Histoire de la filiation
du Groupe Morpain

De l’été 1940 à la libération du Havre : chronique du groupe Morpain à L’Heure H dans la Résistance

 

Naissance du Groupement de Résistante Générale

En aout 1940, un groupe de jeunes pongistes havrais qui voulaient résister à l’occupant soumirent cette idée au père de l’un d’entre eux, Maurice Houllemare. Il sembla plus sérieux de confier la direction de leur groupement à des personnes plus âgées. Une première réunion se tint donc chez René Brunel en présence de Messieurs Morpain, Camus, André, Morgand, Mare, Acher, Houllemare et Crevel. Les membres fondateurs du Groupement de Résistance Générale demandèrent à Jean-Paul Gérard Morpain, dit Gérard Morpain, ancien de la Guerre de 14-18, de prendre la tête de l’organisation. Ce dernier, bordelais d’origine, avait été nommé professeur d’Histoire au Lycée de garçons (François 1er aujourd’hui) en 1936 et résidait 16 rue de Verdun, à Sanvic.

Durant l’automne, l’équipe se renforça d’une quinzaine de nouveaux membres co-fondateurs dont Henri Chandelier, quincailler du bazar Les rayons réunis de Sanvic. Il prit la direction du groupement avec Gérard Morpain. Les membres du groupe Morpain se répartirent la responsabilité de plusieurs secteurs géographiques : Sanvic, Saint-François, Mont Joly, Bourse, Port, etc..

Au début de l’année 1941, l’organisation du Groupement reposait sur deux sections au sein desquelles le travail était réparti entre différents chefs de groupes. Chaque groupe était composé d’une trentaine d’hommes, eux-mêmes subdivisés en trois sous-groupes de dix hommes sous les ordres d’un chef dizainier, lui-même placé sous les ordres du chef de groupe appelé chef trentainier. Jacques Hamon assurait la liaison entre les chefs de groupes.

Quatre groupes furent chargés principalement de la recherche d’armes et d’explosifs et du suivi des mouvements des troupes allemandes. Plusieurs groupes récupèrent des armes dans les ruines des casernes Kleber (décembre 1940) et Eblé (janvier 1941), de même que des explosifs et des mines antichars sur le terrain de hockey du HAC. Ces armes furent cachées dans le grenier du Cercle Franklin et dans le jardin de Gérard Morpain, alias Paul Desjardins. Dans une salle de l’UCJG (Union Chrétienne de Jeunes Gens), rue Cassard, les patriotes s’entraînaient au maniement de ces armes.

Neuf groupes collationnaient et triaient les renseignements militaires. Il furent chargés du contrôle du recrutement. Trois de ces groupes étaient composés d’agents du Port Autonome du Havre. Ils étaient dirigés respectivement par Robert Salgues, chef du bureau commercial, André Pittoors, ingénieur des TPE, et René Brunel, comptable.

Grâce à leurs laissez-passer, ils purent se livrer à quelques sabotages comme des coupures de lignes téléphoniques et le mélange d’explosifs au charbon destiné aux chaufferies des navires allemands amarrés dans le port. Ils collectaient surtout des renseignements sur les travaux de fortifications réalisés sur le port et les reportaient sur des plans, en attente d’être transmis aux Alliés dès que la liaison avec Londres pourrait être établie.

Début 1941, en dehors de ses chefs, le Groupe Morpain comprenait 12 chefs de groupe commandant 10 à 30 hommes chacun. À cette époque, le Groupement de Résistance Générale devait compter environ 200 membres.

Entre la fin de l’automne 1940 et le printemps 1941, le groupement participa au sauvetage de quatre aviateurs britanniques tombés à Pierrefiques, dans le secteur d’Etretat. Au départ, un comité de Sanvicais, autour de la famille Houllemare, se mobilisa pour ravitailler les Anglais à Pierrefiques. Mais après la première alerte d’une arrestation sur dénonciation, non suivie d’effet, le groupe estima plus sage d’amener les Britanniques au Havre et de les aider à rejoindre l’Angleterre.

Un certain Edmond Godefroy dit Gouje fut alors désigné pour accompagner les aviateurs à Paris. Mais il les abandonna sur place. Gérard Morpain dut alors se séparer de Godefroy. Il ignorait que ce dernier allait dénoncer le mouvement. En effet, peu de temps après, la Gestapo opéra une série d’arrestations.

Gérard Morpain fut arrêté le 6 juin 1941, au Havre. Début juin étaient interpellés Jacques Hamon, les frères Gamas et la plupart des protagonistes du sauvetage des Britanniques.

D’autres dénonciations entrainèrent 48 arrestations au sein du Groupe entre juin et juillet 1941, dont plusieurs chefs de secteur. 26 personnes furent transférées à Paris, à la prison de La Santé, et 14 d’entre elles passèrent en cour martiale allemande à Paris, à la fin de l’année 1941.

Les membres non inquiétés dont le chef de groupe avait été arrêté connurent diverses situations : départ pour la zone sud ou pour les Forces françaises libres, arrêt du combat ou entrée dans un autre mouvement ou réseau de résistance.

Condamné à mort, le 14 décembre 1941, Gérard Morpain missionna Jacques Hamon, son voisin de cellule acquitté, afin de poursuivre l’action. Il désigna son collègue Roger Mayer comme son successeur à la direction du groupement. Gérard Morpain et trois de ses camarades, René Brunel, Georges Piat et Robert Roux, furent exécutés le 7 avril 1942 au Mont Valérien.

Février 1942 : L’Heure H prend la relève

Malgré les arrestations, le Groupe Morpain continua d’exister sous les ordres d’Henri Chandelier. Puis, en janvier 1942, le mouvement fut mené sous la direction conjointe d’Henri Chandelier et de Roger Mayer. En février 1942, il fut renommé L’Heure H, du nom du journal créé par Roger Mayer et Raymond Guénot recruté en 1941. Le journal clandestin “L’Heure H”, était imprimé clandestinement chez la famille Chossat.

L’harfleurais Gaston Le Borges, graveur pour l’enseigne AHE, recruté en juin 1942 par Roger Mayer, grava plus de 300 tampons qui servirent à établir de faux papiers édités par l’imprimerie de Renée Chossat.

Juillet 1943 : liaison et affiliation de l’Heure H au réseau Salesman

La section F du SOE britannique, dirigée par le colonel Buckmaster, créa en France 95 réseaux Buckmaster spécialisés dans les sabotages et la transmission radio de renseignements.

Philippe Liewer, alias Clément, reçut pour mission d’organiser la région Rouen-Le Havre sous le nom de code Salesman. Il fut acheminé en Lysander près de Tours, le 15 avril 1943 et établit la première base du réseau à Rouen, en mai 1943. En juillet 1943, il noua le contact avec L’Heure H par Roger Mayer. Ce dernier fut désigné lieutenant du réseau Salesman au Havre.

Dans le cadre du rattachement au réseau Salesman, Henri Chandelier devint adjoint de Roger Mayer. En septembre 1943, il hébergea le capitaine Robert Maloubier à Sanvic lorsque ce dernier vint instruire le maniement des armes aux membres de L’Heure H dans la région havraise.

La liaison avec Londres, tant attendue par Gérard Morpain, se concrétisait enfin. Roger Mayer put faire parvenir sa documentation sur les installations portuaires, notamment celles qui avaient été collectées par les agents du groupe Port du Groupe Morpain. En retour, Londres transmit ses félicitations au réseau…

La section action de l’Heure H fut intégrée à Salesman, la section renseignement rejoignit le réseau Béarn. Jean Thomas se vit confier la conduite des formations paramilitaires. L’Heure H progressa jusqu’à compter deux cent cinquante membres.

Entre-temps, le 22 juillet 1943, Raymond Guénot fut dénoncé auprès de la police française. Le 1er novembre 1943, il fut fusillé au stand de tir du Madrillet au Grand-Quevilly.

Immédiatement après le départ de Philippe Liewer, rappelé à Londres en février 1944, une série d’arrestations débuta dans la région de Dieppe et aboutit au démantèlement du réseau Salesman, de Rouen au Havre.

Le 11 mars 1944, Roger Mayer et Henri Chandelier furent interpellés par l’inspecteur de police français Alie, de Rouen, et furent torturés par la Gestapo. D’autres membres furent capturés, dont Gaston Le Borgès arrêté par l’agent allemand Martz.

Une soixantaine de patriotes des organisations de Rouen et du Havre furent pris. La plupart furent déportés en Allemagne où la moitié mourra.

Roger Mayer et Henri Chandelier furent condamnés pour distribution de faux papiers, renseignement, transport d’armes et transport de parachutistes.

Ils furent déportés le 27 avril 1944, avec une dizaine de Havrais du réseau, par le convoi dit ” des Tatoués “, de Compiègne à Auschwitz. Le convoi fut ensuite acheminé à Buchenwald. Henri Chandelier et Gaston Le Borges disparurent en Allemagne. Roger Mayer rentra en très mauvaise santé.

Le mois suivant les arrestations survenues dans les régions rouennaises et havraises, Philippe Liewer reçut la mission de relancer le réseau Hamlet en Seine-Inférieure. Il fut parachuté à Bléré (Indre-et-Loire), avec l’agent Violette Szabo dont c’était la première mission. Cette dernière put se rendre à Rouen et au Havre et constater l’impossibilité de relancer le réseau. À l’issue de leur mission, ils purent cependant rapporter de nouvelles informations qui se révéleront précieuses pour cibler les bombardements préalables au débarquement.

Le réseau Salesman avait vécu. Il fut homologué sous le nom d’Hamlet/Buckmaster après la guerre. Il compta 347 agents dont 248 membres ont pu être recensés au Havre, ce qui en fait, en effectif, le tout premier réseau des Forces Françaises Combattantes au Havre.

L’Heure H dans la Libération du Havre

Privés de leur direction, L’Heure H et Salesman avaient été pratiquement réduits à néant, à l’exception des groupes spécialement créés pour agir au jour J. Les membres de l’Heure H, notamment les hommes de Jean Thomas, se regroupèrent dans les troupes FFI et participèrent activement aux combats de la Libération du Havre en septembre 1944.

 

Le référencement des membres de L’Heure H après la guerre

On ne connaît toujours pas aujourd’hui la liste complète du MRG-Morpain devenu L’Heure H.

Après son retour de déportation, Roger Mayer fut nommé liquidateur de L’Heure H. René Hamon en établit la liste des membres.

Malgré son dévouement pour faire homologuer chacun de ses camarades, René Hamon n’était pas informé de tous les agents recrutés dès 1940. Certains n’étaient connus que de Gérard Morpain, d’Henri Chandelier ou d’autres chefs de groupe entre-temps décédés.

D’autre part, certains anciens membres du Groupe Morpain préférèrent se faire affilier aux FFI.

Dans tous les cas, les membres du Groupe Morpain disparus avant le 15 mai 1943 furent rattachés au mouvement L’Heure H dénommé aussi Roger/Buckmaster. Les autres furent affiliés aux réseaux Hamlet/Buckmaster et Béarn.

 

Brigitte Garin

Une famille normande dans la tourmente nazie. Vie et mort du réseau de résistance Salesman. Brigitte Garin, Wooz éditions, 2020.

 

 

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