent en retraite avant que l’inspecteur Galylaire ne revienne sur les lieux dont Marcel Fleury a coupé l’électricité, plongeant la pièce dans l’obscurité. Galylaire repère au sol, dans une flaque de sang, le révolver du commissaire Hébert et des échanges de coups de feu s’ensuivent avant que Galylaire ne redescende en courant.
Les échanges de tirs continuent, entre l’Inspecteur Cocu posté au bas de l’escalier, et Fleury, depuis le premier étage. Les résidents de l’immeuble sont sommés d'évacuer les lieux.
Devant l’opiniâtreté du résistant, une demande de renfort est alors envoyée à la police allemande et le Dr Ackermann, commandant la Police de sûreté allemande (Sicherheitspolizei - SIPO), arrive sur les lieux avec ses policiers et les Feldengarmen vers 22 heures. Le refuge de Fleury est soumis à des rafales de mitraillettes tirées dans la fenêtre de l’appartement et des grenades sont lancées, dont l'une, dans l’escalier d’accès, redescend jusqu’à la porte et explose, sans blesser les policiers qui n’ont eu que le temps de se mettre à l’abri.
Accompagnés des Allemands armés de mitraillettes, les inspecteurs s’approchent à nouveau de l’escalier.
Mais entretemps, Fleury a gagné une lucarne sous les toits d’où il tire à deux reprises avant de lancer une grenade dans l’escalier. Aucun gendarme n’est blessé.
Devant l’emploi de ces nouveaux moyens défensifs, dont ils ignorent l'étendue des réserves, policiers Français et Allemands se mettent d’accord pour se replier hors de l’impasse. A 22h30 arrive le commissaire divisionnaire du Havre, M. Leibig, et le commandant des gardiens de la Paix, M Lecomte. Ils font renforcer les barrages autour du secteur tandis qu’Ackermann fait renforcer la garde par de nombreux soldats. En raison de la nuit opaque qui s’est installée, les opérations offensives sont néanmoins renvoyées au lendemain.
Le 29 décembre à 9h30, dès la levée du brouillard matinal, la maison fut de nouveau cernée. Tous les habitants du quartier furent regroupés et les policiers procédèrent à la fouille de tous les immeubles et dépendances, en vain : Marcel Fleury dit "Prosper" leur avait échappé.
La jeune Yvette D, 17 ans, venue d’Elbeuf en compagnie de "Prosper" fut arrêtée lors de cette opération de Police. Elle portait son blouson dans lequel fut retrouvé une pastille de cyanure de potassium.
Selon les renseignements qu’elle fournit lors de son interrogatoire, le groupe de « terroristes » (groupe FTP Philippe) auquel appartenait Marcel Fleury aurait participé aux attentats suivants :
Attentat contre la ferme Delahoutte à Tocqueville - assassinat d’un gardien de la Paix à Grand Couronne - Attentat du Cinedit à Rouen, avec « Luc » -Attentat du Soldatenkino au Havre par un nommé Roland Philippe et deux complices - Attentat contre Coffani par Arthur (?) Fleury ) - Vols de cartes d’alimentation par Marcel Fleury, Roland Philippe et deux complices - Attentat contre Bernard Toque au Havre par un nommé Victor et un complice.
Après la fuite de Marcel Fleury un engin explosif muni d’un mouvement d’horlogerie, une grenade française, et une boîte de détonateurs furent saisis dans le local où il demeurait :
Furent également découverts dans une pièce abandonnée, au 2e étage d’un immeuble situé presque au fond de l’impasse : une clé, un burin et une bouteille d’encre à stéréotyper ainsi qu’un grand nombre de documents :
200 tracts de la proclamation du Conseil National de la Résistance – 150 exemplaires de « La vie du Parti, notre travail dans le mouvement, supplément d’octobre 1943 – 300 exemplaires du Comité paysan du Front National de lutte pour l’indépendance, Paris, 10 novembre 1943 – 250 exemplaires de La Terre, organe paysan du parti communiste français, octobre 1943 – 3000 tracts « Alerte aux réfractaires » - 850 exemplaires de La voix des Femmes de Normandie, décembre 1943 – 1000 exemplaires du tract « Français, Françaises, préparez-vous à commémorer la Victoire de 1918.
Les inspecteurs entreprirent sans succès des démarches pour retrouver Marcel Fleury , au Havre, dans la région et à Elbeuf. Entre temps, "Prosper" s’était évaporé sans le département de l'Eure.
Distinction : Médaille de la Résistance française (1947).
Nota : l’Inspecteur Octave Cocu, résistant reconnu du Réseau Saint Jacques, fut gravement mis en cause et pris à parti à la Libération en raison des multiples arrestations qu’il opéra dans les rangs des résistants communistes , notamment de Gérard Certain et Jean Delaunay qui furent fusillés à Rouen (Voir aussi le témoignage de René Le Gall).
Médaille de la résistanceVincennes : GR 16 P 225942
Affaire de police "Prosper" (D. Fouache) - Archives FTP - FFI : liste des anciens FFI du Havre (D. Fouache) - Ordre de bataille du secteur FTP du Havre 41-44. Anacr, Maison des syndicats (P. Lebas)
Crédit Photo de la notice :  © Louis Eudier
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Fiche mise à jour le:  19/09/2024


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